En rendant hommage à l’Ecole des beaux-arts, le Moco rappelle qu’elle a participé au rayonnement de notre cité montpelliéraine, définissant son identité. Et que ses locaux furent son premier asile, dès la fin du XVIIIème, en attendant F.X. Fabre. Ainsi cette opération tripartite est amplement justifiée. Si le Moco se veut avant tout rétrospectif, puis prospectif, le Musée mêle les époques et ouvre son patrimoine aux artistes émergents ou « émergés« . Ainsi le public découvrira-t-il le dialogue entre patrimoine et actualité des artistes de demain, tandis que les amoureux du contemporain re–découvriront le riche patrimoine ancestral.
Au Moco, trois axes temporels sont convoqués : le premier met en exergue le passé, dès le premier niveau, et la chronologie des directeurs émérites (Charles Matet, Georges Dezeuze ou Camille Descossy), enseignants (Dominique Gauthier) ou étudiants notables, dont certains demeurent familiers par les noms de rue (Ernest Michel, Max Lenhardt, Frédéric Peysson…). Le premier niveau consacre un espace important aux époustouflantes œuvres de jeunesse de Claude Viallat (Bœuf écorché, Scènes de guerre, portraits de famille, nature morte) et à son épouse tout juste disparue, Henriette Pous-Viallat (intérieurs intimistes). Ces tableaux méconnus et inattendus, mais proches des années de formation, voisinent ave ceux de Vincent Bioulès (paysage aérien et maritime) ou de Daniel Dezeuze (Retour du Mexique).On rejoint vite les années Supports-Surfaces et les pliures de Saytour, l’apparition de la forme chez Viallat, les avatars du support chez Dezeuze. Le rez de chaussée met en exergue les 4 artistes du groupe ABC (sculptures anamorphiques d’Alkema, toiles abstraites d’Azemard, bandes verticale de Bioulès, triptyque mono-tonal de Clément) puis des personnalités marquantes telle que Rouan ou Bernard Frize. On retrouve Supports –Surfaces et les spectaculaires rouleaux de sangles de Saytour, les râteliers à bambous et les instruments de cueillette de Dezeuze, confrontés aux premiers Combas, période Mickey. On imagine le choc des générations. Enfin, le sous-sol propose un riche panel (forcément non exhaustif. Moi-même en ce texte je ne puis citer les 105 artistes recensés). Nous sommes accueillis par une installation sonore de Gaëlle Maury puis par les vidéos de bivouacs anglais de Grout et Mazeas. Première surprise : des œuvres in situ, telle la fresque murale, entre Bd et surréalisme d’Alain Lapierre et Jimmy Richier, un triptyque à quatre mains signé Benchamma et Miquélis, un autre triptyque plus modeste, modulant des cristaux de sulfate de cuivre, de Marie Havel et Clément Philippe. Deuxième surprise ; le brassage des générations puisque aux toiles très colorées de Marc Aurelle ou aux rouleaux percés et dessinés de Caroline Muheim, pas loin de petits tableaux du regretté Joël Renard et d’une photographie pleine de dérision de Joa Mogarra (à redécouvrir !), se mêlent les velours brossés de Samuel Spone (cf. Boite noire), une fresque murale de Toma Dutter (cf. Iconoscope, avec Benoît Pype, l’homme aux nichoirs d’oiseaux), une toile à grille de Chartier-Poyet (cf. Vasistas) ou les fumées sur bois manifestantes de Pablo Garcia (Al/Ma). Celui-ci, présent au Musée Fabre (triptyque néo-pop), se taille la part du lion tout comme Rodolphe Huguet, ses bidons bosselés de terre cuite sur le parvis, ses photos de SDF dans le hall et ses simulacres de cagettes cassées dans la coursive. Espace qu’il partage avec le cyanomètre de Gwendolyne Samidoust et les panonceaux mexicains d’Agnès Fornells. Le cinéaste Jean Baptiste Durand n’est pas oublié.
