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Par Hélène Lassalle

de sa création à 1990 — à lire ci-dessous (Version longue à télécharger là)

 

 

 

 

 

 

Dagbert

Par Anne Dagbert

de 1991 à 1997 — à lire ci-dessous (Version longue à télécharger là)

Introduction

AICA-France et AICA internationale : des origines  et des traditions communes

C’est à Paris que l’Association internationale des critiques d’art est créée en 1949,  à l’initiative du Président de la Presse artistique française, Raymond Cogniat, et en réponse à une sollicitation de l’UNESCO, la toute récente Organisation des Nations Unies pour l’Education, les Sciences et la Culture,  basée elle-même à Paris. Sa dénomination et ses statuts sont déposés à la Préfecture de Police de la Seine, selon le régime prévu par la loi de 1901 régissant les associations en France. Le bureau international y adresse toujours chaque modification du bureau ou de statuts. Les premières années, le sort de l’association internationale et celui de sa section française sont liés et leurs activités mêlées et le secrétaire général de l’AICA est également celui de la section française. Par la suite, l’association internationale prenant de l’ampleur, le nombre de ses pays membres croissant et ses activités se développant à travers le monde soutenues par les diverses sections nationales, les deux bureaux, le bureau international et le bureau français, affirment leurs spécificités. La section française prend son autonomie en devenant elle-même une association selon la loi de 1901 avec ses propres statuts et son propre rythme électoral. Projets, études et activités internationales maintiennent longtemps la présence de la section française et de sa langue au cœur de l’AICA internationale et dans ses relations avec l’UNESCO. Aujourd’hui des traces de cette collaboration étroite demeurent. Elles témoignent du lien privilégié des débuts et d’une longue tradition. Le siège de l’AICA internationale est à Paris. Les secrétaires généraux internationaux sont, par coutume et commodité, généralement des membre de la section française – exception faite du second secrétaire, de nationalité grecque, mais résidant à Paris ; et de la secrétaire générale élue à l’assemblée générale de Dublin en 2009, membre de la section allemande, mais néanmoins familière de Paris : correspondante de journaux allemands en France dans les années 80,  elle a fait partie quelques années de l’AICA-France. Actuellement, si les bureaux de l’AICA internationale et ceux de l’AICA-France sont totalement indépendants l’un de l’autre, pour des raisons économiques et pratiques, ils partagent des espaces à la même adresse. Les archives de l’une comme celles de l’autre sont déposées aux Archives de la Critique d’Art à Rennes, une institution  fondée par des membres de la section française.

La fondation de l’AICA à Paris

L’idée d’une coordination entre les pays pour assurer la paix à travers l’éducation et une meilleure compréhension entre les cultures naît dès 1942  lors d’une réunion en Grande Bretagne des ministres alliés de l’éducation, à l’instigation des Anglais et des Français1. A Londres, le 16 novembre 1945, la Constitution de l’UNESCO (United Nations Educational, Scientific and Cultural Organisation) est votée par 37 pays et ratifiée

le 4 novembre 1946. La première Conférence Générale de l’Organisation a lieu le 10 décembre suivant à Paris, où s’installe le siège de l’Organisation. Le responsable de la Section des Beaux-Arts, Mjomir Vanek, de Tchécoslovaquie, exprime à cette occasion le souhait de réunir en congrès les principaux critiques d’art du monde afin de les regrouper dans une association internationale qui conseillerait la nouvelle Organisation dans leurs domaines.

A sa demande, Raymond Cogniat, Président du Syndicat français des professionnels de la Presse artistique, met sur pied un premier congrès destiné à évaluer les différents problèmes professionnels et esthétiques auxquels artistes et critiques sont confrontés et à envisager la création d’une association internationale. Ce premier congrès a lieu du 21 au 28 juin 1948, à Paris, dans la « Maison » de l’UNESCO, 19 avenue Kléber, près de l’Arc de Triomphe de l’Etoile. Y participent des historiens d’art, des conservateurs de musée, des critiques d’art et quelques artistes. Il rassemble 34 pays. Paul Fierens (Belgique) en était le président ; James-Johnson Sweeney (Etats-Unis), Lionello Venturi (Italie), Herbert Read (Grande-Bretagne), Jean Cassou (France), Vaclav Nebsky (Tchécoslovaquie) sont vice-présidents ;  Denys Sutton (Grande-Bretagne) rapporteur. Dans l’assistance, la France, pays d’accueil, est particulièrement bien représentée.

A la fin de la rencontre, une fédération est fondée, des groupes de travail constitués et un prochain congrès programmé pour l’année suivante. Un bureau international est créé, avec sa permanence à Paris.  Raymond Cogniat et Simone Gille-Delafon, qui ont assuré l’organisation de ce premier congrès, préparent le suivant. Le secrétariat continue à être hébergé par le marchand d’art et éditeur Georges Wildenstein, dans sa maison d’édition, non loin des locaux de La Gazette des Beaux-Arts, revue fondée et publiée par lui. C’est comme éditeur d’art qu’il assume les frais d’organisation du premier congrès des critiques d’art, ainsi que l’effort financier de la préparation du prochain congrès.

Du 27 juin au 3 juillet 1949, toujours dans la « Maison » de l’UNESCO, avenue Kléber, se tient le second congrès et congrès fondateur.

L’assemblée vote les statuts  de la nouvelle association et désigne les membres du bureau : Paul Fierens (Belgique), président, entouré de six vice-présidents :  Lionello Venturi (Italie), James Johnson Sweeney (Etats-Unis), Raymond Cogniat (France), Eric Newton (Grande-Bretagne), Jorge J. Crespo de la Serna (Mexique), Gérard Knuttel (Pays-Bas), ainsi que Simone Gille-Delafon (France), secrétaire générale, et Walter Kern (Suisse), trésorier.

Treize sections nationales sont reconnues membres de facto, en fonction de la nationalité des critiques présents. De retour dans leur pays, chacun organise sa section nationale en calquant sa structure sur celle de l’association internationale. Les modalités de renouvellement des bureaux pour chacune des sections sont variables. Certains présidents le sont à vie ou presque, tandis que d’autres eurent des mandats plus ou moins longs. Paul Fierens resta  président international huit années, jusqu’à sa mort en 1957, puis fut remplacé par James Johnson Sweeney. A partir de cette date, les échéances du mandat présidentiel de trois ans, renouvelable une fois, ont été scrupuleusement respectées.

