Bacon à Monaco

Fondation Bacon Monaco

Ouverte depuis trois ans dans une jolie petite villa Belle Époque, seule fondation Bacon au monde, elle est constituée de la collection privée de Majid Boustany qui a eu un « coup de cœur » pour l’artiste lors d’une visite à la Tate Gallery où le triptyque de Bacon, Trois études de figures au pied d’une Crucifixion (1944) l’a fasciné.

1. Trois études de figures au pied d’une crucifixion, 1944 © Tate Londres 2014

Il éprouve alors le besoin d’explorer l’univers de l’artiste, d’autant qu’il découvre sa relation avec la Principauté (il été résident monégasque plusieurs fois).
En 2010, ses recherches et la collection qu’il a constituée le décident à créer la « Francis Bacon MB Art Foundation » pour accueillir des chercheurs ainsi que des petits groupes de visiteurs. La fondation offre également des bourses pour les thèses consacrées à l’artiste.

2. Bacon dans les jardins du Casino de Monte-Carlo, 1986 © MB Art Collection

Dans une atmosphère apaisante contrastant avec les visions douloureuses de l’artiste exprimées sur les toiles, une très intéressante visite conduite par Cécilia Auber nous fait pénétrer dans l’intimité de l’artiste.

Né dans une grande famille anglaise le 28 octobre 1909, le jeune Francis Bacon, d’un tempérament maladif, est rejetté dès son enfance par son père ex-officier militaire, devenu entraîneur de chevaux.
A 17 ans, chassé de chez lui à cause de son homosexualité, il part à Londres puis à Berlin.
Grâce à une petite rente que lui envoie sa mère, il vit à Paris entre 1927 et 1929, fréquente Montparnasse, La Rotonde, la Coupole, découvre Picasso et les remises en question picturales des peintres de sa génération.
En 1929 à Londres, il est créateur de luminaires, désigner de tables, tapis, etc. (quelques unes de ses créations sont présentées).

3.Interieur MB Art Collection © MB Art Collection

Sa vie est parsemée de drames, de rapports douloureux avec ses amants.
Après la mort de son père et la guerre, vers 1944, il se met tardivement à peindre, mais ce n’est qu’à partir des années 50 qu’il consacre tout son temps à la peinture.

Plusieurs photos de Bacon dans son atelier montrent le chaos dont il a besoin de s’entourer pour peindre. Une métaphore remarquable du fouillis ou du désordre mental d’où peuvent naître des œuvres claires, ordonnées, esthétisantes.

4.Bacon dans son atelier, MB Art Collection © Carlos Freire

Ses belles couleurs étalées en larges coups de pinceaux, ses aplats harmonieux, procurent un plaisir visuel dès la première seconde. Les grands aplats daliniens, géométriques, presque transparents sont destinés à mettre en scène des corps en action. Les œuvres sont assez grandes, encadrées d’or. Il y a un plaisir de la composition, du graphisme, une recherche de formes classiques qui fait contraste avec le sujet, le plus souvent des corps difformes, tourmentés. On discerne les membres, une tête, des jambes, des yeux, mais rien n’est à sa place, les figures sont tordues, difformes, dérangeantes, angoissantes. On sent une violente tristesse, un cri muet et désespéré, comme celui d’Edvard Munch, mais plus puissant, au delà de l’angoisse, de la douleur et de la peur.

Bacon a peint peu de scènes ou de paysages, surtout des portraits de ses amants, de ses amis. Les visages sont en partie effacés, comme s’ils avait été peints puis recouverts de peinture noire.
Des images récurrentes obsessionnelles comme celle du pape de Velasquez (pas si Innocent que ça), qui est l’objet de toutes ses violences : sur son fauteuil-chaise électrique, il fond, dégouline, se liquéfie, souffre, crie de toutes ses dents. Le visage du pape (du papa ?) est torturé, tordu, et les dents omniprésentes sont effrayantes.

5. Bacon, Tête 6 © MB Art Collection

Ses peintures sont à la fois un exutoire de ses angoisses, mais aussi de ses désirs de meurtre, de violence extrême, de voir souffrir.

Tous les sujets sont encadrés de simples lignes noires ou blanches qui entourent la scène, comme pour la mettre entre parenthèses ou l’enfermer dans une cage.
En grandes touches expressionnistes ou déposées avec délicatesse, la peinture de Bacon, est aussi le sujet de la toile. Elle n’est pas là que pour décrire. Elle est en mouvement, avec des effets de torsion, d’essorage où les couleurs se mélangent.
Dans ses photos, apparaît souvent la mélancolie, la tristesse profonde qu’à captée Lucian Freud qui a réalisé le portrait le plus juste de Bacon.

6.Détail de lutteurs d’Edgar Muybridge retrouvé dans l’atelier de Bacon
Bacon, Deux personnages, 1963

La visite est enrichissante, agréable, bien documentée. Photographies, documents de travail,  objets issus de ses ateliers, correspondances, etc., nous nous éclairent sur le parcours de l’artiste, sur la diversité de ses inspirations, mais aussi sur son côté sombre, la partie cachée de l’intimité de l’artiste.
Les visites se font par petits groupes de six personnes.
Sur rendez-vous, téléphone : +377 93 30 30 33

Un documentaire « Bacon, la suite Van Gogh » est en cours. En ligne en novembre 2019.

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Alain AMIEL
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