Musée de Céret, Constellations

Constellations, Musée de Céret, 66400

Prenez un musée qui a fait ses preuves, en ce charmant village catalan que l’on nomme La Mecque du cubisme, aux riches collections qui le rendent incontournable, et enrichi depuis peu d’une étendue que d’aucuns pourraient lui envier… Confrontez ses salles permanentes (Picasso, Masson, Herbin…) aux acquisitions des Frac, lesquelles après tout sont faites pour circuler, et d’un Mrac qui a fait ses preuves, secouez le tout en ayant garde de mêler artistes célèbres (Boltanski, Kusama, Soulages…), ceux qui mériteraient de l’être davantage (Alkema, Figarella, Andrieu…) et ceux en devenir (Mimosa Echard, Decrauzat…), tout en prévoyant une organisation quelque peu cohérente : cela donne une suite de Constellations, dans des nuits étoilées que Bachelard assimilait à la Création. Polysémique, le titre renvoie certes aux œuvres qui traitent de cosmologie mais aussi à la répartition des salles en associations temporaires de prêts qui nous replongent dans quarante années d’achats ou dons et donc au cœur de l’art contemporain, tel qu’il aura été perçu par les institutions régionales. D’entrée de jeu, Joan Duran cartographie le ciel nocturne avec une série de tondos qui donnent le ton et annoncent le thème. L’outrenoir de Soulages, les vibrations sonores au graphite de Rolf Julius, a fortiori les cartes du ciel saisies lors des grands événements passés, de Renaud Auguste-Dormeuil vont dans le même sens, tandis que l’installation immersive de Yayoi Kusama, pois blancs sur fond rouge, ballons et miroirs, nous ouvre à un autre monde, constellé lui aussi mais mental. La salle 3, nous laisse un peu souffler, redescendre sur terre, histoire de méditer devant les œuvres dépouillées d’Henry  Codax, le verre et la paraffine d’Ann Veronica Janssens, ou les vidéos-peintures de Bruno Peinado, sans oublier les cuirs suspendus de Tatiana Trouvé, ou les prises de vue d’atelier de Figarella… Ensuite, il faut se laisser porter et faire jouer notre faculté d’associations d’idées ou d’œuvres : En salle 4 par exemple, les découpages photographiques d’Alkema, saisissent le réel par fragments, à 360 degrés. Ils font écho aux images de Masaki Nakyama, qui prend prétexte de figures géométriques murales pour imposer des exercices physiques à son corps. Ces jeux corporels répondent aux tissus décousus de Marion Baruch dans une intention de métamorphose de notre relation au monde, que l’on peut découvrir aussi dans le Déjeuner d’un demi-globe terrestre, sérigraphie d’Alain Jacquet. Les images ou silhouettes de la salle 5, relèvent toutes peu ou prou de notre Vanité, titre d’une œuvre des Poirier, nos egos étant à relativiser en regard de l’infinitude des astres et planètes : les délicates Trois Grâces en émail et terre cuite de Johan Créten, la composition héroïque de Boltanski, la belle femme descendant l’escalier peinte à l’huile par Nina Childress, les Ecrits de deuil de Tania Mouraud et le concept géant d’amateur, manuscrit au néon par Christian Robert-Tissot, a fortiori le solitaire peint par Djamel Tatah, sont là pour le rappeler. La salle 6, renvoie à un univers de renouvellement des formes et des matériaux, ainsi que le rappelle la peinture ouverte à toutes les intégrations naturelles de Mimosa Echard. Nature que l’on retrouve dans les coquelicots au fusain de Belkacem Boudjellouli, les immenses peintures à la mer de Jessica Warboys, auxquels se mêlent les petits objets sculpturaux de Laurette Atrux-Tallau, le polyèdre d’Hubert Duprat, les vitraux de vinyles de Philippe Decrauzat, ainsi que les amas stellaires de Dove Allouche. Le voyage se termine ainsi tel qu’il a commencé. On est plongés dans la pénombre dans la galaxie Youkali, conçue par Yvan Le Bozec, avec une musique brechtienne, sous le mouvement perpétuel d’une boule à facettes. Un instant magique. Au Belvédère, nous attend le terrain ombellifère, vénéneusement caucasien, virtuellement inquiétant de Bertrand Lamarche, tout comme à l’entrée les haut-parleurs à bulles de savon (on est bien peu de choses) de l’ukrainienne Kristiva Solomoukha et, dans l’auditorium, un film enchanté de Dominique Gonzales-Foerster à partir d’un personnage de manga…Une quarantaine d’artistes, que je n’ai pas tous cités (Benchamma, Buttner, Flexner…) et qui témoignent de la variété des explorations de l’art contemporain par rapport à l’art moderne, que l’on ne doit pas opposer mais placer dans une continuité, ce à quoi ce type d’exposition contribue… BTN

Jusqu’au 26-11, 8, bd Joffre, 0468872776

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