On a pu voir au Moco certaines œuvres actuelles se glisser parmi les « historiques » : la boîte à outils de Marie Havel, une vidéo de Lucas Mancione, des subtils assemblages muraux de François Dezeuze… Le parti-pris devient systématique aux Musée où nous accueille d’un côté une projection numérique de Michel Martin, de l’autre une volumineuse sphère planétaire, suspendue, de Bruno Peinado (une immense toile tournante au miroir nous avait déjà frappés au Moco), tandis qu’au sol les mains de Geoffrey Badel nous font quantité de signes. Ainsi, des œuvres de jeunesse d’artistes célèbres se mêlent aux collections : Dezeuze, Henriette Pous-Viallat, Soulages ou Toni Grand (copiant Moïse), face à des dessins académiques… Bioulès peignant le domaine de Méric au milieu de paysages de ses aînés (dont Couderc). Parmi les surprises : Un immense tableau, les potes aux bains de Gaétan Vaguelsy, fait face aux Baigneuses de Courbet. Un triptyque sculptural et sonore d’Alba Sagols toise en trois temps de vie un célèbre Ribeira. Ici les travaux préparatoires de Mona Young –eun Kim pour le plafond des Halles Laissac se mêle aux œuvres d’Ernest Michel, ailleurs entre deux étages, une vidéo ensorcelante de Chloé Viton, précède les cactées artificielles de Nicolas Aguirre cerné de paysages exotiques. Les céramiques de Joëlle Gay se glissent parmi les œuvres majeures de Germaine Richier. Une bataille de Combas s’interpose entre les grands tableaux de la longue galerie des Colonnes où nous attend le cheval géant de Sébastien Duranté, tandis que la pionnière Valentine Schlegel fait face aux vitrines de la Réunionnaise Gabrielle Manglou. 105 artistes en tout et beaucoup d’œuvres exhibées pour l’événement. Et bien sûr les éternelles absences à déplorer. Mais rien, ni nul, n’est parfait. BTN
Jusqu’au 03-05
L’esprit de l’atelier, Panacée
La Panacée demeure dans le domaine des Beaux-arts (cf. Moco) puisqu’elle invite 16 artistes formés à ceux de Paris par Djamel Tatah néo-montpelliérain émérite, récent invité du musée Fabre. L’esprit de l’atelier nous permet de vérifier la bonne santé de la peinture, majoritairement figurative en France. La bataille autour de son retour semble gagnée, du moins temporairement, tout comme celle des savoir-faire réhabilités autour de la tapisserie ou de la céramique. Les artistes sont jeunes et Les Beaux-arts de Paris pérennisent le caractère cosmopolite des différentes écoles qui s’y sont succédé : Djabril Boukhanaïssi ouvre la voie et donne le ton, lui qui semble peindre avec légèreté et transparence son univers familier et ses souvenirs intimes dans une atmosphère à la Redon. Lui succède, Mathilde Denize qui surprend par ses deux hautes sculptures sur céramique où le vêtement se fait armure tandis que ses peintures font la part belle à la figure du cercle, dynamique et dansant. L’énigme picturale demeure dans les Jardins secrets de Clémence Gbonon ou qui joue avec ferveur sur l’effacement et la révélation, un peu comme dans nos rêves au réveil où certains objets se maintiennent. Bilal Hamdad, originaire d’Algérie, puise dans la réalité quotidienne du monde contemporain quand il peint les terrasses de cafés urbains, ou dans la grande Peinture dans ses séries inspirées d’Ophélie sur fond sombre. Pierre Pauze est un peu le petit canard gris de cette expo. Son installation de Smartphones géants, sur fond de fresque, recourt à des images bricolées au montage ou grâce à l’IA dans une volonté de créer la surprise, sans doute aussi l’amusement et la distanciation critique. Blaise Schwartz, perturbe nos repères en décalant des portraits d’animaux ou en réduisant les paysages à des miniatures accumulées. Léo Darfner voue un intérêt évident aux images qu’il collecte et répertorie dans des compositions soignées. Dans les coursives, Karine Almaraz Murillo nous vient de Bolivie et pratique le tissage matriarcal, Tristan Chevillard met en exergue les enseignes lumineuses sollicitant les animaux fabuleux de notre territoire. Et aussi des pigeons qui ont du mal à trouver leur place en ce monde. La sri-lankaise Nina Jayasuriya dépose des seaux de terre cuite et des pièces à vœux qui s’oxydent. Elle travaille la céramique et fait aussi intervenir des colliers de gélules qui nous rappellent que nous sommes dans une ancienne école de pharmacie. Dans la grande salle : Zélie N’Guyen se démarque nettement du minimalisme en peinture et fait penser à des enluminures médiévales, quelque peu oniriques et fraîchement naïves. David Mbuyi est congolais et pratique une peinture qui nous rend proches à notre tour des personnes qu’il affectionne et qu’il place dans un environnement naturel… Fabien Conti, d’origine franco-martiniquaise propose sa vision singulière de la nature, notamment des Herbes, les arbres ou des grands paysages, avec un soleil enflammé. Dora Jeridi revisite brillamment et en grand format, en le rajeunissant le Guernica de Picasso dans une débauche d’énergie qui lui vient sans doute de sa vie new yorkaise. Elle aussi révèle en effaçant. Les toiles de Raphaëlle Benzimra sont saturées de références et de figures, à la boxe, au Paradis Perdu de Milton, à l’enfer et à sa symbolique. Elles peuvent rappeler l’art moderne des années 20. Et pour finir, Rayan Yasmineh cherche à combiner Orient et Occident, modernité et tradition dans des portraits majestueux ou des scènes grouillantes. Il suffit de regarder les toiles dépouillées de Djamel Tatah (il en est une dès l’entrée) pour réaliser que son influence n’est guère écrasante, que les élèves se démarquent du chef d’atelier et que chaque artiste a su développer sa propre singularité. BTN
Du 31-01 au 03-05











