Tarik Kiswanson à Carré d’art

Tarik Kiswanson à Carré d’art, Nîmes
C’est à une exposition sobre, prospective et fascinante que nous convie l’artiste suédois, d’origine orientale, Tarik Kiswanson, dans les sept pièces qui composent l’espace temporaire Carré d’art. Dès la première, trois formes phalliques, paternelles, constituent des vestibules censés nous faire passer de l’extérieur vers un intérieur plus intime. Il s’agit de sculptures en miroir d’acier, aux multiples lanières méticuleusement polies par l’artiste, tournoyantes et sonores, et pouvant contenir des corps humains, notamment ceux de jeunes gens, sollicités lors de performances. La sortie de l’enfance est pleine de promesses, une période cruciale dans l’existence de chacun. Elles sont gigantesques pourtant et donc protectrices, englobantes, proposant une vision fragmentaire de la réalité. Le titre de l’expo, Mirrorbody, semble dès lors justifié. La deuxième salle est vouée à la vidéo sur lesquelles nous découvrons les préadolescents confrontés aux dangers et vicissitudes de l’éducation qu’il s’agisse de l’apprentissage de l’oralité, de l’écriture calligraphique ou de la situation corporelle toujours non exempte de dégringolade. Le sentiment d’impuissance est renforcé par le recours au ralenti. La formation ne va pas sans risques… La troisième pièce est sans doute la plus fournie : des tableaux et un miroir d’acier aux murs, des pavés de résine translucide au sol, recueillant pieusement des objets, couverts ou bougie se consumant, et aussi une goutte du sang de l’artiste. Les tableaux solllicitent la technologie moderne puisqu’il s’agit de scanners de vêtements traditionnels d’un côté, le corps n’est jamais loin, de l’opacité du vide de l’autre, la question se faisant symbolique et quasiment civilisationnelle si l’on consdère que l’opacité s’oppose à la lumière. Dans un recoin discret du musée, surélévé pour la circonstance, une forme oblongue couchée et miroitante, comme un nid ou un cocon, et quelques étagères de métal qui conservent leur part de mystère. On passe sur l’autre aile du musée pour une série de petits dessins au fusain, des silhouettes d’enfants un peu fantomatiques et tentant d’ouvrir une improbable fenêtre qui se confond avec la vitre protectrice. Ces simples images suffisent à occuper l’espace pourtant volumétrique. L’enfant veut sortir de son cocon, ce qui donne rétroactivement sa signification aux deux énigmes précédentes. L’avant dernière salle reprend les vêtements scannées, sur des supports beaucoup plus allongés et gigantesques, confrontés à une vision du monde en planisphère émondé et une très belle robe murale qui semble griffée, toujoursen acier poli, réfléchissant la réalité de façon fragmentée. Enfin trois formes oblongues que l’on identifie à des nids géants, l’un sur le mur, un autre dans une encoignure, un dernier au-dessus d’un passage d’une pièce à l’autre, terminent cette exposition. La volonté semble à la fois de lévitation, de sublimation et de renaissance à partit de cette forme de cocon, concoctée dans un assemblage de matières, plus lourdes qu’elles n’y semblent. Elles sont blanches comme une page vierge à remplir de la suite à venir et forment au fond trois points ovales de suspension. Au bout du compte, une exposition qui pousse à la méditation et qu’il faut prendre le temps d’apprécier. Le temps en est d’ailleurs l’une des composantes thématiques mais aussi, on l’auta compris, l’apprentissage, ainsi que le prouvent toutes ces allusions à l’enfance. Les difficiles rapports entre l’occident et l’orient n’y sont pas oubliés, de même que la relation, réelle ou métaphorique, de la lumière et de l’opacité, de la tradition et de la modernité. N’oublions pas que l’artiste est lui-même l’incarnation d’une double culture. Enfin, tout ceci passe par le dénominateur du corps, et de ses reflets, ainsi que le prouve l’omni présence des miroirs plus ou moins déformants. BTN
Jusqu’au 7 mars, Place de la maison carrée, 0466763588

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