Kiki Smith + A fleur de peau : Moco et Panacée Montpellier

    Kiki Smith,
    Fallen, 2018,
    bronze,
    30″ × 58″ × 1″ (76.2 cm × 147.3 cm × 2.5 cm),
    Edition 1 of 3 ,
    Edition of 3 +1 AP,
    SCULPTURE,
    No. 70987.01,
    Alt # KS-9814-W
    format of original photography: digital

A fleur de peau, La Panacée, Montpellier

L’ancienne faculté de pharmacie, en cœur de ville, est devenu​e un lieu incontournable de la vie artistique montpelliéraine, et on s’en félicite d’autant mieux qu’il est demeuré gratuit. Les œuvres ne sont pas toutes faciles d’accès, certaines peuvent heurter un public dit sensible… Sauf que l’art est aussi fait pour perturber les conventions. Ainsi les esprits ouverts (il en reste !) s’y retrouveront tout de go au cœur des préoccupations de plusieurs générations d’artistes s’étant confrontés à la problématique de l’altérité monstrueuse. Si elle préoccupe aujourd’hui les jeunes gens dans leur rapport au présent (on pense à l’égyptienne Nuria Mokhtar, tout juste diplômée des B-A, prenant fait et cause pour une lutteuse transgenre dans une fresque murale) et à notre avenir (IA, manipulations génétiques…), certains y ont été confrontés de très près : l’allemand Albrecht Becker, interné pour son homosexualité, dont on peut voir des séries d’autoportraits photographiques. Ou Ceija Stojka, en camp de concentration en tant que Rom et exprimant ses cauchemars en peinture. Les dessins tératologiques du belge Stéphane Mandelbaum laissaient-ils augurer, à l’instar d’un Pasolini, son assassinat à 25 ans par des complices de vol ? Vous en jugerez par vous-même. Sibylle Ruppert  a connu les horreurs de la guerre : ses toiles surréalistes au noir s’en souviennent. Les « Freaks » constituaient déjà une grande préoccupation majeure dans l’œuvre d’Ulrike Ottinger, dont un nain dalmatien tenant son chien en laisse tout en brandissant un étendard revendicatif. Les toiles de l’anglaise. Penny Goring dénonce la violence faite aux femmes réduites à des poupées  en effigie tandis que les toiles Sue Coe nous replongent dans l’univers de Bosch. Dans le même esprit, l’américain Richard Hawkins  a réalisé des collages vidéos très pop d’une grande puissance plastique Revenons aux plus jeunes : dans une salle qui lui est dévolue, Arthur Monteillet (deuxième diplômé des B​A) suspend des fragments de fictions soigneusement répertoriés à de lourdes chaînes métalliques sous les yeux d’un inquiétant Cerbère en céramique. On est dans la dialectique Ce qui nous contraint/Ce qui leur échappe. Augustin Katz construit habilement un dialogue entre une grande peinture au rouge représentant le public d’un théâtre et une sorte de tambour supportant un paysage industriel désolé, inquiétant, métaphysique, une maquette en fait. Dans la grande salle, une pièce de projection permet d’assister à la chorégraphie effrénée, dans un genre queer, d’un homme-chien, vidéo de l’anglais Jenkin Van Zyl. Plus discrètement, Kevin Blinderman pose un regard mélancolique sur sa génération à travers une peluche « toute trouvée ». Michelle Uckotter explore la maison de la cave au grenier. Les assemblages de l’espagnole Monica Mays revisitent la statuaire traditionnelle en usant de matériaux inattendus (pots d’échappement, mobilier scolaire, laine…).  Issy Wood explore la dentition en très gros plan. Entre les deux générations, l’hybridité pointe le bout de son nez, et aussi la question du corps en mutation : dans les chevaliers de velours de Julian Farade, le plateau royal que nous offre Lili Reynaud-Dewar toute d’aluminium recouverte, ou le cadavre constipé, tout droit sorti d’un film d’horreur, conçu par le canadien Julien Ceccaldi.. Au demeurant, l’expo se voulant internationale : Ebun Sodipo, cause transgenre couleur noire, est d’origine nigérienne ; le duo Gaweda-Kulbokaite, installation troublante en miroir, nous vient de Pologne et Lithuanie ; Tirdad Hashemi (Butchered bodies) ou Tala Madani, très fécale, sont iraniennes ; Brilant Milazimi et ses êtres filiformes, vient du Kosovo, Keunmin Lee est coréen. On appréciera la variété des genres plastiques, des supports et bien évidemment la relation que les œuvres entretiennent entre elles. Sans oublier le choix des artistes, d’une sensibilité « A fleur de peau ». BTN

