Anne Tronche est née en 1938 à Paris. Si elle choisit dans un premier temps de suivre des études de Psychologie, son initiation artistique est déjà bien amorcée par la fréquentation régulière de galeries qu’elle considère comme essentielles. En premier lieu la Galerie Pierre Loeb où elle découvre les dessins d’Artaud, puis la Galerie de France et l’espace d’Iris Clert, auxquels viennent s’ajouter assez rapidement la Galerie Larcade ainsi que la Galerie J.

Deux rencontres vont être à cette époque déterminantes : celles de Vladimir Jankélévitch, dont elle suit les cours à la Sorbonne, et de Claude Rivière, critique d’art à Combat. Le premier va lui enseigner les mystères du doute philosophique, le goût de la pensée interrogative, le second va lui conseiller d’écrire. Durant ces années de formation, elle découvre la profondeur subversive des écrits de Georges Bataille et d’Antonin Artaud, et se passionne pour la pensée de Maurice Merleau-Ponty. Son intérêt pour le Surréalisme se manifestera par le biais tout d’abord de la littérature, où les Champs magnétiques et l’Anthologie de l’humour noir occupent une place privilégiée.

Très tôt, dès le milieu des années 1960, elle publie dans Fiction, revue consacrée à la littérature spéculative, dans laquelle elle a l’occasion d’écrire notamment sur Kudo, Topor et Erró. En 1973, elle publie L’Art actuel en France (1), geste particulièrement audacieux –en collaboration avec le photographe Hervé Gloaguen – dans la mesure où l’ouvrage se présente comme un bilan de la création des dix dernières années, et aborde tant le Cinétisme, la Figuration narrative, Supports/Surfaces que les pratiques corporelles. Le témoignage des artistes constitue la source principale de son étude, démarche à laquelle elle sera toujours attentive. Sa voie est toute choisie : celle de “l’interrogation comme aventure” (2).

Commence ensuite, en 1977, l’engagement dans la revue Opus International, fondée par Alain Jouffroy, Jean-Clarence Lambert et Gérald Gassiot-Talabot, dont elle devient assez rapidement membre du directoire, fonction qu’elle assumera jusqu’en 1989. Elle écrit alors sur Jean-Pierre Raynaud, Daniel Pommereulle, Daniel Spoerri, Jean Dubuffet, Martin Barré, ou sur le groupe slovène Irwin.

Elle devient, en 1982, Inspecteur à la Création artistique du Ministère de la Culture, puis Inspecteur général. Dans le cadre de ses fonctions, elle a plus d’une fois l’occasion de poursuivre son activité de commissaire d’expositions. C’est dans ce cadre, qu’elle réalise la première rétrospective en France de l’œuvre d’Aurelie Nemours, qu’elle expose Présence Panchounette et le groupe Irwin…

Expositions, publications, films monographiques (3), participations à des revues, comme Arts ou Cimaise, les contributions d’Anne Tronche au monde de l’art sont nombreuses et constantes. A l’origine de ses projets, des rencontres avec des artistes qu’elle s’attache à défendre avec fidélité. Il suffit de citer Kudo, Gina Pane à qui elle consacre la première monographie conséquente(4), A. Nemours, Ljuba, Hervé Télémaque(5), ou Laura Lamiel(6). Sa curiosité se traduit aussi par un intérêt pour un art exprimé au-delà de nos frontières, comme en témoignent les expositions qu’elle a organisées dans le cadre des saisons tchèque et géorgienne (7). Enfin, pour cette critique d’art moderniste, il est également question d’un art qui, dit-elle, « nous aide à comprendre notre époque et à imaginer notre proche avenir ». Sa présence dans les jurys d’écoles ou encore auprès des étudiants du Fresnoy (8) le démontre.

Notes :
1. L’Art actuel en France : du Cinétisme à l’Hyper- réalisme, Paris : Balland, 1973 2. Cette expression est reprise du titre de l’un de ses articles : Opus International, hiver 1978, n°70-71, p.13-16. 3. Notamment Daniel Spoerri, Aurelie Nemours, Denise René. 4. Gina Pane : actions, Paris : Ed. Fall, 1997 5. Hervé Télémaque, Paris : Flammarion, 2003 6. Laura Lamiel. La pensée du chat, Arles : Actes Sud ; Vaison la Romaine : Le Crestet, centre d’art, 2000 7. Au verso de l’histoire : six artistes géorgiens, Strasbourg : Apollonia ; Marne la Vallée : La Ferme du Buisson, 2000 ; Corps et traces dans la création tchèque : 1962-2002, Paris : Hazan ; Nancy : Musée, 2002 8. Cf. Panorama 4 – Paysages persistants, Tourcoing : Le Fresnoy, 2003

Ouvrages récents :
Jan Voss, Paris, Hazan, 2015
Laura Lamiel, Milan, Silvana Editoriale, 2013. Prix AICA France 2013.
L’art des années 1960, chroniques d’une scène parisienne, Paris Hazan, 2012

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