Lise Chevalier, Frédéric Khodja, Jean-Louis Bentajou au LAC

Lise Chevalier, Frédéric Khodja, Jean-Louis Bentajou au LAC de Sigean 11

Trois artistes se partageront le rez-de-chaussée du Lieu d’art contemporain cet automne. Deux d’un côté, le troisième de l’autre. Lise Chevalier et Frédéric Khodja (commissariat Sylvie Lagnier dont le titre Par gestes qui effacent les uns les autres fait référence au poète du Parti pris des choses, de Francis Ponge) maintiennent leur confiance au monde réel par le biais de l’image. Jean-Louis Bentajou (​Seules les couleurs, commissariat d’Olivier Delavalade) s’en éloigne au maximum.

Frédéric Khodja nous incite, par ses petits formats, à cueillir les objets simples qui forment notre ordinaire naturel ou domestique, avec la main qui peint. Il s’agit tantôt d’un travail à l’encre sur papier, très stylisé sur les genres traditionnels : paysage, nature morte, décor intérieur, portraits au miroir et même autoportraits. L’ensemble témoigne d’une élégance extrême, d’un caractère spéculaire s’éloignant du décoratif pour poser des questions fondamentales de rapport à l’autre, et d’un recours à la mise en abyme grâce au dédoublement subtil du cadre. Khodja ne peut cacher son intérêt quasi- primitif pour l’image (que l’on retrouve dans sa fascination pour le masque). Toutefois les grandes plages colorées qui composent les intérieurs domestiques, les taches de couleur qui sous-tendent les visages flottants ou certains fonds qui exaltent ses paysages, prouvent qu’il est attiré aussi, à tension égale, par l’abstraction ou, si l’on préfère, par des problématiques proprement picturales et formelles. On s’en rend compte dans ses natures mortes où un morceau de papier est prélevé et qui sert ensuite de pochoir à des variations formelles au bout des bouquets, floraux ou végétaux. Le recours aux toiles libres nous incite à penser que l’œuvre est moins tableau que surface picturale. Khodja se penche sur l’humilité des choses (les vases) notamment celles que l’on met au rebut (fauteuil, échelle) et leur attribue une vie nouvelle (il les re-suscite), dans des compositions  relevant de cette étrangeté plus ou moins inquiétante dont parlaient déjà les surréalistes et qui tient à leur « présence », quand on sait la rendre énigmatique et peut-être même humaine.

Si Lise Chevalier recourt également à la légèreté du papier washi, à ses transparences, et aussi à l’encre, techniques qu’elle a appris à fabriquer au Japon, elle préfère, à la toile libre, un solide support de céramique, technique qu’elle étudie auprès d’artisans au savoir​-faire ancestral dans quelque île grecque (Rhodes) ou en Sicile (Agrigente, capitale de la culture). Ou qu’elle immerge, le temps d’une composition photographique, quelque part dans les eaux marines de la Sicile profonde. Ses référents sont le plus souvent empruntés au monde environnant : faune et flore, parfois présence humaine, totale ou partielle, avec une prédilection pour le monde caché des coquillages et des coraux, d’une rivière nippone. Le mode de présentation choisi, en suite figurale, 36 carreaux ou 18 feuilles reliées et suspendues, permet justement ce mode de présentation où chacun peut choisir son style de lecture, et considérer le tout ou les parties. Les images figurées flottent comme si elles étaient hors du temps, à l’instar des mythes et récits ancestraux. Lise ​ Chevalier a d’ailleurs baptisé ses séries Mythologie du corail ou Mythologie intérieure marine. Durant cette expo, on découvrira l’ensemble de ses travaux réalisés dans la ville sicilienne de Sciacca, en Méditerranée donc. L’artiste aime à rapprocher les antipodes.

Jean Jacques Bentajou se situe dans une tout autre perspective. On parle à son sujet d’ascèse. Il pratique une monochromie faire de toutes petites touches qui s’uniformisent afin de composer une surface. Dans la trilogie Point Ligne Surface, Bentajou exclut donc la ligne à moins de parler à son sujet de ligne de conduite : Rejet de l’expressivité, refus de la figure, respect d’un protocole et jeu avec l’espace investi. Les œuvres ne réagissent pas de la même manière au Lac qui se trouve près de la mer audoise, qu’en l’abbaye Beaulieu de Rouergue où elles s’imprègnent du contexte monacal (du 17-10 au 03-01), ou encore en la galerie toulousaine Ombres blanches du 04-11 au 12-12), où elles s’accommodent des textes qui forment l’autre passion (philosophique et poétique) de l’artiste. Les trois expos ont lieu en effet quasiment en même temps. Au Lac, elles pourront dialoguer avec les anciens chais, les couleurs de la vigne et du vin de l’automne, mais aussi avec l’œuvre du fondateur néerlandais du LAC, Piet Moget, toujours visibles à l’étage, lui aussi hanté par l’infini, l’au-delà imprévisible, le silence mystique. BTN

Du 17-10 au 06-12

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