Pop-up Collections, Musée des Beaux-arts, Centre d’art contemporain etc. Carcassonne

Pop-up Collections, Carcassonne, Aude

Les Frac d’Occitanie (Abattoirs et L-R), associés au Musée carcassonnais des Beaux-Arts, présentent une centaine d’œuvres, extraites de leurs acquisitions respectives, dans divers lieux de la préfecture audoise, laquelle s’enorgueillit à juste titre de sa Cité. Une manière de montrer que l’art contemporain n’a pour l’instant pas disparu d’une ville qui n’en a manifestement pas fait sa priorité. Une centaine d’artistes se partagent d’abord la salle d’expo temporaire du Musée (autour d’une relecture des Emmurés de Carcassonne, de Jean-Paul Laurens, lesquels ne demandent qu’à être délivrés, ce qui prend une résonance particulière au vu des circonstances), ensuite l’espace d’art contemporain, ancienne Banque de France. Mais aussi la Chapelle des Dominicains (où la monumentale Garde républicaine, de Xavier Veilhan semble veiller au rejet de toutes les formes d’oppression, à commencer par les religieuses), la Halle aux grains (avec les 10 sculptures monumentales multi-genres, Ghosts de Simone Decker), et la chapelle du petit St Gimer enfin, où un protocole collectif est proposé par Thomas Tudoux à partir du thème de l’arbre lequel ne se conçoit pas sans la forêt. Quelques œuvres se confrontent aux collections permanentes du Musée des Beaux-Arts. C’est le cas des 3 céramiques en formes de bustes-ruches de Johan Creten, ou de la Gardienne textile de Jeanne Vicéral ou encore de la relecture de Guernica grâce à l’animation numérique d’un Daniel G Andujar. Passé l’escalier d’accueil, où nous attend le frigo écrasé par un coffre-fort de Daniel Firman, on entre dans la salle d’expo temporaire où nous attend un riche panel d’œuvres que nous qualifierons d’en phase avec un air du temps tracassé par tous les sujets qui font mal : colonisation, guerre, marginalités, critique du système libéral…  Les matériaux sont diversifiés tout comme les générations et nationalités. Les Frac régionaux ne se limitent pas à la région, il s’en faut. On est toutefois heureux de retrouver dans la salle d’expo temporaire, des personnalités qui nous sont familières : Nissrine Seffar (et sa série de plâtres en hommage au camp de Rivesaltes), les portraits en pied de Balkacem Boudjellouli, à côté des indiens rebelles de Barrientos (ou de Boltanski), des documents incendiaires (et antiracistes !) de Mathieu Kleyebe Abonnenc, et ces trompeurs ciels nocturnes calmes précédant l’apocalypse de R.A Dormeuil. Entourant le tapis tissé en laine artisanale d’Alighiero e Boetti,. Beaucoup d’artistes s’inspirent de l’Histoire notamment celle que l’on a tendance à taire ou oublier. Raphael Barontini s’intéresse à une reine de couleur (Lewoz Queen) L’ukrainien Boris Mikhailov compose une Piéta fort dérangeante. La famille est alors une valeur refuge. L’américain Jimmy Durham a peint 25 barils de pétrole assortis d’un concept adhésif. Au Centre d’art contemporain, les musulmans en prière de Mehdi-Georges Lalou avaient tout pour déclencher la polémique. Il semble que les esprits se soient apaisés. Beaucoup d’œuvres avaient de quoi attirer l’attention. D’autant qu’on nous les présente en florilège. Je pense à la montpelliéraine d’origine Fiorenza Menini et à ses autoportraits intimistes, parfois mystérieux et ludiques. Mais aussi au meuble style Palissy éclairé de l’intérieur par J. Baptiste Bruand ou aux objets assortis de photographies circonstanciées de presse, de Benoît Broisat. Un portrait de jeune fille rousse, fin du XIXème, de J.J. Henner vient se mesurer aux grands formats de Nina Childress. Impressionnante installation scolaire de Sophie Dubosc, face à l’intrigant portrait féminin de la nîmoise Suzanne Lafont. Des portraits familiaux signés Delphine Balley, ou un incroyable hommage aux 3 grâces d’Esther Ferrer, à partir de chaises suspendues complètent cette sélection qui nous fait aussi participer à l’intimité créatrice d’un Nicolas Daubanes. Je n’ai pu citer tout le monde (Une épée pour rire du Gentil Garçon, les nuages en marbre du duo Claret-Jugnet, ou les photos d’architectures d’Alain Bublex…). Car 100 œuvres, c’est beaucoup et elles nous attendent sous forme d’un Pop-up ouvert sur le monde. Tout comme s’ouvre l’art contemporain. Souhaitons que celui-là continue de s’ouvrir à lui. BTN Jusqu’au 17-10

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