LES ÉTAPES DE LA CONSTITUTION DE L’AICA-FRANCE

Secrétariat international de l’AICA et section française : de la fusion à l’autonomie

 Indifférenciation 1949-1960

Les deux premiers congrès fondateurs ont été organisés à Paris à la demande de l’UNESCO par Raymond Cogniat, Président du Syndicat Français de la Presse Artistique, avec l’aide de collaborateurs français, notamment Simone Gille-Delafon.Ces rencontres ont été préparées avec le soutien financier de Georges Wildenstein dans les locaux de sa maison d’édition, 140 rue du Faubourg Saint-Honoré.Le lieu devient naturellement le siège du secrétariat général de l’AICA, secrétariat qui est en même temps le secrétariat de la section française, Simone Gille-Delafon assurant cette fonction auprès des deux présidents, Paul Fierens, président international et Raymond Cogniat , président de la section française. Le financement est commun, émanant du même mécène. En 1956 la subvention de Georges Wildenstein pour le secrétariat s’élevait à 481 000 francs, auxquels s’ajoutaient le local fourni gracieusement et le paiement des frais de téléphone.

De fait dans les premières années, c’est la section française qui soutient et qui gère les activités de l’association internationale. Le sentiment dominant est que l’association internationale est l’œuvre des français et que ceux-ci en ont la responsabilité, tout au moins matérielle. Dans son rapport d’activité de la section française à l’Assemblée Générale de Venise le 27 juin1950, Raymond Cogniat annonce : «  Quant à l’activité proprement dite de la section française elle se trouve confondue avec celle du secrétariat général »

Le bureau français a ainsi assuré le secrétariat pour les nouvelles sections, la correspondance avec les nouveaux sociétaires et les secrétariats régionaux, rédigé le compte-rendu des diverses réunions et congrès, effectué les travaux en relation avec l’UNESCO : rapport et présence à la Conférence annuelle de l’organisation, enquête à la demande de l’UNESCO sur la reproduction des œuvres d’art, sur le film d’art, sur la diffusion de la culture en milieu ouvrier.Le bureau français a organisé le congrès annuel et préparé les suivants, géré les cotisations et l’envoi des cartes de membres. Et le bureau a également fait fonctionner le Bureau de l’Information artistique (voir dans la rubrique « Les grands chantiers : des outils pour une profession » le chapitre « Distribution d’une documentation aux critiques d’art, le Bureau de l’Information artistique »)

Tant que Raymond Cogniat fut seul responsable de la section française, la confusion entre le bureau international et le bureau français ne posa pas de problème. L’AICA ressemblait à une association amicale. Les statuts étaient uniques pour l’ensemble des délégations, déposés à la préfecture de Police de Paris, lieu du siège du secrétariat général, acceptés par arrêté ministériel le 21 juillet 1950, selon la loi de 1901 sur les associations à but non lucratif. L’AICA internationale était et reste une association de droit français. Elle comptait, en 1957, 461 membres sociétaires dont la moitié étaient français. L’indistinction paraissait une commodité et même un avantage. En janvier 1960, lorsque parait le premier numéro d’une publication annuelle sous le titre ACTIVITES informant sur les actions du bureau international durant l’année écoulée et sur les deux réunions internationales, le feuillet porte la mention : «  La publication des ACTIVITES a pu être entreprise grâce aux facilités procurées par la section française ». En fait la rédaction en était due à la secrétaire générale commune aux deux instances et avec les moyens communs à l’une et à l’autre. Trois autres lettres d’information vont suivre sur le même principe, ACTIVITES n° 2 (janvier 1961), n°3 (octobre 1961) et n°4 (décembre 1962).

Séparation et autonomie de la section française 1960-1964

Après la mort du premier président international belge Paul Fierens, le nouveau président américain, James Johnson Sweeney, souhaite donner à l’AICA internationale indépendance et visibilité. En 1960 il sollicite le ministre français de la Culture, André Malraux. A la requête du ministre, Marius Claudius-Petit, président de l’Union Centrale des Arts Décoratifs, accorde un local au Secrétariat général de l’AICA internationale dans ses murs, au 107 rue de Rivoli, dans le Pavillon de Marsan du Palais du Louvre, pour y établir sa permanence. Le transfert officiel est publié le 20 avril 1961.La section française continue d’être hébergée par les Editions Wildenstein. La contribution de Georges Wildenstein est désormais versée exclusivement à la section française afin de lui permettre de développer ses activités propres.

La même année 1960 Jacques Lassaigne est nommé vice-président de la section française et Raymond Cogniat lui délègue une bonne part de ses tâches de président.En effet Raymond Cogniat, par ailleurs Inspecteur supérieur des Beaux-Arts, se consacre plutôt à la Biennale de Paris qu’il a lancée l’année précédente avec le soutien de la section française et dont il est le Délégué général, une Biennale d’un type nouveau qui limite la participation aux artistes de moins de trente ans. La première édition a eu lieu à l’automne 1959.Mais Jacques Lassaigne n’apprécie pas que la secrétaire internationale s’occupe aussi des affaires de la section française. En 1962 Jacques Lassaigne obtient que la section française ait un secrétaire général indépendant. Ce sera le poète et écrivain Jean-Clarence Lambert, Simone Gille-Delafon restant secrétaire générale internationale.

La section française s’affirme cette année-là sur différentes scènes :

La Biennale de Paris. Pour la seconde fois, la section française réunit un comité de jeunes critiques de moins de trente ans pour sélectionner les artistes français présentés à la Biennale. Pendant la durée de la manifestation, certains de ces critiques organisent des débats sur l’art et sur le cinéma.

Prix de la Critique. La section française s’est constituée en jury et elle a désigné comme lauréats Benrath en peinture, Somaini en sculpture, Gregory Masurovski en dessin.

Défense de la liberté des critiques d’art. Le critique d’art espagnol Moreno Galvan a été emprisonné par des militaires franquistes. La secrétaire générale internationale a été saisie par un groupe d’amis du prisonnier. L’Italie a agi auprès de l’Ambassadeur d’Espagne à Rome mais c’est l’intervention de Jacques Lassaigne auprès du président de la section espagnole, Camon Aznar, qui permet la libération de Galvan et l’autorisation qu’il se rende à la Biennale de Venise, sa caution étant payée grâce aux contributions volontaires de critiques italiens, français et espagnols.

