Katinka Bock au Crac de Sète


Katinka Bock, Crac de Sète
Silver, ce beau titre d’argent renvoie à la fois aux reflets de la mer célébrée par les poètes, à l’omniprésence de l’argentique, un peu aussi de l’aluminium, et bien sûr à ce film super 8 réalisé du point de vue des canaux, en référence aux joutes et jouteurs en chaussettes blanches (salle3). Le thème de l’eau attribue à cette exposition une fluidité certaine, de salle en salle, au rez-de-chaussée comme à l’étage, conçue telle une promenade marinière sur l’élément liquide. Nous sommes d’ailleurs accueillis par une grande toile où se devine une ligne d’horizon, face à laquelle se profile au sol une espèce d’embarcation de fortune et de céramique. Le thème est donné : une sorte de mât-métronome en chêne s’élève en contraste jusqu’à six mètres, tandis que l’on nous suggère l’ivresse des profondeurs par le biais d’un sonar de cuivre et d’acier qui prend la forme d’une énorme louche. Devant la toile, sertie de noyaux en bronze, suspendu, un curieux poisson volant en bronze et alu, en forme de cuiller. Suspendu aussi, à un très haut niveau, des archipels d’écorces moulés en bronze, tels des nuages. Si l’on y ajoute les photographies au mur, de nuques familiales ou de genoux blessés, voire de citron solaire, le ton est donné de ce qui nous attend, outre les allusions à l’eau, et à la ligne d’horizon qui se poursuit au fil des salles : des matériaux divers (céramique, métaux, bois…), placés dans tous les secteurs possibles de l’espace (au sol, suspendus, au mur…), avec une omniprésence du corps (nuque, genoux, nécessité de lever la tête, de la baisser…) et des formes différentes (fines, compactes, dispersées, hybrides…), faisant référence de manière humoristique à l’univers domestique (louche, cuiller, plus loin peigne, balai…) ou féminin (hommage à Valentine Schlegel, exposée récemment au Crac, grâce au banc suspendu de la dernière salle, en forme de couteau, un « aspirateur » appuyé entre mur et sol, salle 3)… On voit dès la première salle la richesse des propositions qui se poursuit dans les six autres. Dans la troisième par exemple, juxtaposées au sol une multitude labyrinthique de briques nuancées, de la dimension de pieds et de mains anonymes ou familières, au centre desquelles, telle une île sur l’immensité de la mer, émerge un radiateur en bronze surplombé, protégé, d’une sorte de rame ou de béquille. Une cuiller en bronze traverse le mur telle une fontaine incertaine. Un peu plus loin (salle 6) une figure humaine apparaît, une sorte de statue de bronze verdâtre drapée dans sa gloire passée qui la rend aveugle et comme déchue de ses prérogatives, tandis qu’au sol une cuiller géante est gainée de cuir. Vision déchue de l’homme conquérant ? L’exposition ne manque pas de soulever de multiples interrogations. Notre sens de la mesure est relativisé à l’étage par un simple fil de coton qui court le long des murs et renvoie aux différentes conceptions du mètre/maître-étalon de divers complices et assistants. Les différents objets sollicités (domestiques, jardiniers, mais aussi de protection à l’instar des casques, écus inspirés des jouteurs, ou même une armure en céramique) doivent être perçus en tant que prolongement du corps humain, de ses mains en particulier, sans lesquelles on se saurait parler de sculpture. La photographie vient en permanence nous le rappeler, qui s’intéresse au fragment de corps, à celles que l’on ne voit pas ou que l’on cache (La main à l’abeille, la nuque, le genou blessé, le coude, les paumes sales ou usées par le travail salle 2…). Le citron vient ajouter une touche de vie, de couleur et de lumière solaire. Dans un mobile d’acier à l’étage, il faut le changer fréquemment. Les pierres plates au sol, ou presque, sont inspirées de savons usés ayant eux également subi l’épreuve de leur confrontation au corps. Tout ceci donne une impression de continuité aquatique. Le corridor montre un court film où l’on voit une barque chargée de pierres sombrer, alors que l’on sort de la Salle 4 (film Silver), tandis qu’un grand masque longiligne attire notre attention vers la silhouette en pieds, démesurés, du guerrier. Des horizontales de céramique ou d’aluminium aux murs rappellent en permanence la ligne d‘horizon, partant la mer extérieure, et donc le thème de l’eau, aux reflets d’argent… Une exposition rafraîchissante, à laquelle nous convie l’artiste allemande, adoptée par la France, et qui allie la sobriété à un sens aigu de l’espace et d’un accrochage parfaitement maîtrisé. BTN
Jusqu’au 7-1-24, Quai Aspirant Herber, 0467749337

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