Jusqu’au 11-10

 

Kiki Smith, Moco, Montpellier

Être ici Maintenant Partout, n’est ce pas la fonction du corps, omniprésent dans l’œuvre de Kiki Smith ( ?) et on s’en rend compte dès l’accueil avec sa sculpture où une femme expiatoire, bras en croix, attend le bûcher à l’instar des anciennes sorcières. Et pas seulement le corps mais son intériorité, les organes, représentés au bas de l’escalier par une Divination Faith en bronze. Ensuite on entre de plain pied dans l’univers intime de l’artiste : ses dessins de jeunes femmes sur papier népalais avec une intéressante variation sur le thème de la chaise que l’on retrouve par bouquets, suspendues dans l’espace, en papier mâché. On repère au mur sa Black Madonna en bronze, sa série de sérigraphies où elle ose se représenter en Banshee, une linogravure sombre où alternent visages et organes mis sur le même plan. Et aussi un portrait d’homme assis, très velu, sur des plaques de lave ou des natures mortes sur miroir qui peuvent donc potentiellement refléter tout le corps. Une silhouette toute de papier vêtue, se glisse parmi nous, sorte de peau sans organe. Ensuite, au fil des trois étages, on découvre à la fois l’ampleur de l’œuvre, la plupart des obsessions de l’artiste s’étalant sur plusieurs décennies, ses supports de prédilection dont, moins atten​dues, la photographie ou l’impression numérique (Evening star). Au premier étage, en particulier on repère sa fascination pour l’anatomie ainsi qu’en témoignent une série de neuf monotypes en portfolio ou ses représentations du système nerveux. Un bras de bronze et argent (Silver vein) semble désespérément abandonné à nos questionnements sur le monde et la place que nous y occupons. On se rend compte de l’importance oubliée de nos dents dans nos palais. Le féminin règne en maître(sse) – on pense à l’énigmatique Mammary – même s’il se présente parfois à nous telle une créature déchue (Fallen). Il est dessiné de manière stylisée, dans le plus simple appareil, à savoir notre dénominateur commun : le corps et les mouvements qu’il engendre comme pour expérimenter son environnement naturel. Justement ! Au rez-de-chaussée on franchit une étape tout en demeurant sur terre puisque le corps est élargi au thème de l’animalité : une biche semble donner naissance à une femme aux divines proportions. Les loups, les rapaces interviennent dans des œuvres brodées ou dans des tapisseries, les paons dans un polyptyque dessiné, tandis que les lapins ont droit à une frise sur fond rouge. Une spectaculaire tapisserie est réalisée aux Gobelins sur le thème de la mer. Inversement, on sera sensible à un assemblage d’œufs sur un tapis aviaire. Le sous-sol nous amène petit à petit, et paradoxalement, à lever les yeux vers le ciel et ainsi accorder davantage de place à l’esprit. Le thème de l’étoile est décliné tout comme celui des constellations en bronze ou des nébuleuses en alu. La chouette devient un emblème féminin. Kiki Smith revient dans ses tapisseries en jacquard sur Eve et le serpent (Earth). Elle rappelle l’importance de l’eau dans une sculpture plate en bronze, assez récente, 2023, Darkwater, en monochrome bleu. Sur l’ensemble de l’exposition, l’on remarque la présence de formats non négligeables, en lesquels l’artiste fait flotter le dessin corporel, à la manière des primitifs, auxquels font penser certaines sculptures. Trois niveaux, c’est bien ce qu’il fallait pour nous permettre de mieux pénétrer cet univers très singulier qui nous maintient encore un peu les pieds sur terre. Et le corps qui va avec. BTN Jusqu’au 11-10

 

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