Avec la démission en août 1962 du Suisse Walter Kern de sa charge de trésorier international, qu’il tenait depuis la fondation de l’association, l’administration de l’AICA internationale se libère encore un peu plus de sa polarité parisienne. Walter Kern est remplacé par le belge Robert Delevoy. Pendant un quart de siècle, les finances de l’AICA internationale vont être gérées à Bruxelles.

Enfin, lorsque Raymond Cogniat se retire en 1963, désigné avec reconnaissance comme le premier président d’honneur de l’AICA, le conflit devient désormais ouvert entre le Président français Jacques Lassaigne et la secrétaire générale internationale, Simone Gille-Delafon, dont il estime qu’elle n’a pas su prendre les distances nécessaires avec la section française, comme si elle en était encore responsable. Jacques Lassaigne incrimine officiellement la rédaction de la lettre d’information internationale ACTIVITES, jugée tendancieuse à l’égard de la section française. La secrétaire générale internationale s’en est occupée seule, comme les précédents numéros, sans avoir soumis son texte pour approbation au président français. Prudemment, le nouveau Président international, élu à l’Assemblée Générale de Tel Aviv en juillet 1963, Giulio Carlo Argan, préfère ne pas publier le dernier numéro d’ACTIVITES. La querelle envahit et empoisonne la seizième Assemblée Générale de Venise du 19-22 juin 1964.En conclusion la française Simone Gille-Delafon se retire, remerciée par le titre de « secrétaire générale honoraire » et à sa place est élu le grec Tony Spiteris.

Quinze ans après sa fondation, l’AICA internationale, forte de ses 42 sections nationales et ses 700 membres à travers le monde, dotée d’un président italien (futur maire de Rome), d’un secrétaire général grec et d’un trésorier belge s’est définitivement séparée de l’image originelle d’une assemblée d’amis regroupés à Paris autour d’un petit noyau francophone et dont la vie est assurée par la section française.

Dans des locaux à elle seule dévolus, avec un bureau indépendant et un financement propre, tandis que le bureau international n’a plus de contiguïté ambiguë avec le bureau français, la section française a acquis une complète autonomie, séparée désormais du module international dont elle a été la fusée de lancement.

De l’autonomie à l’indépendance

Création d’une section française indépendante 1970-1971

Devenu autonome en 1964, avec un bureau de gestion, un siège social et un financement séparés, la section française de l’AICA va achever sa progression et acquérir une totale indépendance vis à vis de l’instance internationale lorsque Georges Boudaille, président de la section française, la dote de statuts propres. Le 16 février 1970 le bureau (constitué par Georges Boudaille président, André Berne-Joffroy, Gaston Dielh, Gérard-Gassiot Talabot, vice-présidents, Guy Weelen secrétaire général et son adjoint Jean Dominique Rey, Jean Bouret, Trésorier, Henry Galy-Carles, Trésorier adjoint), signe les nouveaux statuts de l’Association Française des Critiques d’art. Ceux-ci sont enregistrés à la Préfecture de Police de Paris le 17 février 1970. La « section française de l’AICA » n’est plus qu’un sous-titre. Comme son association-mère, elle est régie par la loi du 1er juillet 1901.

1°  L’Association Française des Critique d’Art est formée, qui groupe des critiques d’art français ou résidant en France, écrivant régulièrement ou ayant écrit dans les journaux, périodiques ou traitant de sujets artistiques à la radio, à la télévision, etc… » .

2° Ses buts sont :

a) promouvoir la discipline critique dans le domaine de l’art et contribuer à en assurer les fondements méthodologiques

b) protéger les intérêts moraux et professionnels des critiques d’art et faire valoir en     commun les droits de tous ses membres

c) Assurer une liaison permanente entre ses membres en favorisant les rencontres nationales et internationales

d) Faciliter et étendre l’information et les échanges dans le domaine des arts plastiques

e) Contribuer au rapprochement et à la connaissance réciproque des cultures

3° Son siège social est à Paris , 8 rue Saint-Augustin, 2e

Au fil des années plusieurs critiques étrangers séjournant à Paris feront partie de ses membres et participeront à ses activités, pour des périodes plus ou moins longues.

Le 30 décembre 1971, encore sous la présidence de Georges Boudaille, une déclaration à la Préfecture annonce un changement suite à une résolution de la dernière Assemblée Générale qui s’est tenue dans les locaux de l’AICA Internationale, au Pavillon de Marsan, rue de Rivoli. L’Association change de titre pour revenir à l’ancien « Section Française de l’Association Internationale des Critiques d’Art  (en abrégé AICA-France) ».

Le lien avec l’international n’était plus visible. AICA-France est désormais le titre officiel.

Cette assemblée générale a également fixé une cotisation propre à l’Association française, «pour les membres adhérents égale au double de la cotisation perçue par l’Association internationale des critiques d’art au tire des membres adhérents ; de même elle fixe le montant du droit d’inscription qui sera égal au montant de la cotisation annuelle ci-dessus définie »

Autant que le changement de titre, cette décision est capitale.

A partir de cette date 1971, l’AICA-France peut disposer d’un budget autonome et ce sont ses membres qui en assurent le financement. Association indépendante déclarée sans but lucratif, elle peut également bénéficier de subventions de l’Etat. Au bout de vingt-deux ans la section française de l’AICA a enfin coupé le cordon ombilical et atteint sa maturité.

L’arrachement à la fusion initiale a été long et progressif. Il en restera des liens privilégiés. L’adresse du siège social en témoigne. Elle a été souvent voisine de celle du secrétariat international et depuis l’an 2000 elle l’est redevenue.

Le siège social

Alors que l’AICA internationale commence à disposer en 1960 d’un local propre et d’une permanence au Pavillon de Marsan du Palais du Louvre, 107 rue de Rivoli, la section française a continué à être hébergée longtemps dans sa maison d’édition par Georges Wildenstein, avant d’être à son tour indépendante. En 1970 dans la déposition des statuts, le siège social est situé 8 rue Saint-Augustin dans le 8ème arrondissement.

Le 10 janvier 1973, Georges Boudaille, président de la section française, annonce à la Préfecture Police que le siège social de l’AICA-France a changé. Ses bureaux sont désormais à la Fondation Rothshild, 11 rue Berryer dans le 8ème où l’AICA internationale a désormais son secrétariat général.

