Stan Douglas, Saodat Ismailova, Patti Smith etc. Luma, Arles,
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Tous les étés, Luma endosse la taille XXL. Par la qualité de ses choix, le plus souvent internationaux, et eu-égard à l’étendue des espaces dont les artistes disposent, plus particulièrement au Parc des ateliers. Ceci dit, la Tour n’est pas en reste ainsi que nous en avons déjà rendu compte dans le numéro de juin. Les minuscules photos rehaussées par Gerhard Richter dans la Galerie principale, la collection de masques ou les pianos à images de l’africain Julianknx ; la représentation du Delta du Rhône perçue par Verena Paravel et la difficile mission d’élever un enfant selon Camille Henrot, + les archives Obrist (l’architecte Zara Hadid)… Sans parler des œuvres pérennes (dont Parenno, Koo Jeong A, Tiravanija… ). Et pourtant, ces œuvres paraissent bien humbles en comparaison de ce qui nous attend aux Forges, à la mécanique générale ou à la grande Halle ouest. Le premier lieu est occupé, sur deux niveaux, par l’ouzbèke Saodad Ismailova, une heureuse découverte, car inventive dans tous les genres : la vidéo principalement, avec son exploration de la forêt sacrée et des mythes attenants, sa déploration de la disparition du tigre de Turan, sa relecture de l’histoire des 7 dormeurs… Et une cascade monumentale qui semble se précipiter le long d’un mur pourtant immense. Or Saodad touche également à la sculpture (autour de la noix, la datte ou d’une graine sans nom), à l’installation (24 écrans de soie dédiés à la montagne), à la photographie (manuscrits sur photos de famille) ou à des combinaisons murales, picturales, de tissus avec des néons. Le concept ne lui fait pas peur, tels ces écrits éclairés qui vibrent derrière des panneaux de soie « Tu connaissais mes ancêtres et je connaissais les tiens ») ou à la surface d’un crin de cheval (« Rends-moi mon savoir »). On comprend que la question de la transmission est au cœur de cette œuvre touchante qui n’hésite pas à aborder l’histoire récente (fin de la période soviétique, début de l’après mur de Berlin.
A tout seigneur tout honneur, l’artiste noir et canadien Stan Douglas se taille la part du lion. On peut ainsi découvrir sa réalisation la plus récente, un triptyque dédié au flamenco, à travers le dégradé : tête qui chante, torse qui joue, jambes qui dansent. Le tout sur fond de récupération politique par le régime franquiste. D’autres films nous attendent dans des salles plus discrètes : une formidable interprétation, Vidéo, du Film de Beckett, compliquée d’une trame kafkaîenne (et Orson-Wellesienne), K étant supplanté par une jeune noire ; un diptyque science-fiction ou encore Hors-champ, où l’artiste suit à Paris les sessions de quelques musiciens de jazz exilés : Exquisite corpse. Car pour l’artiste Les corps ne mentent jamais. La vidéo mise en exergue est entourée de séries d’imposantes photos comme on les aime, telles que Stan Douglas sait les mettre en scène : une révolte de rue à Vancouver, une arrestation musclée sur un ferry à New York, ou plusieurs visions de la gare Penn au fil des époques. Une de ces séries attire l’attention : celle consacrée à la pièce de théâtre de John Gay, Polly, à l’époque du colonialisme insolent et triomphant. En 9 scènes, Stan Douglas fait jouer aux acteurs quelques moments cruciaux et révélateurs, de l’arrestation du mari au remariage de l’héroïne. Au-delà de l’actualité, Douglas est un artiste de l’art et de l’Histoire. Les couleurs sont superbes, les images plus vraies que nature et je défie quiconque qui n’aimerait pas la photo de ne point succomber à celles-là.
Enfin, la reine Patti Smith, accompagnée du duo Soundwalk Collective. Une installation impressionnante et immersive de plusieurs écrans géants où défilent des images inédites ou citationnelles, intégrées au magma iconique (Andrei Roublev, Pasolini, l’anarchiste Kropotkine…). Tout part du son enregistré (glaciers, déserts, forêts…) par Stephan Crasneanscki, à partir du duquel la poétesse pose ses mots et sa voix, avant que n’apparaissent les images. On a donc une inversion du processus habituel et une mise en exergue, centrale, de la parole poétique. L’expo s’intitule Correspondences, dans les diverses acceptions du mot. Dans cette salle, plongée dans l’obscurité, la lumière se porte sur des vitrines saturées de documents, d’impressions spectrales rehaussées par Patti Smith ou sur la cabane d’un météorologue, Wegener, le théoricien de la dérive des continents. 10 œuvres sont présentées, dont deux inédites, qui parlent de Tchernobyl ou de Médée, de la Camargue et de Marie-Madeleine ou du Groenland en danger. On trouvera encore bien d’autres choses à Luma : le prix Dior, la participation aux Rencontres de la photographie en Arles, une édition élargie d’Offprint dédiée à l’édition indépendante et expérimentale. Des sculptures dans le parc (Franz West), un lac artificiel… De quoi remplir au moins deux bonnes journées minimum. BTN Jusqu’en janvier 2026 (08-11 pour Patti Smith/Soundwalk)












