Rappel expo estivale 2026 de Luma Arles

Patti Smith,  Stan Douglas… Luma, Arles 13

On ne se rend point à Luma comme on se rend dans un autre lieu. Il faut prévoir au minimum une journée de visite si l’on veut profiter au mieux de tout ce que les ateliers et la Tour nous offre. Cette dernière, outre les œuvres pérennes (Etel Adnan, Liam Gillick, Olafur Eliasson…), regorge d’espaces dévolues aux expos temporaires de grands noms (les minuscules photos rehaussées par Gerhard Richter dans la Galerie principale, Camille Henrot confrontée en vidéo à la difficile mission d’élever un enfant), ou d’artistes en voie de consécration (les masques et pianos à images de l’africain Julianknx ; la représentation du Delta du Rhône de Verena Paravel) + les archives Obrist (l’architecte Zara Hadid). Si la Tour moment, nous ne sommes pourtant point au bout de nos surprises du côté des Forges, de la Mécanique générale ou de la grande Halle ouest. Sans compter les œuvres de Franz West, Carsten Holler ou Philippe Parreno  dans l’immense parc paysager et son lac

Acte 1 : l’ouzbèke Saodad Ismailova, inventive dans tous les genres : la vidéo principalement, avec son exploration de la forêt sacrée et des mythes attenants, sa déploration de la disparition narrative du tigre de Turan, ou sa relecture de l’histoire des 7 dormeurs… Une projection en apparence de cascade monumentale semble se précipiter  le long d’un mur pourtant immense. L’artiste pratique en outre la sculpture (sur des sujets inattendus : la noix, la datte ou une graine sans nom), l’installation (24 écrans de soie, distribués régulièrement dans l’espace et dédiés à la montagne), la photo (écritures sur photos de famille) ou les assemblages muraux de tissus avec néons. Le concept ne lui fait pas peur, tels ces écrits éclairés qui vibrent derrière des panneaux de soie « Tu connaissais mes ancêtres et je connaissais les tiens ») ou à la surface d’un crin de cheval (« Rends-moi mon savoir. La question de la transmission est au cœur de ce travail qui n’hésite pas à aborder l’histoire récente.

Acte 2 : Le canadien Stan Douglas est un metteur en scène hors-pair de scènes de rue.       Une émeute nocturne à Vancouver, une arrestation musclée sur un ferry à New York, ou plusieurs visions successives de la gare Penn. Il revisite des thèmes sensibles : le colonialisme insolent, avec ses reconstitutions de  scènes éloquentes d’une pièce de théâtre du siècle des lumières. Mais il ne s’agit pas seulement de photos de plus ou moins grand format. La vidéo est omniprésente dans des scénographies intimistes. : son interprétation du Film de Beckett, compliquée d’une trame kafkaïenne (Vidéo), K étant remplacé par une jeune noire ; un diptyque SF ou les sessions de quelques jazzmen exilés à Paris. Enfin, un triptyque dévolu au flamenco, à travers la trilogie : tête qui chante, torse qui joue, jambes qui dansent. Le tout sur fond de récupération politique par le régime franquiste. Car pour l’artiste Les corps ne mentent jamais. Les couleurs sont superbes et les images plus vraies que nature. Enfin Acte 3 : Impressionnante installation, immersive, de Patti Smith, accompagnée du duo Soundwalk Collective. Plusieurs écrans géants où défilent des images inédites et référentielles, intégrées au magma iconique  (Andrei Roublev, Pasolini, l’anarchiste Kropotkine…). Tout commence par du son enregistré dans la nature (glaciers, déserts, forêts…) par Stephan Crasneanscki, à partir du duquel la poétesse pose ses mots et sa voix, avant que n’apparaissent les images. On a donc une inversion du processus habituel de création et une mise en exergue, centrale, de la parole poétique. La  salle est plongée dans l’obscurité, la lumière se portant sur des vitrines saturées de documents, d’impressions spectrales rehaussées par Patti Smith ou sur la cabane reconstituée d’un météorologue ermite, Wegener, le théoricien de la dérive des continents. 10 œuvres sont présentées, dont deux inédites, qui parlent de Tchernobyl ou de Médée, de la Camargue et de Marie-Madeleine ou du Groenland en danger. Toutes mises en Correspondences, titre de l’installation. BTN

Jusqu’en janvier 2026 (08-11 pour Smith/Soundwalk)

 

 

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