Fantomas à Lunel

Pierre Bendine-Boucar, Espace Louis Feuillade, Lunel (34400)

Il y avait F comme Fairbanks, il y aura dorénavant Deux F comme Feuillade et sa créature cinématographique, Fantômas, empruntée à un roman populaire et adopté par les Surréalistes. Dans la Salle Louis Feuillade précisément, à Lunel où le cinéaste est né, il y a précisément 150 ans. Pour célébrer plastiquement cet anniversaire, il fallait un spécialiste du héros aux mille masques et c’est ainsi que Pierre Bendine-Boucar, qui lui a consacré de nombreuses séries, assumera cette mission. En fait, le peintre offre, par ses tableaux, mille visages, à la peinture, ce qui le rapproche du héros qui en change perpétuellement. Et Pierre Bendine-Boucar le sait d’autant plus qu’il a longtemps œuvré sur le thème de la fleur, laquelle aussi offre non seulement une gamme ouverte de motifs différents mais un nombre infini de traitements picturaux potentiellement concevables. Pierre Bendine Boucar ne s’en est point privé. De même, du motif écossais ou tartans, croisement de lignes colorées horizontales et verticales que l’on peut décliner selon une infinité de combinaisons. Ce dernier motif, on le retrouve à l’œuvre dans certains  portraits ou masques que l’artiste emprunte à Fantômas, façon pour l’artiste de se l’approprier et sans doute aussi de s’identifier à lui : la silhouette et quelques photos ne laissent aucun doute à ce sujet. Pour l’événement, Bendine-Boucar a conçu une fiction plastique composée de divers medias, à commencer par la vidéo, en clin d’œil à l’univers de l’un des pionniers du cinéma narratif. Il y met l’accent sur des gestes créant une tension, un suspense. Mais il fait intervenir également des objets, en référence aux accessoires, des peintures et dessins, des photos et des créations textiles, inspirées des célèbres cagoules du célèbre personnage masqué. La première grande salle en particulier nous fait entrer dans l’univers du criminel grâce à des séries de cagoules envoyant à sa spécificité principale : l’art du déguisement en autant de rôles qu’il est nécessaire pour tromper son monde. On hésite entre une peinture mise en volume mural ou une sculpture murale peinte. On y découvre aussi, en installation murale, des dizaines de révolver factices, en carton peint en noir, avec tout le symbolisme que l’on peut porter à cette arme. Le décor est aussi planté : un tableau nous propose un paysage certes concret mais très allusif, qui flirte avec l’abstraction comme pour brouiller les cartes. Deux oriflammes enfin, dans le style du peintre, mais affublés de la lettre F. On est ainsi mis en condition. La deuxième salle est essentiellement vouée aux images fixes, constituées en panneaux rappelant un écran de cinéma. Dans l’esprit de l’artiste c’est un cabinet graphique à partir duquel élaborer une énigme et tenter de la résoudre par l’interprétation. Il peut s’agir de photos ready-made, de portraits au polaroïd, de scènes empruntées au film, de représentation en pied de Musidora, d’autoportraits et de détournement de photographies imprimées sur papier, des peintures plus en rapport avec la recherche habituelle de l’artiste, au tartan, lignes et couleurs. Bendine-Boucar pratique habituellement le motif écossais car l’orthométrie est un peu la base du tableau en général Les lignes intérieures peuvent en effet être interprétées comme des avatars décalés du cadre ou des limites même de l’œuvre frontale qui se présente au spectateur. L’incarnation géométrique de l’œuvre d’art, tout comme la multiplicité des visages, renvoie aux diverses métamorphoses de la Peinture, variations infinies sur des thèmes de base. L’anonymat des visages cagoulés fait en sorte que chacun, à l’instar de l’artiste, puisse s’y projeter. L’artiste s’est également amusé avec les costumes des sportifs, se fondant, à l’instar de Fantômas, dans la masse de leurs congénères.. Enfin, l’univers de l’enfance est sollicité, tant par les couleurs que par la notion de jeu se manifestant dans ce bricolage général que cristallise pourtant la figure du héros éponyme. Tout au long de la salle sont présentées des statuettes à base de jouets moulés et reproduits. Si les enfants sont sensibles au merveilleux, aux créatures vouées au bien, ils sont également fascinés, ne serait-ce que pour s’en défaire, aux sombres incarnations du mal, parmi lesquelles Fantômas, à la base un roman devenu célébrité cinématographique, joue un rôle non négligeable. C’est tout à l’honneur de Bendine-Boucar que de nous le rappeler. BTN

Jusqu’au 18 mars, rue 48, bd Lafayette, 0467878419

 

 

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