Le design de Pierre Paulin, Musée Fabre Montpellier

Le design de Pierre Paulin, Musée Fabre, Montpellier

On a vu naguère le design intégrer les collections du Centre Pompidou et mis sur le même plan que les chefs d’œuvre de l’art moderne et contemporain. Alors pourquoi pas le Musée Fabre ? D’autant que Pierre Paulin a passé la dernière partie de son existence dans les Cévennes et est décédé à Montpellier. Après tout, bien des tableaux intègrent le mobilier privé des gens, ce qui leur suppose un minimum de fonctionnalité décorative, et les objets qui nous sont quotidiens s’appréhendent en termes de forme, matière et couleurs comme bien des œuvres d’art plus ou moins récentes (Pensons à Sarkis pour prendre un exemple dans notre milieu urbain). Par ailleurs, au Musée, les fauteuils, on ne s’y assoit pas dessus, le fumoir élyséens, on n’y pénètre évidemment pas, le « fauteuil déclive » on l’admire à distance. Surprise toutefois : une salle autour de laquelle tourne la sélection d’objets et documents, nous permet d’essayer le Video Barnum, un épais tapis-siège rouge en étoile, d’y écouter la voix de Pierre Paulin, de méditer ou se reposer tout simplement, à condition d’enfiler des chaussons de protection en plastique. Le design s’est fait aussi pour servir. Pas seulement pour contempler. Outre une meilleure connaissance du grand public de cette œuvre qui lui est peut-être plus familière qu’il ne pouvait le supposer de prime abord, et qui s’enracine dans la soif de modernité caractéristique des années 50-60, et outre son incroyable inventivité, c’est la scénographie qu’on lui attribue qui retiendra, dans l’espace muséal, l’attention. Il s’agit de couvrir cinq décennies de production et donc de nous faire quelque peu voyager dans le passé, dans l’univers des grands (Le salon élyséen) comme des humbles. C’est l’axe chronologique qui a été retenu, des premières réussites de Paulin jeune loup, à son installation dans les Cévennes et à un certain retour vers le savoir-faire artisanal. Ce sont bien évidemment ses innovations des années 60 qui attirent l’attention, La Ribbon chair et surtout la Tongue Chair par son audace, sa souplesse et son humour. Mais aussi la Table cathédrale de 81, toute en lames métalliques ciselées comme dans l’art gothique. Le clou de cette expo, qui ressuscite toute une époque (la mode Courrèges, la Parton chair, les velléités sculpturales du jeune Paulin…), demeure tout de même cette reconstitution de salles emblématiques du palais présidentiel, style Pompidou en particulier, avec ses lumières, ses rondeurs paresseuses et sa finalité musicale. Sans oublier ses Matisse au mur… Son fumoir aussi, en demi-cercle et dans des tons apaisants. Le bureau bleu de Mitterrand paraît plus froid, rehaussé pourtant par les cannages d’une chaise à palmette en bois d’amarante, un bonheur du jour, et un siège curule. Parmi les réussites et surprise indéniables : le grand canapé rouge et blanc dit Osaka, à base de mousse, serpentant dans l’espace ; une tente verte de jardin extérieur baptisé Showroom, abritant de révolutionnaires fauteuils ; plus loin un chandelier immaculé de 1958 etn bien évidemment, la Mushroom chair de 1959.  Le champ de l’art s’est considérablement élargi depuis deux ou trois décennies. On s’en aperçoit en musique, en littérature et dans le domaine des arts plastiques qui gagne à se confronter, ou pourquoi pas s’unir, aux arts décoratifs, appliqués ou au savoir-faire artisanal. BTN Jusqu’au 01-11

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