En 1975 L’AICA internationale s’installe dans le même bâtiment, au 11 rue Berryer, dans un bureau voisin (déclaration de Guy Weelen, Secrétaire Général, à la Préfecture de Police de Paris le 19 novembre 1975). Une salle de réunion au rez-de-chaussée de l’une des ailes de l’hôtel est mise occasionnellement à disposition par les Services de la Création artistique du ministère, logés également à l’Hôtel de Rothschild. Elle servira pendant de longues années de lieu d’accueil aux réunions mensuelles de l’AICA-France aussi bien qu’ aux réunions du Conseil d’administration de l’AICA internationale. Pendant  22 ans,  le 11 rue Berryer va être l’ adresse officielle de l’AICA-France.

Lorsque Marie-Claude Volfin devient secrétaire générale sous la Présidence de Dora Vallier en janvier 1979, elle est secrétaire de la Fondation des Arts Graphiques et Plastiques, également domiciliée à l’Hôtel de Rothschild où sont accueillis de nombreux services artistiques publics et privés. C’est son bureau professionnel qui devient le siège de l’AICA-France, économie substantielle.

A son remplacement, sous la présidence de Jacques Leenhardt, par Hélène Lassalle puis par Valérie Brière, l’association n’a plus de local administratif mais elle utilise toujours la même boîte postale et la même salle de réunion.

En 1991 Ramon Tio Bellido est élu président de l’AICA-France. Il est le directeur artistique de la Fondation des Arts graphiques et plastiques. A ce titre il dispose d’espaces administratifs qui lui permettent d’y installer la secrétaire générale, Anne Dagbert. L’AICA-France retrouve donc l’Hôtel de Rothschild ainsi que le voisinage de l’AICA internationale.

En juin 1997, l’AICA-France change de siège social au 13 rue Drouot 75009, sous la présidence de Catherine Francblin (Christophe Domino est secrétaire général et Frédéric Paul Trésorier).

Enfin en 2000, lorsque plusieurs associations comme le CIPAC regroupent leurs bureaux dans un même espace, au 15 rue Martel dans le 10ème, joignant l’économie à la convivialité, Ramon Tio Bellido y transfère le secrétariat de l’AICA internationale et Catherine Francblin celui d’AICA-France. Les liens sont renoués. Puis les mêmes associations, toujours groupées, déménagent ensemble en 2005 au 32 rue Yves Toudic 75010 (Ramon Tio Bellido est encore secrétaire général de l’AICA internationale, Christophe Domino président d’AICA France , et Emmanuel Hermange, secrétaire général). Secrétariats, personnels, sites internet, permanences téléphoniques et accueils sont bien distincts. La proximité seule rappelle aujourd’hui une longue histoire commune.

Les langues de l’AICA

Longtemps la seule langue fut le français. Les rapports à l’Assemblée Générale, moral et financier sont rédigés en français, de même que la lettre d’information « Activités », le « Bulletin international des Archives de l’art contemporain » et l’annuaire. Une édition bilingue en français et anglais de l’annuaire paraît pour la première fois en 1960. C’est le seul exemple d’un effort vers l’internationalisation. Il faut attendre 1970 et l’utilisation de l’anglais par le suédois Sven Sandström dans le document préparatoire destiné à la réunion sur les Archives de l’Art Contemporain, pour que l’anglais apparaisse de façon officielle dans les documents de travail des réunions internationales. Néanmoins dans ce premier numéro de AICARC Bulletin, si le questionnaire de l’enquête préliminaire envoyé par Sven Sandström aux différentes sections est en anglais, le résultat, l’analyse et le compte-rendu sont rédigés en français.

La longue persistance du français s’explique par les origines de l’Association fondée à Paris à l’initiative de critiques français, par la langue des premiers dirigeants, tous francophones, et par le manque de moyens financiers qui ont longtemps empêché le recours à des traducteurs, aux services trop coûteux.

A partir des années 70 et l’obtention d’une subvention régulière de l’UNESCO, documents de travail et rapports sont en deux langues, français et anglais. Pendant la présidence de Belgica Rodriguez, du Venezuela, de 1987 à 1990, ils sont traduits également en espagnol. L’arrivée en 1996 d’une présidente internationale américaine, Kim Levin, retrouvant dans le bureau un trésorier général irlandais, Liam Kelly, renforce l’utilisation de l’anglais comme langue commune. Aujourd’hui le site internet de l’AICA internationale est en anglais.

Les Archives de la Critique d’Art

En 1989 les « Archives de la Critique d’Art » sont créées à l’initiative de Jean‐Marc Poinsot, délégué pour la province au sein du bureau de l’AICA-France, en partenariat avec la Délégation aux Arts Plastiques du Ministère de la Culture et l’Université deRennes 2. Il s’agit d’un centre d’archives alimenté par les critiques d’art principalement français et par des institutions nationales. La constitution systématique de fonds d’écrits et d’archives par auteur constitue leur principale originalité. De nombreux critiques dont beaucoup étaient ou sont membres d’AICA-France ont donné et continuent à verser leurs archives et leurs bibliothèques. Les Archives de l’AICA-France et de l’AICA internationale y sont conservées.

1990 – 1997

Par ANNE DAGBERT

Secrétaire Générale de l’AICA-France de septembre 1990 à mars 1997

Tio Bellido-Dagbert

Ramon Tio Bellido et Anne Dagbert au voyage AiCA France en Limousin Lac de Vassvières, Septembre 1993

Francblin Dagbert

Catherine Francblin et Anne Dagbert au nouveau Musée de Villeurbanne, Juin 1992

AVANT-PROPOS

Hélène LASSALLE, Secrétaire Générale de l’AICA-France de 1981 à 1984, puis Secrétaire Générale de l’AICA Internationale de 1984 à 1988, a assuré avec maîtrise et persévérance l’historique de l’AICA-France à ses débuts et sur plusieurs décennies, de 1949 à 1990.

Puis, Hélène Lassalle m’a passé le relais pour poursuivre l’écriture de cette histoire, correspondant à la période où j’ai assumé la fonction de Secrétaire Générale, de 1990 à 1997.

J’ai pu, année après année, reconstituer les principaux événements de la période, grâce à la documentation que j’avais gardée par-devers moi.

