Frederik Exner, Parvis de Tarbes, 65420 Ibos

Frederik Exner, Parvis de Tarbes, 65420 Ibos

Étrange univers que celui que propose cet artiste danois d’origine. Il s’appuie en effet sur les récits fondateurs relevant d’un passé qui se perd dans la nuit des temps, ​et emprunte à des contes médiévaux, aux parfums de sorcellerie et de magie bénéfique. Et tout cela, flirtant avec les théories scientifiques de l’évolution des espèces pour nous amener à partager son un regard inquiet porté sur notre avenir. Ainsi l’espèce batracienne, dont dépend la grenouille, est-elle mise en exergue, d’autant qu’elle semble avoir des points communs avec l’humaine, aux origines de toute vie comme dans existences individuelles et antérieures, à l’état de fœtus-têtards.  La grenouille, de taille géante, est par là même humanisée. Exner la dispose sur des caisses de transport, d’où elles semblent exhumées, telle une découverte archéologique, accompagnée de la mousse protectrice que nécessite sa condition devenue précaire, au sens propre du terme. Exner la présente en groupement, elles sont tournées vers le même objectif, comme en souffrance d’une solution : peut-être une possible transformation ou métamorphose. Celle des vertébrés, si l’on se fie au tableau ossu qu’elles semblent contempler ou vénérer. Leur couleur verdâtre, uniforme, interpelle Ce qui les caractérise c’est cette hybridité que leur a attribué l’artiste, mi-résine mi métal. Elles sont accroupies sur le socle de leurs pattes démesurées, comme prêtes à bondir, et leur tête est pourvue d’un énigmatique disque frontal, inspiré sans doute des auréoles chrétiennes, ou faisant référence à des capteurs de style parabolique, à des antennes qui saisissent les ondes invisibles. C’est ce qui explique le titre Door of  hearing. Les grenouilles sont ainsi capables de pressentir l’avenir qu’elles ne verront pourtant pas. Le résultat est spectaculaire, impressionnant et inquiétant. Surtout si nous sommes ces grenouilles, aveugles à ce qui nous attend. Si cette espèce disparaissait, l’humaine devrait s’attendre à de sacrés problèmes quant à sa possible survie. L’œuvre d’Exner est donc engagée, préventive. La peau de la grenouille est sciemment entamée ce qui a deux significations : chacune est individualisée et chacune est meurtrie. Rappelons que c’est son mode respiratoire, et ce qui la rend sensible à son environnement. Les sculptures individualisées, Upstreamer et Keeper, accentuent le caractère monstrueux de cette hybridité anthropomorphique.  Sans présumer de ce qui sera montré au Parvis, rappelons qu’Exner a également conçu des œuvres murales en résine, en forme de peau de grenouille écorchée, qu’il peuple d’étranges figures. Ce sont ses Diptykons (diptyques). Et même si le sujet est sensible, l’humour n’est tout de même pas absent de cette hybridation pertinente. Nous le prouve : la rencontre du diable et d’une murène dont le malin a bien du mal à triompher. On peut penser parfois à de l’art brut, autodidacte et impulsif. Le travail de ce sculpteur fictionnel est pourtant instruit de mythes et légendes (et il n’en manque pas concernant le batracien) et tourné vers les autres, non vers la recherche de soi. BTN

Posts created 197

Articles similaires

Commencez à saisir votre recherche ci-dessus et pressez Entrée pour rechercher. ESC pour annuler.

Retour en haut
error: Content is protected !!