Mrac de Sérignan, Decrauzat + Dellesperger

Philippe Decrauzat, Mrac de Sérignan (34410), Brice Dellsperger (MRAC et FRAC Oc.Mont)

Deux artistes se partagent les espaces du Mrac du printemps à la fin août. L’un, Philippe Decrauzat, re-suscitant, seul contre tous,  les mécanismes de la perception qui eurent leur heure de gloire dans les années 60, notamment grâce à l’op’art. L’autre, Brice Dellsperger, s’exprimant en vidéo et travaillé par la question très actuelle du genre et de l’identité. Decrauzat est dans le « comment » de la vision, le second dans le contenu, de ce que nous voyons.

Il propose un parcours durant lesquels nous retrouvons tous les thèmes traités en 15 années de production, tels que ceux du labyrinthe, du damier ou du dégradé et les vibrations, dilatations, ou creusement que propose ce style de travail en général. La question se pose de la pertinence d’un tel art aujourd’hui. Il nous sort de l’univers de figures et des images dont nous sommes submergés et nous confronte à une abstraction qui perturbe nos critères de vision, en général univoques. La géométrie élémentaire a bien des choses à nous apprendre et peut s’avérer plus complexe qu’il n’y paraît de prime abord. Ainsi c’est notre vision des choses et du monde qui se trouve déstabilisée, dans l’espoir d’un ajustement fécond.

Brice Dellesperger nous immerge dans une installation vidéo à 5 écrans recto-verso, construite autour du thème du travestissement et d’une relecture de l’histoire du cinéma (Pulsion) ou des séries américaines (Wonder woman). Au Mrac, il s’agit de l’œuvre intitulée Boby Double 41, ouvertement déclinée, geste après geste et son après son, de la série Dynasty. L’artiste isole des séquences cultes de bagarres féminines et les traite telle une chorégraphie, à base de violence corporelle indéfiniment recommencée. Le titre Biche et Sarah (en fait les acteurs) dans « Le cours des choses » fait référence à Fischli et Weiss, lesquels pratiquaient le dynamisme permanent dans le passage d’une séquence performative à une autre. Dans ces vidéos de plusieurs scènes déclinées, le cycle de la violence semble infini. Des acteurs reprennent les rôles des protagonistes et les rejouent plan par plan à la perfection. Outre le jeu ironique sur les codes des clichés filmiques, l’artiste traite de l’artifice, du dédoublement et de la trans-identité. Ses vidéos sont numérotées, selon qu’il emprunte à Eyes Wilds shut ou à Blow out. Ainsi le Frac a-t-il acquis Body double 40. Le Frac, outre la projection de 4 œuvres, annonce une série de Boucles, Bricoles, Miroirs et présente tout un ensemble d’objets constitutifs des décors, notamment les bijoux, perruques et costumes. Inversement, on pourra voir au Mrac les décors de la vidéo BD 41, tournée précisément dans l’espace du Frac. Le contraste entre les images précises en numérique et celles, plus brouillonnes, en analogique, concourt à l’intérêt de la démonstration. BTN

Du 18-04 au 30-8 au Mrac (au 5-09 au Frac).

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