Je remercie Hélène Lassalle qui, par son travail de recherche minutieux, a pu établir les relations intriquées entre l’AICA-France et l’AICA Internationale.

Je remercie Laurence Le Poupon, responsable des Archives de la Critique d’Art, et Emmanuelle Rossignol, chargée de la documentation, qui nous ont accueillies, Hélène Lassalle et moi, à Châteaugiron près de Rennes, où se trouvaient alors les archives de l’AICA.

Anne DAGBERT Paris, février 2013

La composition du bureau

Membre de l’AICA-France depuis 1984, j’ai pris mes fonctions de Secrétaire Générale en septembre 1990, aux côtés de Ramon Tio Bellido, qui a assuré l’intérim comme Président de la section française, en remplacement de Jacques Leenhardt, nouvellement élu Président de l’AICA Internationale en août 1990.

En 1991, suite à l’assemblée générale qui s’est tenue à la Fondation des Arts Graphiques et Plastiques, 11 rue Berryer, 75008 Paris, où se trouvaient les bureaux de l’AICA depuis plusieurs années, le bureau est composé comme suit : Président : Ramon Tio Bellido ; Secrétaire Générale : Anne Dagbert ; Trésorière : Anne Tronch

Ramon Tio Bellido a assuré deux mandats : de 1991 à 1993 et de 1994 à 1996, avec toujours Anne Dagbert comme Secrétaire Générale et Anne Tronche comme Trésorière. Suivant les statuts de l’association, il ne pouvait en briguer un troisième. Ainsi, suite à l’assemblée générale du 6 mars 1997, Catherine Francblin a été élue Présidente de l’AICA-France,

La gestion administrative et les locaux

Au début de l’année 1991, l’AICA-France comprenait 243 membres. La cotisation annuelle était de 250F. Le Président, Ramon Tio Bellido occupait un bureau au premier étage du Centre National des Arts Plastiques (CNAP), 11 rue Berryer, 75008 Paris. Un petit bureau contigu m’était octroyé, ce qui facilitait les allées et venues. D’abord offerts gracieusement, ces locaux ont été occupés moyennant un loyer à partir de 1993. L’AICA Internationale occupait un bureau dans une autre aile du bâtiment, ce qui me permettait assez facilement de rendre visite à sa Secrétaire Générale, Marie-Claude Volfin, et à sa Secrétaire Administrative, Fabienne Le Corvec. En 1992, Ramon Tio Bellido a été nommé Directeur artistique de l’Hôtel des Arts, prenant la place du CNAP, qui occupait une partie de l’Hôtel de Rothschild, pour organiser des expositions temporaires. À cette époque, une certaine effervescence régnait donc dans ces lieux.

À l’automne, une charge importante était de rassembler les dossiers de candidature des critiques souhaitant adhérer à l’association, en vue de leur élection à l’assemblée générale de début d’année. Ils devaient justifier de trois ans au moins de pratique de la critique d’art et être parrainés par deux membres de l’association. (Ces critères n’ont pas changé depuis). Entre dix et douze dossiers, comprenant biographies, bibliographies et publications, devaient être épluchés. Des notices récapitulatives sur chacun des critiques étaient ensuite rédigées par les membres du Bureau, pour informer les membres électeurs à l’assemblée générale.

Entre trois et cinq réunions de bureau avaient lieu chaque année.

La radiation

Le Bureau a étudié la possibilité de radier les membres n’ayant pas acquitté leur cotisation depuis 3 ans, en dépit de relances écrites. Tout arrêt de paiement de la cotisation (250 F. en 1991) pendant 3 ans obligerait les membres qui souhaitent acquérir leur vignette annuelle à régler un arriéré de 2 ans.

La vignette annuelle, collée sur la carte d’adhérent de l’AICA-France, donne droit à la gratuité d’entrée dans les musées et centres d’art.

 Les démissions

Il arrive que des membres souhaitent démissionner pour raisons personnelles ou pour le fait qu’ils n’ont pas besoin de la carte de l’AICA-France, étant donné qu’ils ont déjà une carte de presse, travaillant au sein d’un quotidien ou d’un organe de la grande presse. Marielle Latour et Pierre Cabanne ont démissionné en 1989 et 1990. Liliane Brion-Guerry et Philippe Dagen ont démissionné en 1991.

 Les recommandations tarifaires en 1993

L’AICA-France a plusieurs fois établit une liste de tarifications à l’intention de ses membres, pour la rétribution de leurs prestations. Ces tarifications, qui ne sont pas malheureusement des barèmes agréés, sont néanmoins souvent demandées au secrétariat par différents prestataires, revues, musées, radios, TV.

Après une mise en garde concernant le calcul de signes des ordinateurs Macintosh dans la rédaction de textes-tapuscrits (entre 1500 et 1800 signes), qui auraient tendance à les amplifier, ce qui peut poser des problèmes pour les notes d’honoraires, AICA France a conseillé de faire payer les contributions à titre de « droits d’auteurs », qui bénéficient d’un abattement fiscal. Le paiement par « honoraires » requiert au préalable une inscription à l’URSSAF correspondant au régime des « travailleurs indépendants ».

Ramon Tio Bellido, Jean-Marc Poinsot, Frédéric Paul, dans le parc de Vassivière, Limousin, 1993.

Les subventions

1994 a vu une baisse de la subvention de fonctionnement accordée par la Délégation aux Arts Plastiques. Cette subvention a existé depuis de nombreuses années. C’est la première fois qu’elle est revue à la baisse, suite à des restrictions budgétaires. Par la suite, elle subira des baisses ponctuelles, la dernière étant survenue en 2011.

En 1994, elle se monte à 30 000 F. Venant s’ajouter à l’augmentation de la cotisation à l’AICA Internationale, cette ponction provoque un affaiblissement du budget. Le Président de l’AICA-France a donc envoyé un courrier au Délégué aux Arts Plastiques pour protester contre cette mesure, survenant à un moment où la préparation du Congrès de l’AICA à Rennes, en 1996, oblige déjà à engager des frais exceptionnels.

Les actions menées

Le programme élaboré par Ramon Tio est le suivant :

– renforcer la défense des intérêts professionnels des critiques d’art qui remplissent davantage une « fonction » qu’une « profession ».

– continuer et augmenter les contacts avec les membres en région et les partenaires culturels.

– amorcer des rencontres internationales avec des sections limitrophes de la France.

