Lucy Mac Kenzie, Louisa Marajo, CRAC, Sète
Lucie + Louisa : Deux femmes qui n’ont pas froid aux yeux parce qu’elles aiment manœuvrer dans des zones qui, en général, dérangent, qu’il s’agisse du féminisme, de la critique des élites et des moyens de contrôles exercés par le pouvoir, ou encore des séquelles du colonialisme.
La première, Lucy Mac Kenzie, est écossaise et vit en Belgique. Elle touche un peu à tous les moyens d’expression : peinture narrative et satirique, inspirée des grandes fresques propagandistes (et revoilà Diego Rivera !… ). On pense à son triptyque inspiré du Studio de Francis Bacon que l’on aperçoit en train de peindre. Des sculptures de mannequins plus ou moins vêtus, souvent en pause, en référence à Duchamp. A l’Installation somptueuse d’un étalage de vêtements de mode dans une fausse vitrine avec en fond un décor en trompe l’œil
Elle aime à revenir sur les inventions du passé (un wagon du Transsibérien, Un moving panorama pour un voyage en Hudson valley) et sur les faux semblants (ce monuments de faux marbre intitulé Monumental Streetlamp) . Citons aussi les images, en l’occurrence émanant de toiles peintes, qui défilent derrière les vitres des trains, ce Kaertner Bar panorama, aux origines du cinéma. Lucy Mac Kenzie montre toujours l’envers du décor, le mécanisme et l’éclairage par ex. Il peut s’agir de la négativité d’une personne célèbre dont l’architecte Adolph Loos, dont le dessin géant surplombe la salle, réalisé d’après photo par Reba Maybury, et dont les mœurs sont sujettes à polémique. Des photos porno-pédophiles le rappellent. Une salle du Crac, adjacente, présente un film tchèque où les propos de Loos et des protagonistes sont doublés subjectivement par l’artiste.
On a également droit, à l’étage, à un clin d’œil explicite à American Psycho qu’elle transcrit en une longue scène intimiste où une file de présences féminines, de profil, assiste à la douche du protagoniste, inversant les données de l’érotisme traditionnel, le plus souvent masculin. Il ne s’agit pas de l’œuvre originelle mais de sa reproduction. Au Crac de Sète, elle a souhaité intégrer les mannequins de cire anatomique conservés à la fac de médecine de Montpellier. Ainsi, derrière les apparences trompeuses des mannequins idéaux, l’artiste exhibe la réalité médicale du corps souffrant (Césarienne, Vénus anatomique et même trépanation, masculine cette fois). Deux faux verdigris statues joignent des corps de nus féminins en pied au visage d’une icône de la résistance russe. Cette hybridité trouble. La tête tranchée est présente aussi dans une installation évoquant St Jean Baptiste. Des impressions numériques en très grand format complètent le parcours : la première incite à la lecture d’un petit livre bleu, la deuxième semble évoquer le rouge à lèvres (publicitaire), la 3ème concilie un hussard napoléonien et une combattante russe.
Louisa Marajo est martiniquaise et particulièrement sensible aux problèmes environnementaux notamment liés à la prolifération des Sargasses et des tempêtes océaniques. Elle aussi fait flèche de tout bois et travaille tant les images que les textes, les sculptures que les objets et conçoit son intervention au Crac comme une scénographie immersive. Elle invite à regarder son court-métrage, réalisé pas loin de là, dans un autre port de la côte, Le Grau du Roi, lors d’une résidence. Solidarité des destins nous plonge ainsi dans l’univers quotidien des petits pêcheurs en chalutiers, ces gens qui vivent de et dans la mer, espace de mémoire et de métamorphose. Louisa Marajo y donne la parole aux femmes. Elle nous raconte des histoires d’une possible invasion de Mars. Tout un programme, en écho à Escale à Sète, manifestation populaire s’il en est. BTN
Du 20-03 au 06-09












