Fondation Van Gogh Action Geste Peinture

Action, geste, peinture, Fondation Van Gogh, Arles (13200)

Relier les œuvres assez disparates de quelque 80 artistes de renommée internationale, spécialisées pour la plupart dans l’abstraction, à quelques tableaux moins connus de l’artiste maudit qui a fait tant de bien à la ville d’Arles, n’allait pas de soi a priori. En fait, s’il est seul parmi toutes, Van Gogh se rapproche d’elles en raison des préjugés dont il été lui aussi victime et qui ont sans doute précipité sa disparition prématurée. Car au fond, ce diable d’homme aurait enfanté à son insu,  le mouvement et les gestes dont la plupart de réclament quelques décennies plus tard. Certes les 5 œuvres du Maître d’Arles s’avèrent discrètes (dont trois régionales, une paradoxalement sous la neige). Il ne s’exprimait guère en grand format.  On passera outre la disparité et l’on dira qu’après tout l’enjeu en valait la chandelle et que les productions de certaines œuvres au féminin, minimisées par l’Histoire de l’art, justifiaient qu’on leur accordât une juste revanche sur leurs homologues masculins en général. D’autant qu’il ne viendrait à l’idée de personne de contester l’importance et l’intérêt d’une Vieira da Silva dans ses gestes cursifs et sa tendance à la saturation, d’une Helen Frankenthaler dans sa science du Color field ou Joan Mitchell, fers de lance de cette exposition Action, geste, peinture ; tout comme Judith Reigl et Lee Krasner. Or ces arbres ont caché la forêt et, à côté de celles qui se sont malgré tout imposées, bien des travaux se sont vu laissés pour compte, par les instances dominant le milieu de l’art de leur époque et de leur pays. C’est là que cette exposition prend toute sa place et tend à ouvrir quelques voies ou perspectives, en tout cas pour un certain public, notamment du côté de notre ignorant midi. Et tend à réviser quelques idées reçues : une Janet Sobel a sans doute eu une certaine influence sur Jackson Pollock, ce dont témoigne les deux toiles exposées (Mais elle-même n’a-t-elle pas bien observé les surréalistes exilés ?). On découvre une huile Marie Raymond, pratiquement la seule « vraie » française de l’expo, dans des harmonies de bleu qui peuvent faire penser que son célèbre fils Yves Klein, n’a sans doute pas été insensible, dans sa formation, au talent de sa mère. Bref on peut toujours s’amuser à titiller les certitudes universitaires. Les américaines sont très représentées, d’autant que l’Action painting, l’abstraction lyrique, le Color field émanent essentiellement des USA. On ne peut pas ne pas citer Betty Parsons et son rôle crucial dans la reconnaissance mondiale de ces mouvements ; ou l’impression de puissance qui se dégage des toiles de Deborah Remington. Inversement, on est séduit par l’élégance d’une Pat Passlof. J’ai été surpris par la gestualité d’Elaine De Kooning (The bull). La rigoureuse fraîcheur d’une Yvonne Thomas m’a rappelé une ancienne période d’un de nos meilleurs peintres nîmois… La canadienne Miriam Schapiro, avec son Idyll, est bien à la hauteur de sa réputation d’énergie pure et de liberté suggestive tout comme l’inventive Mary Abott. Or bien d’autres pays sont représentés, certains que l’on n’attendait pas, ni dans la postérité de Van Gogh ni dans un rapprochement avec l’expressionnisme abstrait. Les échanges et promotions tendirent en effet à s’internationaliser durant la période choisie (40-70). On revisite ainsi l’exubérance colorée d’une Gillian Ayres (GB). Ou les huiles fluides de l’autrichienne Maria Lassnig, explorant les ressources de la couleur. La danoise Elna Fonnesbech-Sandberg nous rapproche de Cobra. Les calligrammes de la polonaise Francizka Themerson anticipent sur l’œuvre de notre Valère Novarina. Et puis, on a les représentantes de pays pour qui la peinture au féminin n’allait pas de soi : l’iranienne Behjat Sadr étonne par ses audaces gestuelles, sur toile ou sur bois. Les œuvres de la colombienne Fanny Sanin cloisonnent la couleur de manière souple mais déterminée. Etonnantes et foisonnantes contributions également de la coréenne Wook Kyung Choi. On peut être surpris par les all over généreux, à la poudre de marbre, de la japonaise Aiko Miyawaki. Tout dépend des goûts et chacun y découvrira ce qu’il y cherche, selon ses critères et ses valeurs, masculin(e)s ou pas. La présence de Niki de St Phalle étonne mais c’est la Niki des tirs à la carabine, dans le geste et l’action sur la Peinture. Celle de la libanaise Etel Adnan un peu moins étant donné sa révélation tardive et son récent décès. La danse est représentée par les meilleures (Trisha Brown, Martha Graham…), la performance solitaire,  en vidéo par Ana Mandieta, Yayoi Kusama, ou la japonaise Atsuko Tanaka (Gutai) ; et les photos pour Carolee Schneemann. Ajoutons pour terminer que les commissaires ont tout fait pour que cette exposition, malgré la pléthore d’œuvres présentées, ne perde pas le visiteur sous l’abondance des sollicitations et références. Ainsi a-t-on affaire à des ensembles cohérents (générationnel, géographique, thématique…) au fil des salles. Par ailleurs des triades didactiques, se superposent et font écho au titre : Environnement Nature Perception… Existence Expression Empathie, ou encore Performance Geste Rythme. Un programme éloquent et une visite qui laisse à méditer sur l’Histoire et ses choix sélectifs et exclusifs. BTN

Jusqu’au 23-10, 35 ter rue du Dr Fanton,

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