– responsabiliser davantage les adhérents au niveau de leurs activités personnelles, en essayant de mettre en place un système de partenariat par lequel l’AICA-France, n’étant plus seulement productrice d’événements, s’ouvre davantage sur l’extérieur.

– poursuivre la collaboration étroite avec les Archives de la Critique d’Art.

– donner davantage de « publicité » aux travaux des adhérents en publiant, par exemple, un bulletin semestriel, organe de communication et de promotion, qui devrait informer sur l’état bibliographique et sur les activités des membres de l’AICA-France, et offrir une sorte « d’agence informative » sur tout ce qui touche à la critique d’art.

Des actions ont été mises en œuvre pour que la section française ait une ouverture internationale et qu’elle élargisse ses préoccupations dans des domaines complémentaires à la critique d’art telles que l’histoire de l’art et les nouvelles technologies.

Il a été établi une collaboration étroite avec l’Association des Archives de la Critique d’Art, concrétisée notamment par un colloque qui s’est déroulé à l’université de Rennes 2, les 31 novembre et 1er décembre 1990, sur le thème « La place du goût dans la production philosophique des concepts et leur destin critique ». Sous la direction d’Élisabeth Lebovici, Didier Semin, Ramon Tio Bellido, et avec la participation de Michel Bourel, Bernard Marcadé, Catherine Perret, ce colloque a accueilli les communications de Yves Michaud, Thierry de Duve, Daniel Soutif, Stephan Bann, Michael Newman, Christine Buci-Glucksmann, Maria Teresa Beguiristain Alcorta. (Les actes du colloque ont été publiés par les Archives de la Critique d’art, en 1992, avec une postface de Jean-Marc Poinsot.

Le Bureau s’accorde sur le fait qu’il est plus profitable de s’associer comme co-producteur à un événement fort (à périodicité annuelle par exemple) que de prétendre être partenaire par la seule présence d’un ou plusieurs de ses membres dans des événements organisés par d’autres instances. Mais il insiste pour que les membres de l’AICA fassent apparaître leur appartenance à l’association, lorsqu’ils sont invités à intervenir par ces autres instances, et à veiller à ce que cette mention figure dans les documents d’information ou dans les publications réalisés à cette occasion.

En hommage à Pierre Restany, une exposition, « Le cœur et la raison », au Musée des Jacobins à Morlaix, fut organisée par le musée, du 12 juillet au 10 novembre 1991. L’exposition se voulait un itinéraire d’une pensée prospective dans les différents secteurs de la création, illustrée par quarante ans d’activités passionnées et souvent polémiques. Elle a réuni des œuvres majeures du Nouveau Réalisme comme des monochromes de Klein, des Accumulations d’Arman, des Piégeages d’objets de Spoerri. Une bande dessinée, « Restanystory », était illustrée par des œuvres d’artistes, correspondant à son activité critique dans la revue Domus, dans les années 1979-1980-1981. Le catalogue, réalisé avec la participation bibliographique et documentaire des Archives de la Critique d’Art, comprenait un entretien entre Restany et Peter Knapp.

Aide aux critiques d’art de Sarajevo

Le Conseil d’Administration du 26 février 1994 a adopté à l’unanimité un don de 1500 F par l’AICA-France, à nos confrères vivant dans la capitale bosniaque. Cette aide a transité par l’AICA Internationale, à laquelle une avance de trésorerie a été consentie.

Litiges concernant des textes non régularisés

Nous avons été saisis par plusieurs de nos membres sur des litiges concernant des textes non régularisés par leurs commanditaires. Nous nous efforçons de les aider à percevoir leurs dûs, mais nous ne pouvons que constater, malheureusement, que la plupart du temps aucun document contractuel n’a été établi lors de la commande.

UNESCO, octobre 1996

En octobre 1996, Ramon Tio Bellido, en tant que Président de l’AICA-France, fut désigné représentant de l’AICA-France, membre de droit, auprès de l’UNESCO (Commission de la République française pour l’éducation, la science et la culture), pour un exercice statutaire de cinq ans. Il remplaçait ainsi Jacques Leenhardt, représentant désigné pour l’exercice antérieur de 1990 à 1996, en tant que Président de l’AICA-France.

Exposition « Villette Amazone », octobre-novembre 1996

L’AICA-France a suivi de près l’exposition « Villette Amazone », qui s’est tenue pendant deux mois dans la Grande Halle de la Villette à Paris. Ses deux commissaires, Bettina Laville et Jacques Leenhardt, y avaient mis en scène un véritable « Manifeste pour l’environnement du XXIème siècle ». Une maison « manifeste », ouverture sur ce que devrait être l’habitat du futur, fut construite et installée à côté de la Grande Halle.

Entre autres œuvres dues à la collaboration entre artistes et acteurs de l’environnement, Jacques Leenhardt avait demandé au sculpteur brésilien Frans Krajcberg de mettre en espace dans la Grande Halle un ensemble de sculptures monumentales en bois calciné, sorte d’offrande de l’artiste à la nature meurtrie.

Un colloque international, ayant pour titre « Last Exit to Future », avait accompagné la manifestation les 24 et 25 octobre.

Les membres de l’AICA-France ont été fortement engagés à voir l’exposition et à assister au colloque.

Francographies de l’Art, Paris, 25-29 novembre 1996

Suite au voyage d’études de critiques africains francophones à Paris (voir supra, en 1995), Lise Didier-Moulonguet, Secrétaire Générale de l’Association « Savoir au présent », avait invité à Paris, avec l’aide de l’AICA-France, cinq critiques lauréats des Francographies de l’Art, du 25 au 29 novembre : Yacouba Konaté, Tanela Boni (ivoiriens), Camille Amouro (béninois), Farid Zahi (marocain), Mohamed Dlimi (tunisien).

Fondé sur un échange nord-sud entre critiques d’art, le programme des Francographies de l’Art reposait sur la commande de textes critiques à des professionnels africains, à partir de rencontres avec des artistes travaillant en France. Pendant cinq jours, ils ont pu rencontrer des artistes – Valérie Jouve, Franck David, Bernard Moninot, Patrick Corillon, Jacqueline Dauriac, Véronique Joumard, Philippe Parreno, Éric Dietman – et des critiques – dont Paul Ardenne, Maiten Bouisset, Jean-Pierre Criqui, Anne Dagbert, Catherine Millet, Ramon Tio Bellido (AICA-France). Ils ont visité des musées, des galeries et l’École nationale des Beaux-Arts. Un texte, écrit par chacun des lauréats sur l’un des artistes rencontrés, fut remis en décembre 1996.

