Daniel Dezeuze, Musée Paul Valéry, Sète
Le parcours que nous propose Daniel Dezeuze en ce musée sétois (voué au grand poète), lequel se trouve à quelques encablures à peine de sa demeure, des singulières Peintures qui perlent aux exotiques Mesooamerica et Mayas, toutes empruntées à sa production récente, permet de mettre en exergue un certain nombre de clés pour mieux aborder son œuvre.
D’abord la forme, toujours originale au regard de ce que l’on attend traditionnellement d’un peintre en un musée. Rhombique (en losange), dans la série inaugurale, elle échappe ainsi aux conventions du rectangle et du carré, liés aux genres convenus. Un peu plus loin, ce sont les duos d’échelle qui rappellent le développement que Dezeuze, tout au long de sa carrière, a su donner à la notion de support plus ou moins à claire-voie, plus ou moins débordant sur le sol… Un troisième exemple, les guerriers Boucliers et prestigieux Blasons qui s’accommodent de la forme arrondie ou en pointe. Ensuite, l’appel du volume, évident dans les Tableaux-valises, opaques ou transparents, et qui fonctionnent au mieux quand ils sont présentés au sol de manière groupée. Mais les œuvres murales ne sont pas en reste : les perles s’agitent sous le nez du visiteur tout comme les cubes de bois dessinant un itinéraire visuel sur le panneau de polypropylène sous-jacent. Les Icones jouent sur l’épaisseur du caisson dont Dezeuze se plait à diviser la surface en figures géométriques complexes. Troisièmement, le matériau, en règle générale récupéré et plus précisément dans le milieu du travail manuel : Trois équerres pour Spinoza ; Double volet pour porte étroite. Et encore : des clous dessinent des signes sur les blasons ; des serre-joints maintiennent les bois manufacturés des Janus. Des cornières métalliques intègrent la composition des Tableaux-Ecrans (Nul n’entre ici s’il n’est pas géomètre). Des stores se transforment en Torah. Moins discrètement, des planches de ski sont réquisitionnées afin de confectionner de Grandes calligraphies, en croix de St André ou en hommage ironique à la Ste Victoire. On ne peut pas ne pas évoquer également l’omniprésence de la couleur : elle décline de manière généreuse et luxuriante, celles de la Forêt profonde dans les grands assemblages horizontaux inspirés par l’Amérique latine. Elles métaphorisent la fécondité de l’artiste en ces œuvres récentes ici présentées. Plus universelles encore, les Couleurs de la nuit, ou celle des Ombres, bleues sombres et vertes en dominantes. Elle nous saute aux yeux dans les Peintures qui perlent, souligne les articulations des Boucliers et s’adjoint la feuille d’or ou le brou de noix dans les précieuses Icônes. On oublie toujours l’importance de cette composante quand on évoque cet artiste de Supports-Surfaces que l’on restreint à l’exploration du support. Enfin, chapeautant le tout, on voit se profiler la thématique du Voyage qu’incarnent, comme en mise en abyme, les Tableaux-valises. Dans l’espace et dans la culture qui lui est associée : L’Asie et son Extrême orient (Grandes Calligraphies) ou l’Amérique dans les Mayas par exemple. Voyage dans le passé grâce aux Boucliers qui protègent de l’ennemi dans l’une des principales activités humaines. Ou grâce aux Icônes qui renvoient à tout un pan de la pensée humaine et de l’Histoire de l’art. Voyage on l’a vu, dans les activités manuelles. Dans la culture locale des pavois sétois auxquels font penser les Blasons. Voyage dans le livre et la poésie que nous rappellent les vitrines clôturant l’exposition. Voyage critique dans le présent qui voit l’écran supplanter bien des moyens de s’instruire, auxquels l’artiste répond par des tableaux-Ecrans bien résistants. Le voyage en palissades s’apparente à des marines qui dialoguent avec la mer toute proche et si chère au poète Valéry. Cinq concepts unis comme les doigts d’une main, ou les 5 continents, et à même de fournir fournissent des clés aux supposés profanes entre autres. Une expo d’hiver peut-être mais pleine d’énergie et de luxuriance. BTN











