Vestiges du Futur Narbo Via (Narbonne)

Vestiges du futur, Narbo via, Narbonne (11)

Bonne idée que de glisser quelques œuvres d’art de notre époque parmi les innombrables objets témoignant d’un temps où Narbonne, au faîte de sa splendeur, était l’une des villes les plus influentes de la romanité. D’un côté l’antique prend de nouvelles couleurs de son rapprochement à l’actuel, d’un autre le contemporain s’appréhende mieux dès lors qu’il est mis en perspective grâce à son inclusion au sein du pérenne et de l’indiscuté. Et puis que sont deux millénaires par rapport à l’Histoire de l’humanité, voire de la vie en général ? Le choix effectué est ainsi particulièrement soigné, les œuvres étant empruntées aux Collections du Mrac de Sérignan, assez proche. Bel exemple de solidarité inter-muséale… Il fallait en tout cas effectuer des choix pertinents en fonction des vestiges qui constituent le parcours permanent. Ainsi, face à l’impressionnante galerie lapidaire, passé le géant en aluminium de Sarah Tritz, plusieurs niveaux d’une structure longitudinale, s’insère idéalement la vidéo d’Arnaud Dezeteux sur une ville vide en période de pandémie, tandis que des surimpressions de fantômes rappellent les créatures mythologiques qui emplissent, ainsi que des blocs, les centaines de niches. En face, une collection de pierres factices de Laurent Le Deunf, également sur étagères, et un monumental mur de céramique de Nathalie de Pasquier, dont la régularité géométrique fait écho à la structure du mur de pierres. Il faut parfois être attentif pour dissocier l’authentique antique du contemporain. Ainsi la maquette, aérienne et mésopotamienne, d’Anne et Patrick Poirier s’inscrit-elle naturellement dans la première salle consacrée aux vestiges narbonnais de La Première colonie romaine en Gaule. De même, à quelques mètres de là, des bâtisses sculptées en 3D, inspirées de dessins d’enfants de Berdaguer et Péjus, en stéréo-lithographie blanchâtre, assez fantaisistes au demeurant, incluses dans Section consacrée à la ville et ses monuments tout comme la sérigraphie d’Etienne Bossut, humoristique et simulant une colonne… de bidons actuels empilés. Entre l’antique et le moderne, les formes sont souvent identiques, c’est le matériau, parfois la technique qui a changé. C’est évident dans la section 3, Société et nécropoles, où deux Muses en plastiques, verre et silicone (Nick Devereux et Wilfrid Almendra), se fondent dans les divers bustes et représentations de têtes romaines plus ou moins célèbres. La lettre à ma mère de Vera Molnar, à l’encre sur papier, jouxte des inscriptions vieilles de deux millénaires au moins. La superbe toile, dans des tons rouges et violets de Rosson Crow, figurant un riche intérieur, mettrait presque en abyme la quatrième section qui nous ouvre les portes de Riches demeures urbaines. On quitte la blancheur des pierres pour se mesurer aux subtiles couleurs des mosaïques, des fresques et des murs. Georges Ayats avec son automnale abstraite et Claude Viallat, y apportent leur conception présente de la forme colorée, avec un effet de contraste pour Viallat, habitué à recourir à des matériaux pauvres. De nombreuses œuvres maritimes se glissent dans la salle qui rappelle le Port marchand sur la Méditérranée, avec ses amphores et son énorme ancre en bois. Une vague en carrelages et feutre de Wilfrid Almendra rendant hommage au figuier, la jarre de terre cuite de Fabrice Hyber, ornée d’un épais ruban rouge renvoyant au Sida, un tissage en laiton de Zainab Andalibe, qui ne cache pas son intérêt pour les migrants fuyant leur pays avec un tapis pour toute richesse… La série Vogue la galère, inspirée de cartes et de slogans, de Lawrence Weiner, prouve que le conceptuel et l’antique peuvent faire bon ménage, de même que les dessins maritimes de Birgir Andresson. L’exposition se clôt sur une allusion à la période paléochrétienne, avec ses prétentions à la vie éternelle sur les bas-reliefs ouvragés de tombeaux. Le néon conceptuel de Pierre Bismuth, inspiré des procédés publicitaires, sonne dès lors comme un rappel à l’ordre ironique. Surtout dans le cadre d’une exposition intitulée Vestiges du Futur, allusion au devenir des œuvres. La toile grise et brune de Piet Moget, très hollandaise, peinte pas si loin de là, porte à la méditation, conclusion de cette traversée de réalisations humaines qui ont défié le temps et lui ont finalement résisté. Deux œuvres sont exposées un peu plus loin, l’une de Michael Just, à l’Horreum, l’autre, un échafaudage photographié par Daniel Otero Torres à Amphoralis. Mais Narbo Via, ce sont aussi de nombreuses reconstitutions animées et des pauses didactiques. L’architecture inspirée de Norman Foster… Et une expo temporaire, Narbo Martius, instructive et immersive… BTN
Jusqu’au 31-12, 2, av. André Mecle, 0468902890

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