L’ensemble de toiles proposées par Yves Zurstrassen pour cette exposition dans l’église du musée de Salagon est conçu comme un dialogue, à la fois avec l’architecture romane et avec les vitraux réalisés par Aurélie Nemours en 1998.
Après s’être longuement imprégné du lieu, le peintre a choisi de convoquer des formes et des rythmes qui font danser la couleur dans ses tableaux, répétant leurs enchaînements, variant leur dispositions et leurs formats pour susciter une lumière et une sensation différentes mais complémentaires de celles qui émanent des vitraux de Nemours. Le rouge s’est rapidement imposé comme la tonalité unique de sa proposition ; il a toutefois pris soin de s’éloigner du rouge sélénium utilisé par Aurélie Nemours, préférant instaurer un écho moins littéral en recherchant, en grand coloriste, un rouge d’une tonalité singulière qui soit une réponse personnelle, comme un pas de côté tenant à la fois du hiatus et du dialogue, voire de l’hommage, à la radicalité des vitraux.
Car si l’abstraction de Nemours n’est pas celle d’Yves Zurstrassen, ils ont en partage deux caractéristiques majeures : le rythme et le vide, qu’ils organisent tous deux dans des séries, avec une égale liberté. Cette liberté est néanmoins fortement circonscrite, dans leur travail, par une méthode, des refus et de stricts processus d’élaboration. Cette rigueur de la composition recourt, pour Zurstrassen, à l’utilisation des pochoirs : des papiers journaux découpés sont collés sur le fond de la toile, recouverts de peinture, puis délicatement décollés à l’issue de l’élaboration du tableau, découvrant des espaces de « réserve », de sorte que ce qui apparaît, pour le spectateur, comme la surface du tableau (ici les multiples formes rouges) en constitue en réalité le fond. Cette technique qui semble fonctionner comme un palimpseste apporte une réponse originale et tout à fait singulière à la question cruciale, et ancestrale, du rapport entre fond et forme dans l’espace du tableau.
L’art subtil et énergique d’Yves Zurstrassen donne à voir l’émotion des formes, c’est-à-dire leur mouvement ou, si l’on préfère, leur musique, qui accompagne toujours le peintre dans son atelier. Ces formes en liberté ne signifient rien en soi, comme pour mieux transmettre une forme d’allégresse pour le spectateur : un art de la joie.












