
Stop the machine, Mrac, Sérignan 34410
Au commencement était Buren. Pas seulement ses fameuses bandes, que l’on retrouve à présent dans le hall du musée, mais aussi ses Cabanes éclatées aux caissons lumineux colorés et sa Rotation de vinyles auto-adhésifs, vouées, on l’espère, à y demeurer. C’est sur cette base dévolue à la couleur que Fabien Bousteau a conçu l’une des expos les plus pléthoriques de l’année. 264 artistes pour 475 œuvres de 1968 à aujourd’hui, sur deux étages au complet. C’est assez dire si cet anniversaire (20 ans déjà !) se veut le plus représentatif possible des goûts (et couleurs) des différents conservateurs et directeurs de Frac qui se sont succédé. Il se veut également varié, ou plutôt éclectique : Aucun médium n’est oublié (dessin, sculpture installation, objets, vidéo, photo, animation, poésie plastique, néons, œuvres sonores, et même performance !), toutes les générations cohabitent puisque Soulages ou Messagier, Depardon ou Villeglé, Boltanski ou Crumb se combinent aux œuvres récentes de Mimosa Echard par ex. L’international n’est guère oublié. En témoigne la présence d’Erwin Wurm, Chris Burden et sa Tour Eiffel, Gabriel Orozco et son ventilateur papier Q, Joan Mitchell, Sigurdur Arni Sigurdsson… et inversement celle de bon nombre de régionaux (feu Luc Bouzat, Lucien Pelen, Joa Mogarra, Cédric Torne…). Enfin, toutes les tendances artistiques y sont représentées (BMPT, Supports-Surfaces, Figuration libre, art abstrait, figuration narrative, Fluxus…). L’IA ayant permis la sélection à partir des couleurs « burenniennes » (Bleu Vert Rouge Jaune auxquels ont été ajoutés le Noir et Blanc, le Brut ou la Polychromie), des œuvres qui n’avaient pas forcément pour vocation de se croiser s’avèrent, l’espace de quelques moi, rapprochées. Au visiteur de s’en satisfaire ou de s’en offusquer ! Ainsi les fleurs de Pierre Joseph jouxte le chien kitch de Tursic et Mille. Alighiero e Boetti s’accommode de la présence à ses côtés du très figural Jacques Monory ou d’un monochrome d’Olivier Mosset. Le Mao de Yan Pei Ming fait face au crâne à tête dure (une Vanité !) de Mounir Fatmi de même qu’un penseur de Djamel Tatah semble tourner le dos aux acryliques floutées d’Isabelle Cornaro. Les sièges d’Igor Antic semblent sortis des tableaux de Stampfli voire de David Bioulès. Chaque salle est une micro expo en soi. Les œuvres sont au sol (Manteaux et pantalons soufrés, de Jean-Michel Othoniel), suspendues (pots en plastique d’Anita Molinero), en parenthèses le long du mur (Franck Scurti et ses néons en parenthèses), … Certains ont droit à une pièce entière : outre Buren, ou la cabane pérenne de Nathalie du Pasquier, les ballons verts de Martin Creed, les points blancs sur rouge de Yayoi Kusama. Le cabinet de curiosités déborde d’œuvres en tous genres : les objets en plâtre rangés sur étagère de Stephen Marsden, les polaroïds de camping de Caroline Muheim, la fleur d’Armelle Caron, les tissus enroulés de Jeanne Gérardin sortie en fin du purgatoire, empreintes de boue de Bernard Pagès qui vient de nous quitter,… Au rez-de-chaussée c’est un feu d’artifice de sons, de lumière et de mouvements y compris celui de l’écriture : Jessica Diamond, Art et language, Pierre Bismuth, les poèmes muraux de Pierre Tilman, les clips détournés de Pipilotti Rist, le banc d’Ann Veronica Janssens, le hibou de Bernard Gardenne, la danse onirique des policiers de Carlos Aires …Du Jean-Marc Andrieu ou Georges Autard à Raphael Zarka on peut se faire une idée des obsessions diverses et variées des artistes plus ou moins connus de ces six dernière décennies. Le pari était audacieux mais l’intelligence du commissaire a su, épaulé par la machine, le transformer en réussite. Tout est dans l’art d’organiser les choses. Et puis toute fête suppose une part d’excès. BTN
Jusqu’au 07-03












