Suspects, Fondation Van Gogh, Arles 13
Il ne faut pas croire que le génial Vincent ait été accueilli à bras ouverts par les habitants de la ville d’Arles de son temps. C’est peu dire, à voir certaine pétition, qu’il leur était Suspect. Cette exposition estivale, qui présente un peu tous les supports et médiums, prend le parti de creuser cette suspicion parmi les artistes contemporains provocateurs : qu’il s’agisse d’une acte délibéré de non respect des règles (Kippenberger qui jette ses toiles à la benne et n’en conserve que la trace photographique), de creuser du côté des marges (le vitrail d’urine de Triboulet ou le mur de matière fécale de Jacques Lizène), d’une action extrême (la banane scotchée de Maurizio Cattelan) ou de jouer les clowns (peinture de Nina Childress, double vidéo trépidante de Bruce Nauman, Andy Warhol photographié par Christopher Makos). La figure d’Arlequin, le faiseur de tours, hante d’une part les dessins de Picasso offert à la vile en 1971, d’autre part Lucien Clergue, et aussi l’œuvre dudit Triboulet (alias Clément Courgeon). La violence n’est pas exempte, loin s’en faut, dans les toiles à l’huile de Philippe Perrot, sur les écrans de Bruce Nauman, dans les visages et doudous de Mike Kelley. La plupart des salles tournent autour d’une œuvre majeure d’artistes reconnus : on pense à Sarah Lucas, ses dents géantes sur papier peint, ses autoportraits (aux œufs aux plats !) ou ses œuvres hybrides multipliant les seins sur sommier ou chaises longues, brillamment entourée de dessins de Mike Kelley, de tableaux de Maria Lassnig, de l’artiste puni de Kippenbeger ou d’un diptyque photographique sciemment immonde de Cindy Sherman. La haute note déploie ses harmoniques et devient harmonique dans une autre section. Urs Luthi traverse ainsi toute l’expo et subit les vils outrages du vieillissement et de la métamorphose du beau jeune homme pouvant servir de modèle au vieux sénateur gras sur son socle vénérable. Ainsi Kippenberger occupe la salle de sa belle et ses immenses phots et réapparaît de temps à autre ici pour un lampadaire ivre, ailleurs avec son triptyque d’une nuit violente passée à Berlin. Les toiles tonitruantes et portraits d’or de Luciano Castelli, accompagné de son comparse Salomé, font face à des photos plus intimistes de Pierre Molinier mais ouvrent surtout d’une part sur la fête déguisée qui dégénère-régénère dans un lieu reculé d’Autriche (vidéo de Cameron Jamie), d’autre part aux robes et cagoules d’une roi de la représentation et du spectacle : Leigh Bowery, ses photographes et témoins. Robert Filliou se rappelle de temps à autre à notre bon souvenir, au début avec ses polyptyques de bric et de broc avec visage de l’artiste au chapeau-cocotte de papier jusqu’à la Joconde dans l’escalier qui ponctue l’expo, face au Good Bye et bras d’honneur de Walter Swennen. Et puis, à tout seigneur tout honneur, l’expo révèle deux œuvres rares de Van Gogh lui-même, Un homme à la pipe, cerné d’autoportraits (Lizène, Luthi, Childress, Cattelan…) et un irrévérencieux Crâne de squelette fumant une cigarette à laquelle répondent les toiles-vanités du même Swennen. Plus discrètement les vidéos-performances d’Anna Byskov ponctuent le parcours, d’actions décalées comme celle de grimper un escalier de papier. Parmi les œuvres marquantes, le pendu puis le trou de souris de Maurizio Cattelan, la pompe à pulsations de Mire Lee, la créature qui nous tend un miroir de Labelle-Rojoux ou l’orgue de Barbarie de Mathis Collins. Un parcours décapant et qui dérange mais qui ne sait que c’est une des fonctions de l’art. L’Histoire tranche ensuite. BTN
Jusqu’au 18-10












