Le Salon des oubliées, ACMCM, Perpignan 66000
Le Salon des oubliées, clin d’œil à un selon célèbre et régulier du 19ème siècle, et qui révéla les artistes rejetés par leur époque même si redécouverts par la nôtre, le Salon des oubliées donc (on insistera sur le féminin) se limite à quelques œuvres du Frac Occitanie n’ayant pas eu la chance d’être montrées autant qu’elles auraient dû l’être. Un peu comme ces chansons qu’un interprète refuse de chanter alors qu’elles feraient le bonheur de son public. Ainsi une vingtaine d’artistes, et pas des moindres : Bryon Gysin, le maître du cut-up, redécouvert récemment grâce à Ramuncho Matta ; Denis Roche photographiant son épouse tant aimée, dont on n’oubliera pas la place qu’il occupa naguère dans la littérature française ; ou feu notre alésien Jean Le Gac, redéfinissant le statut du peintre, même amateur… sont ils convoqués avec pour but non seulement de susciter des rencontres d’œuvres inattendues mais aussi de trouver peut-être enfin leur public. Ils viennent d’un peu partout (USA, G.B., Europe, Japon, Suisse), plus particulièrement de France même s’ils sont nés ailleurs. Ainsi le néerlandais Tjeerd Alkema, champion de l’anamorphose et des jeux de perspective, dans ses sculptures géométriques qui semblent ajouter beaucoup d’humour aux propositions du minimal art, et qui vit en France, dans notre région, depuis plus de cinq décennies. Certains y ont longtemps vécu tel le toulousain Jacques Bruel (connus pour ses bidons de plastique transformés en masques africains) ou Eric Watier (et ses Travaux discrets, minutieusement documentés). On signalera par exemple la présence du Monde à l’envers tel que le concevait Sylvie Nayral (de Tressan, Hérault) grâce à la triade : écran pelliculé, bandes sons au sol et séries de photos. Ou la maison de verre Véra d’or (cf. Lattara) d’Emmanuelle Etienne, et ses Souffleurs aux visages multiples. En gros, les choix semblent éclectiques puisqu’ils vont d’une étagère bancale, style « Do it yourself » avec corde, de Joe Scanlan, dans une perspective Post minimal art, aux peintures figuratives si singulières, parfois christiques, de Bert Duponstoq ou de Gabrielle Di Matteo, lequel revisite les images livresques de L’Humanité nue. La suédoise Annika Eriksson nous livre l’inventaire des postiers musiciens de Copenhague que l’on n’attendait pas à pareille fête. A l’inverse un tabouret assorti d’un journal suffit au suisse Ulrich Meister pour nous offrir une énigme faite objet. On peut en dire autant des moulages de Dario Robleto ou de son installation à partir d’un violon, d’un pupitre et d’une gourde. Signalons aussi la présence du peintre-paysan Samuel Richardot qui a eu les honneurs autrefois du Frac L-R. Ou de David Renaud, lequel met en tension la thématique insulaire, sur le tableau, au sein de grandes plages monochromes bleues. Enfin n’oublions pas l’installation lumineuse du duo Mélia et Loriot (cf. Iconoscope), qui critique le milieu de l’argent et met en exergue des projections de nez géants (qui ont du flair). Ou l’émouvante maison du grec Konstantin Kakanias, ornée de peintures vouées à un ami mort du Sida. Comme quoi l’art contemporain ne tourne pas le dos aux sujets à la fois temporaires et éternels. Toujours est-il qu’ACMCM résiste bien, au cœur de la ville catalane, et n’en finit plus de nous surprendre, de ses nouvelles orientations moins tournées vers l’Espagne, jadis maintes fois sollicitée. BTN
Jusqu’au 21 mars 2027












