De l’ombre la lumière, album de Jacques Clauzel

De l’ombre la lumière, Photographies de peintre, Jacques Clauzel
Nous avons, dans la région, un photographe remarquable, mais il est plus connu en tant que peintre (rappelons son expo au Musée Paul Valéry) et fabricant de livres d’artistes avec des grands poètes (Salah Stétié, Andrée Chédid ou James Sacré…). D’où l’intérêt de cet album de 220 pages (et qui appelle une suite…) à même de séduire les nostalgiques d’une Afrique ancestrale et authentique, à laquelle une grande partie de l’ouvrage est consacrée, et aussi de paysages du plat pays du côté de la mer du Nord ou encore des champs de roseaux dans les plaines de Camargue, quelques vues de Baux en contreplongée, des nuages. Et pas seulement : Jacques Clauzel excelle aussi dans l’art de la nature morte paradoxale ; il s’intéresse aux fruits pourris, argentés ou modelés par la lumière, aux jeux d’ombre fortuits et précieusement collectés, aux divers objets de son quotidien extérieur et intérieur, à commencer par son atelier. Et tout ceci, en argentique et sans jamais user de la couleur tant il est vrai que le noir et blanc est l’essence même de la photographie et qu’il attribue à ce que l’on regarde et fixe sur l’objectif une autre dimension. Oui les amateurs de photo auront de quoi se sustenter en découvrant ce photographe qui fait surgir, en magicien éclairé, « De l’ombre la lumière ». Pourtant, il est une autre raison pour laquelle ce livre est important dans sa production prolifique : elle apparait en filigrane pour qui connaît l’ouvre picturale de Clauzel, ses gravures et ses illustrations. C’est qu’elle ne procède elle également que du noir et blanc, et de la quête de la lumière, sur le fond brun du kraft ou du papier, en faisant une infinie confiance, exclusive, aux ressources de l’encre et de l’acrylique. On la sait géométrique, répétitive, sobre à la recherche d’un rendu lumineux qui s’équilibre avec la grille, « partition structurante » selon Marie Joqueviel-Bourjea dans sa préface, qui subdivise la surface. En quête d’une vibration foncière, élémentaire et essentielle. Et qui ne voit que cette prospection des rémanences sensorielles, absolue, se confond avec la rencontre de la terre africaine, ses villages fantomatiques, ses habitants à moitié nus, ses arbres majestueux et mal dégrossis, ses moyens de se déplacer primitifs, ses marchés à la fois pléthoriques et ne produisant qu’un seul produit (une poterie, une boite à vêtements, un objet en bois par ex) ? Chez Clauzel, les photos éclairent rétrospectivement la peinture et inversement, les peintures ne pouvaient qu’engendrer de nouvelles photos. D’où les deux périodes en ce livre : les années 60-70, vouées à l’Afrique noire (Mali, Burkina Faso, Niger, Bénin, Sénégal, Côte d’Ivoire), les années 2000, dévolues aux lumières du pays d’origine, du paysage à la nature morte, en passant par les ombres, échos du paradis perdu.
Le titre le dit bien : Il s’agit de photographies d’un peintre, ce qui signifie que l’on peut lire ses images selon deux niveaux d’interprétation. C’est comme si l’on avait deux livres pour le prix d’un. En attendant sa distribution en librairie, on peut le commander aux Editions A travers 7, rue Jean Bérard, Gallargues le Montueux, (0466354790) BTN

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