Lise Chevalier, Remparts et Tours d’Aigues-Mortes 30220
Aigues-Mortes est une ville touristique et elle le vaut bien. Entre deux remparts, ses tours émeuvent car les deux sont chargés d’histoire, et des plus tragiques. Qui accepterait aujourd’hui de subir les affres d’un enfermement démesuré ? Cette problématique ne pouvait manquer d’interpeller une artiste sensible à la condition de la femme, au dialogue redevenu nécessaire avec la nature, et à celui de l’évasion mentale, dont nous avons tant besoin. Lise Chevalier, sétoise d’adoption, est cette artiste et on aura l’occasion de s’en rendre compte au fil du parcours qu’elle propose en 5 étapes, 5 est un chiffre d’union – en ce printemps, synonyme d’éternel recommencement et d’espoir. Son intervention s’inscrit dans le cadre du Printemps du dessin, (que l’artiste pratique régulièrement), autant dire dans un événement d’ampleur nationale. Elle ne dédaigne pas non plus la relation à l’écriture, d’autant qu’elle confectionne des livres très soignés. On trouvera ainsi non seulement une suspension de manuscrit, à l’encre, sur toile de lin, mais des signes muraux à extrémité de cire rouges, à base de branches récupérées, enrichis de céramiques (avec l’empreinte de son pouce) et de cordages. L’ensemble anime les murs dans un triptyque composé d’un panneau central circulaire et deux expansions latérales. L’ami Jean-Luc Parant accompagne cette œuvre d’un texte-poème dont il avait le secret. Dès le début du parcours, nous sommes accueillis par une fresque en céramique, porte de l’Organeau, illustrant et mettant en exergue le règne animal (oiseau, taureau, coquillages), et végétal, le parcours se terminant, à l’autre bout du circuit, par la projection géante de peintures miniatures sur verre, apportent lumière et couleurs, à l’instar de vitraux. Comme pour offrir de la distraction rétrospective aux anciens prisonniers. En tout, 80 encres sur verres de diapositives, et se référant à Noé, celui de l’Arche, lui aussi enfermé 40 jours et nuits de déluge. On part de la terre au fond, celle de la céramique, et on aboutit à la fluidité liquide des images projetées, qui rappellent l’aquarelle. Beaucoup d’animaux donc dans cette série, de végétaux, d’humains même, des paysages, et même un bateau, ou des motifs plus indécis. Ainsi le lieu prend vie, s’accommode du vivant, d’autant que le musicien Bololipsum y ajoute sa touche sonore, créée pour l’occasion. Vers le milieu du parcours, tour de la Poudrière, une sobre installation, des pierres ayants servi à lester les bateaux (Aigues-Mortes est un ancien port, propice au rêve d’évasion), Lise Chevalier la coiffe d’une embarcation (toujours Noé et le mont Ararat), de branches tressées. Comme un rêve de voyage, contrarié par l’enfermement. L’artiste apporte donc des données à la fois « extérieures » (branches, pierre, poèmes…) à ces intérieurs impressionnants mais chargés de douleurs et de solitude, et aussi « intérieures » puisqu’elles relèvent de sa mythologie personnelle, de ses goûts subjectifs pour la Nature, de son style propre enfin. Dans ces murs habités par le silence nocturne, hantés le jour par les flots sonores de touristes souvent ignorants des drames du passé, Lise Chevalier introduit dans l’entre-deux, le Murmure des Arches concrétisé par le son de Bololipsum. Entre deux mondes : terre et eau, passé et présent, intérieur et extérieur, solitaire et populeux, terre à terre ou transcendant : telle est la position de l’art. BTN
Du 20-03 au 07-06












