
Maison-Main, Une assemblée de gestes #2, Crac, Sète
L’inclusion des techniques artisanales, ainsi réhabilitées, dans les pratiques artistiques actuelles est l’un des principaux acquis de l’art contemporain. Ainsi redécouvre-on les vertus du verre, de la céramique ou des textiles en général (laine mérinos dans la biblique scène « Trompette » de Pascal Monteil). En même temps, on met en exergue les activités manuelles et leur potentiel signifiant : on recueille dans la paume de la main la trace d’un geste (Arnaud Vasseux, et ses Creux, mis en exergue dès l’entrée), on martèle le laiton pour en extraire une offrande florale (Rodrigo Hernandez), on aligne sous vitrine 27 outils en cuir japonais plus ou moins inspirés dub réel (le duo mixte JN Melor club). A y regarder de plus près, les matériaux utilisés paraissent improbables : recours à l’osier dans la sculpture anthropomorphe de Claire Denizet, guitare à deux manches de Jacques Averna, orge et seigle ou encore blé et lin dans les bouquets muraux d’Emma Bruschi. Les dimensions de chaque salle favorisent les rapprochements pertinents : l’incroyable construction sur bois à base de teintures végétales sur textile affirmé du groupe Ile/Mer/Froid, face à la fragile et quasi-invisible dentelle dans le Hamac à échelle des bras de Marie-Ange Guilleminot (f. Carré d’art). De même, l’imposant, performatif et austère Bi-logis en plâtre de Daniel Firman protège son petit frère, le tabouret à perles de JN Mellor Club. La discrète collection de clous en bronze, de Yoonjeong Lee, contraste avec l’ampleur de l’installation de Javier Perez, 12 sphères laissant des traces de pas soufflés d’un côté et avec les différents éléments qui composent la balustrade éclatée, vivement colorée, de Betty Woodman, de l’autre. Les commissaires d’expo (Christian Rizzo et Anne-Lestage) ont pris soin d’équilibrer leurs choix en choisissant certes des artistes de grand renom (Le paysage amoureux, tout de rouge verre de Murano et de nylon vêtu, signé de Jean-Michel Othoniel), les artistes méconnus (feu Marcel Robelin qui crée la surprise avec ses stèles de bois peint alignées le long d’un mur), lesquelles répondent à la Bibliothèque sentimentale en céramique émaillée, de sa cadette, l’une des bonnes surprises de la sélection (Charlotte Dualé). Et des plus jeunes comme Elise Peroi et ses transparences de soie baptisées Sous-tendre. Les sacrés chaises en bois sculpté, voués à d’antiques divinités (Nils Alix-Tabeling), semblent s’accommoder des sortes de nénuphars géants de béton et grès du duo Xolo Cuintle (cf. Mécènes du Sud) occupant tout le sol, comme observés par les outils inédits et recyclés de Célia Picard et Hannes Schreckenberger. La vidéo n’est pas oubliée : la salle D est dévolue à l’expérience de Maria Laet qui coud littéralement la terre. Tout près de là, Hélène Bertin, à la recherche de gestes ancestraux, a érigé des constructions murales de bois intitulées, pas pour rien, Danseureuse(s). Ninon Hivert se glisse ici ou là parmi ses confrères et consœurs : blousons de céramique, ses gants de bronze patiné, ou de son coussin en grès émaillé. Enfin, signalons, pour clôturer l’exposition, les six Sourires masqués de la marseillaise Marie Ducaté qui traduisent bien l’univers généreux, original et orchestique de cette artiste qu’il était grand temps de re-découvrir. Aimons-les vivants ! BTN
Du 10-10 au 21-02












