En miroirs, Fonds Bustamante, Arles

Fonds Bustamante, Arles.

En miroirs, Fonds Bustamante, Arles 13

Cela devient une évidence : Arles est devenue la capitale culturelle du sud de la France. Après Luma, les journées internationales, le salon du dessin et les Fondation Van Gogh ou Lee-Ufan, voici que s’ouvre, en l’Eglise Ste Croix totalement rénovée, sur 3  niveaux le fonds Bustamante. Pour ceux qui ne connaissent pas cet artiste majeur de la scène artistique française (cf. Frac L-R, en 1994), il a autrefois exposé au Musée arlésien Reattu, et a longtemps pratiqué une photographie qui s’apparentait à des tableaux imposants, de paysages, volontairement neutres. Sa présence en Arles est donc amplement justifiée. Son œuvre s’étend maintenant sur cinq décennies et comprend des travaux en collaboration (Les volcans avec Bernard Bazile, Franz West pour un Canapé), de la sculpture (Paravents), des sérigraphies (Lumière) et de la peinture sur gesso sablé ou de l’encre sur plexi. Le parcours de l’exposition « En miroirs » est ainsi conçu que certaines des œuvres majeures de Jean-Marc Bustamante (Sa Suspension, comme des cages sur pilotis, de cristal, son Double miroir évidé au cadre de métal dentelé, ou son Inventaire qui recourt précisément à des miroirs de taille différente, méticuleusement rangés) soient mises en confrontation réfléchissantes avec celles d’artistes avec lesquels il se sent en confraternité. Ils viennent, pour la plupart, d’un peu de tous les pays européens (Allemagne surtout, francophonie, Italie, Espagne, Hollande, Autriche, G.B…) et couvrent plusieurs générations (des années 40 pour le conceptuel suisse Rémy Zaugg : Look I’m blind, look)  à l’iranienne Shervin/E Sheikh Rezaie, laquelle semble ironiser sur les besoins célestes des hommes : I serve you  milk… nectar… wine… Le mexicain Federico Gonzales apporte, quant à lui, sa touche sonore conçue pour le lieu. On trouve bien sûr des photographes proches de la conception de l’artiste (le tronc d’arbre inversé, isolé dans la forêt près de Vancouver, de Rodney Graham, ou la maison sans escalier de Gunther Forg). Mais aussi des sculptures originales, telle la réflexion sur le temps signée Tatiana Trouvé (une ampoule allumée et une autre noire au bout d’un dessin de métal dans l’espace) ou cette frise viticole et murale de Cristina Iglesias. On pense également à ce curieux triptyque vertical sous vitrine mettant en jeu deux chaises d’exposition entourant un volume neutre, de Reinhard Mucha. La peinture est souvent radicale : le polyptyque composé de-monochromes, de Gerhard Merz qui semble interpeller un énigmatique voire improbable Dieu (Pssst, God !) ou le triptyque Tricolor, en céramique, de Thomas Schutte.  Mais l’image n’en est pas bannie pour autant  ainsi que le prouve la maison nocturne de Marcel Buthe ou la dormeuse dans un bateau ? (dans l’Enfin !), de René Daniels. Une bobine sépare les jambes chaussées d’un homme et une femme, funambules, jolie métonymie, d’Anne-Marie Schneider. Toutefois, il s’agit moins de transmettre un message que de laisser le visiteur libre de son interprétation. Après tout, l’œuvre contemporaine est le fruit d’une co-création tacite entre son auteur et celui qui la regarde. Ainsi du belge Jan Vercruysse et son Atopie en acajou, dont le caractère mobilier ou fonctionnel est mis en cause par des émancipations latérales. Alice Anderson transforme en danse picturale son rapport conflictuel avec les objets ménagers. Le Fonds permet également de mieux découvrir l’homme Bustamante à travers ses écrits dont le titre est tout un programme Je funambule ? Et de voir un artiste qui sort petit à petit de l’influence conceptuelle pour s’adonner à une peinture suggestive, faite de gestes simples, Indécis, au feutre en voie d’usure, qui peuvent rappeler un paysage ou un genre codé par l’histoire de l’art.. BTN

Jusqu’au 30-10

Posts created 211

Articles similaires

Commencez à saisir votre recherche ci-dessus et pressez Entrée pour rechercher. ESC pour annuler.

Retour en haut
error: Content is protected !!