Les congrès, rencontres et tables rondes

XXVème Congrès de l’AICA Internationale, à Los Angeles, 10-14 octobre 1991

Les conférences et l’Assemblée Générale ont eu lieu dans l’auditorium de la Bibliothèque Principale de Santa Monica, à deux « blocs » de l’Océan Pacifique. Nous y avons retrouvé cent-quarante membres de l’AICA, provenant des Etats-Unis (surtout de la côte Ouest), d’Europe de l’Est, de Syrie, de Turquie, des pays de la Communité Européenne et d’Amérique du Sud.

Le thème du congrès – « Beyond walls and wars : Art, Politics and Multiculturalism », « Au-delà des murs et des guerres : art, politique et multiculturalisme » – s’est avéré un thème qui pouvait englober aussi bien les préoccupations des pays d’Europe de l’Est, après la chute du mur de Berlin et l’effondrement du Communisme, que celles des Etats-Unis et notamment de la Californie où l’existence de diverses ethnies demande une compréhension et une acceptation de la culture de « l’autre ». Multiculturalisme, ethnicité, censure, après-totalitarisme, art politisé, engagement de la critique, « Nous suggérons un thème au débat sans fin », reconnaît Kim Levin, Présidente de AICA Etats-Unis, dans son adresse de bienvenue, émettant le souhait que le congrès fasse prendre conscience que, dans un monde postmoderne, l’art et la critique doivent sortir de leur tour d’ivoire esthétique pour remédier aux dommages et aux erreurs de notre siècle. Une quarantaine d’interventions, d’Américains et d’Européens, ont abordé ces points cruciaux pour l’époque (et qui, nous le voyons bien, le restent actuellement).

Serge Guilbaut, conférencier invité, auteur du livre Comment New York vola l’idée de l’art moderne, a comparé les conceptions de la critique d’art lors du premier congrès de l’AICA en 1948 à Paris – critique humaniste centrée sur le rayonnement de l’art français – avec celles d’aujourd’hui, ouvertes et orientées vers la notion de périphérie.

Les actes de ce congrès furent publiés en 1992 par les soins de l’AICA Etats-Unis.

Le congrès était émaillé de nombreuses visites fort intéressantes, dont l’exposition consacrée à trente siècles d’art mexicain au County Museum of Art et la visite du Santa Monica Museum of Art, construit par l’architecte californien Frank Gehry, présentant une belle exposition de photographie mexicaine. Des visites d’ateliers de jeunes artistes dans un complexe hétéroclite fourni par un mécène et de nombreuses réceptions offertes par des fondations et des musées (Frank Lloyd Wright’s Hollyhock House, Eli Broad Family Foundation, Norton Collection, Frederick Weisman Collection, Getty Museum, MOCA avec la superbe rétrospective de Ad Reinhardt) se succédèrent à un rythme rapide.

Le clou des visites, qui termina le congrès sur une note festive, fut celle des Umbrellas éphémères de Christo, installés pour trois semaines dans des canyons au nord de Los Angeles.

Rencontre “Édition et critique d’art” du 7 décembre 1991 à Rennes

Les Archives de la Critique d’Art et l’AICA-France ont organisé, le 7 décembre 1991 à Rennes, une rencontre intitulée « Édition et critique d’art » et deux tables rondes : « Les éditeurs, quelle politique éditoriale ? », « Les critiques d’art, de l’écrit à la publication ».

La rencontre, présidée par Jean-Marc Poinsot, maître de conférence en histoire de l’art à l’Université Rennes 2, réunissait des éditeurs qui, pendant les dernières années et malgré les difficultés du secteur, ont publié des livres de critiques d’art :

Jean-Louis Maubant, Art Édition. Dominique Carré, Éditions Dominique Carré. Jean Clay, Éditions Macula. Jacqueline Chambon, Éditions Jacqueline Chambon. Patrice Cotensin, Éditions Galerie Lelong et Éditions l’Échoppe. Bernard Martin, Éditions Joca Seria (Nantes). Daniel Soutif, Cahiers du Musée National d’Art Moderne. Jean-Pierre Criqui, Fondation de France. Catherine Strasser, Délégation aux Arts Plastiques/projet d’une collection sur la critique d’art.

Les tables rondes se sont déroulées en public au Théâtre National de Bretagne. Dans la première, chaque éditeur présentait sa maison d’édition et ses projets. Catherine Strasser a annoncé la création d’une collection d’écrits de critiques d’art, sur le principe de l’anthologie, coéditée par le Centre national des Arts plastiques et les Éditions Jacqueline Chambon. Elle serait dirigée par Anne Tronche, Jean-Pierre Criqui, Catherine Strasser. (La première publication a eu lieu en 1992).

La deuxième table ronde, composée de Daniel Soutif, Jean-Pierre Criqui, René Denizot, philosophe et critique d’art, Catherine Francblin, rédactrice en chef de art press, Claude Ginz, critique d’art, Jean-Marc Poinsot, Catherine Strasser, a développé une réflexion autour des modalités de publication de la critique d’art aussi bien dans la presse que dans l’édition.

XXVIème Congrès de l’AICA Internationale, à Vienne, Autriche, 1-6 juin 1992

Le thème, « Centre et périphérie », prolongeait les réflexions suscitées par le thème du congrès précédent, à Los Angeles en 1991 : « Au-delà des murs et des guerres : art, politique et multiculturalisme ». Le multiculturalisme s’entendant comme la coexistence de diverses cultures périphériques par rapport à une culture dominante qui occupe une place centrale. C’est dire si ces questions préoccupaient la critique internationale, suite aux bouleversements politiques des années précédentes.

Outre une trentaine d’interventions de membres de l’AICA, une dizaine de conférenciers – philosophes, ethnologues, historiens et critiques d’art – avait été invitée par l’AICA-Autriche, instance organisatrice. « Le but de la section autrichienne de l’AICA est de montrer l’importance de notre organisation par l’intermédiaire de ce symposium public », déclarait Angelica Bäumer, Présidente de l’AICA-Autriche. En effet, le grand nombre de conférences, étalées sur quatre jours au Palais Auersperg, entrecoupées de visites dans les musées ou les galeries avoisinantes, a contribué à la densité de ces journées et créé un événement dans la vie culturelle viennoise.

