Stéphane Bordarier, Musée d’art moderne Paris

Nous avons la chance, en notre région, et plus précisément sur l’axe Nîmes-Montpellier-Sète, d’avoir bon nombre d’artistes de premier plan. Parmi eux, le nîmois Stéphane Bordarier (cf. Musée Fabre) qui est l’invité, cet automne (et jusqu’au 04-01), du Musée d’art moderne de la ville de Paris. Fidèle depuis ses origines à la peinture radicale et aux explorations qu’elle permet et suppose, Bordarier a réduit petit à petit son abstraction foncière à une forme qui épouse une couleur. Ayant inventé un protocole à sa convenance, il aboutit à une sorte de tache indécise, en fait une couleur-forme, qui flirte avec les bords de la toile de lin et qui adopte un nombre infini d’attitudes singulières. Le format est proche du carré ce qui permet d’éviter à la fois la hiérarchie des valeurs et les connotations génériques (vertical : portrait, horizontal : paysage…). En outre, le fait que le corps de l’artiste puisse ainsi tourner autour de la toile, induit le fait que la forme colorée a tendance à s’arrondir. On peut parler de monochrome (ou de mono-tonalité apparente) mais qui refuserait le all over, a fortiori l’expressionnisme, et au contraire mettrait en exergue les réserves marginales de blanc. Bordarier date ses tableaux et l’on suit ainsi l’évolution de ses choix colorés (bleu outremer, violet de mars, rouge, noir…) déclinés en séries. Chaque forme-couleur dévoile des surprises : des bavures, coulures ou éclaboussures, ici, des transparences et nuances là, des contours indécis par ailleurs, si bien que chaque tableau devient unique en son genre. La « couleur forme » aime le déséquilibre. Elle n’a ni haut ni bas (ni gauche ni droite). Elle trouve sa juste place que l’artiste accepte en définitive. Quand elle subit l’épreuve du redressement mural (la verticalité, chez Freud, c’est le passage à la civilisation). On peut alors faire l’expérience du regard qui se focalise sur elle. La peinture est réduite à sa plus simple expression comme si toute les images du monde se décantaient jusqu’à atteindre un point de quintessence optimum. En ce sens, on peut parler d’alchimie. Mais dont le but poursuivi ne serait plus la matière aurifère, plutôt la richesse spirituelle. En d’autres termes, la lumière. Une peinture qui repose, favorise les temps de pause propices à la méditation. Une peinture qui interpelle et finit pas séduire, si l’on prend le temps d’en scruter les moindres détails et d’apprécier la sobriété de ses couleurs quand elles prennent forme.  BTN

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