Sophie Brändström

….Le ciel d’été Remplit nos coeurs d’sa lucidité

Chasse les aigreurs et les acidités

Qui font l’malheur des grand’s cités …

Charles Trenet

Pour la photographe Sophie Brändström, le reportage photographique retrace le mouvement de la rencontre qui se produit, oscillant entre souvenir et moment présent, son expérience intérieure et extérieure, empruntant le sillage ouvert par des voix évanouies, mis en lumière par l’objectif. Même sa trajectoire solitaire s’amorce en dialogues.

De ce dialogue, suspendu aux mots de chacun, d’imprédictibles moments surgissent.

Pendant sa résidence, la photographe explore et révèle la diversité des habitants à Corbeil-Essonnes par des prises de vue en couleur. Traversée par la nationale 7 et la Seine en parallèle, la ville du département de l’Essonne, sur 11kms carrés, se situe à 34 kms de Paris. Sophie Brändström opère dans la durée par des points de repère et maintient dans la cohérence, un ensemble photographique. Patiemment, sans heurts, elle approche avec finesse et le sens aigu de la bonne distance et du respect de l’Autre. Sophie Brändström, jamais désabusée n’offre pas de nostalgie, d’illusions, ni d’opinions infondées, mais un enseignement, telle une chronique pour retrouver l’armature d’une épopée ordinaire où s’entrecroisent des destins. Cette polyphonie de communautés et la transformation urbaine de la société en périphérie de Paris, relayent les accords du regard bienveillant, mais lucide de la photographe. Son regard, selon les parcours aiguillés à partir d’observations vigilantes d’une ligne de fuite à la présence d’indices, marque de façon sensible et empathique son sillon poreux. Dotée d’une impétueuse volonté et intrépide confiance, elle arpente la ville durant des mois et monte son reportage, dont elle assure l’unité. Son travail d’appropriation porte plutôt sur sa façon de montrer des scènes de la vie quotidienne, dans des environnements privés comme ce père et fils, dans une cuisine ou à l’extérieur, un pique-nique sur l’herbe en famille – c’est là l’originalité de l’invention, ou sa façon de combiner divers éléments. Elle a une stylistique très personnelle : Grâce à la suspension volontaire de son incrédulité provisoire, des adolescents, des parents, des mères, des commerçants de Corbeil-Essonnes acceptent d’être sous son éclairage. Sans idée préconçue, elle privilégie avant tout la rencontre, souvent sur la durée. Elle garde le contact, des années après avoir lié connaissance, avec certains d’entre eux.

Elle mobilise le regardeur qui, pour mieux saisir le portrait, doit changer sans cesse de position, et mettre de côté des pseudo-évidences. Un peu comme en apnée, on retient son souffle en l’accompagnant, en état de suspension, aussi.

Loin des clichés ambiants, sa proposition visuelle contribue à l’élargissement de l’horizon des regards, car elle n’est jamais partie avec une ligne de conduite à l’avance. Loin du storytelling, loin des fake news, qui saturent le champ actuel des medias, ses photographies ne dédaignent pas l’ordinaire et comment l’impondérable advient.

Nathalie Gallon

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