Soundwalk Collective & Patti Smith
Correspondances (installation musicale et visuelle)
La Grande Halle, LUMA Arles
Été 2026
Baudelaire et Rimbaud en soutien
L’autre grande installation de la saison, à côté de celle de Saodat Ismailova, se nomme Correspondances, une collaboration entre Soundwalk Collective (composé de l’artiste Stephan Crasneanscki et du producteur Simone Merli), et la poète, plasticienne et musicienne, Patti Smith. Depuis une dizaine d’années le duo travaille ensemble pour créer un objet difficile à circonscrire, où le son et la vidéo s’entrelacent pour explorer des territoires souvent difficiles d’accès, mais désormais vulnérables.
Au travers du vaste dispositif immersif et central, huit écrans croisés accueillent un cycle de dix films conçus par paires. Les poèmes de Patti Smith se trouvent d’ailleurs disponibles dans deux brochures gratuites, en anglais et en français. Au niveau du fonctionnement il ne s’agit point d’illustrer des images, mais de bâtir un dialogue entre les sons enregistrés par Soundwalk Collective et la réponse poétique, sous forme de longs écrits, de Patti Smith. Les images finales complètent l’ensemble dans une forme d’accord ou de tension. L’interaction demeure essentielle et ouvre un champ d’expérimentation intense. On pense à Baudelaire avec Correspondances, justement :
« La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortit de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers »
Autour du noyau central gravitent d’autres installations. Deux tables lumineuses, très allongées, plongées elles aussi dans une semi-pénombre, présentent une foule de documents et de petites statues. La première évoque Pasolini et Médée, la seconde convoque Le Mistral et The Melting. Des encres et des œuvres de Patti Smith tapissent certains murs. Une reproduction d’une grande et superbe photographie d’un Chaman tatare de 1920, d’après un original d’environ 1900-1915 offre une ouverture vers le monde des esprits. D’un autre côté, au centre, surgit une reconstitution de la cabane d’Alfred Lothar Wegener (1880-1930) astronome, météorologue et professeur allemand, inventeur de la théorie de la « dérive des continents », symbolisant une ténacité acharnée face à un monde intellectuel hostile à la découverte. Il meurt tragiquement de froid lors d’une ultime expédition au Groenland.
La réception parfois violente des œuvres centrales, qui croisent et recroisent similitudes et différences fait naître des questionnements multiples. La disparition du vivant et de certains paysages se mêle à la fureur du monde et à la folie de certains protagonistes de l’Histoire. Ne faut-il pas alors rappeler, comme un viatique, ces deux vers de Voyelles de Rimbaud, poète de prédilection de Patti Smith :
« A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu: voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes »
Jusqu’à quand faudra-t-il souffrir avec les icebergs qui fondent et lutter contre les cœurs de glace qui se durcissent ?