Certaines conférences de membres de l’AICA étaient largement aussi intéressantes que celles des personnalités invitées, les uns déplorant le pouvoir exorbitant d’un « centre » occidental et de l’eurocentrisme, et l’assujettissement des « périphéries », les autres observant la continuelle influence des arts non occidentaux sur l’art occidental. Jacques Leenhardt, Président de l’AICA, a examiné en sociologue les « Retours de la périphérie » dans l’art latino-américain. Maria-Teresa Beguiristain, membre de l’AICA-Espagne, a constaté les changements de « centre » et de « périphéries » dans l’Espagne d’après Franco. Après les changements politiques à l’Est, les interventions d’historiens et critiques russes suscitaient la curiosité. A part Alexandre Jakimovitch qui craignait une perte d’identité culturelle à cause de la dissolution des blocs de l’Est et de l’Ouest, quelques autres ont donné une vision idéaliste de la situation en Russie où il existerait une création artistique se situant entre les avant-gardes et la tradition, entre le cosmopolitisme et les cultures périphériques. La position de Peter Wittlich, Président de l’AICA-Tchecoslovaquie, a posé la question de savoir s’il peut exister un art indépendant de l’uniformité internationale et des curiosités locales. De même, celle de Keith Patrick, Président de l’AICA-Royaume-Uni, qui a souligné une contradiction entre la nécessité d’un art individualiste et la technologie moderne tendant à fabriquer un art international uniforme. Le Turc Hasan Bülent Kahraman s’est demandé si une nouvelle avant-garde pouvait émerger dans un contexte où les cultures marginales deviennent peu à peu dominantes.

Parmi les nombreuses visites d’expositions, et outre la visite incontournable du Kunsthistoriches Museum, nous avons pu apprécier au Kunstlerhaus une exposition d’art égyptien, « God – Man – Pharao, the human figure in 4000 years of sculpture in ancient Egypt » ; une exposition d’art moderne/contemporain au Musée du Vingtième Siècle, « Réductionnisme, Abstraction en Tchécoslovaquie, Hongrie, Pologne, 1950-1980 », en compagnie du conservateur Lorand Hegyi. Les rencontres avec le peintre-sculpteur Alfred Hurdlkicka auprès de son Mémorial aux victimes du nazisme sur l’Albertinaplatz, et avec l’architecte inspiré Hans Hollein dans son atelier, furent des moments forts du séjour. Le congrès s’est terminé par une réception au Château Buchberg, aux environs de Vienne, lieu magique aux multiples escaliers dérobés et terrasses sur la rivière, ouverts aux œuvres in-situ des artistes, dont François Morellet.

À la suite du programme du congrès, un voyage optionnel fut organisé à Graz, Linz, Salzbourg et Prague, ainsi qu’une visite à la Documenta de Kassel pour la conférence de presse le 11 juin 1992.

XXVIIème Congrès de l’AICA Internationale, à Puerto Rico, 26 septembre-3 octobre 1993

Ce congrès a eu lieu à San Juan de Puerto Rico, du 26 septembre au 3 octobre 1993, sur le thème « Contributions de l’Amérique Latine à l’art occidental ». L’écrivain mexicain Carlos Fuentes y a donné une magistrale conférence inaugurale sur les relations entre l’Europe et l’Amérique du Sud.

Du 4 au 9 octobre, il a été suivi d’un post-tour au Vénézuela, à Caracas et à Ciudad Bolivar, organisé par Bélgica Rodriguez, membre de l’AICA-Vénézuela. À Caracas, nous avons visité la ville et ses galeries, ainsi que le Musée des beaux-arts, le Musée d’art contemporain Sofia Imber et le Musée d’art naïf à Petare. À Ciudad Bolivar, le long de l’Orénoque, nous avons pu visiter la Fondation Jesus Soto, fondée en 1973, dans des bâtiments de l’architecte Villanueva. Consacrée à l’art géométrique et cinétique, elle présente, entre autres, de magnifiques Pénétrables de Soto. Puis, nous avons visité le Barrage de Guri, où sont intégrées deux structures monumentales de Cruz Diez et d’Alejandro Otéro.

XXVIIIème Congrès de l’AICA Internationale, à Stockholm et Malmö, Suède, 23 septembre-1er octobre 1994

Le congrès dont le thème était « Stratégies de Survie – Aujourd’hui ! » a été organisé par Christian Chambert, Président de l’AICA-Suède, et avait l’ambition de donner une vision universelle des interactions complexes entre les notions d’altérité et d’identité. Devant l’écroulement des systèmes artistiques et les attitudes extrêmement variées envers l’ethnicité, une discussion s’avère cruciale pour l’art et les critiques d’art.

Lors de la journée inaugurale, deux personnalités invitées, la sémiologue et psychanalyste Julia Kristeva et l’artiste Ilya Kabakov, ont donné chacun une conférence. Les jours suivants, vingt-quatre intervenants de diverses nationalités, incluant des membres de l’AICA, ont apporté leur contribution, partagée en trois thèmes : « Écroulement des systèmes artistiques », « Ethnicité », « Le corps ».

Des visites des principales Institutions ont eu lieu à Stockholm, Lund et Malmö.

L’Assemblée Générale de l’AICA a eu lieu à Malmö le 29 septembre 1994, où les congressistes s’étaient rendus le 28 septembre.

Le 1er octobre, la visite du beau parc de sculptures de la Fondation Wanas, située dans la campagne, non loin de Hässleholm, a constitué un des temps forts des visites. Nous avons été superbement accueillis par les directeurs.

En 1995, Christian Chambert, Président de l’AICA-Suède, a publié intégralement, en anglais, les actes des conférences du congrès, sous le titre « Strategies for Survival – Now !».

XXIXème Congrès de l’AICA Internationale, à Macao, Hong-Kong et Canton, 22-29 septembre 1995

Geneviève, Jean Marc, Ramon, canton 95

Ramon Tio Bellido, Geneviève Breerette, Jean-Marc Poinsot. Congrès à Canton, 1995. Visite d’un musée.

La Chine ne possédant pas de section de l’AICA, Jacques Leenhardt, Président de l’AICA Internationale, a organisé ce congrès à Macao, répondant à l’invitation du Gouvernement de Macao, indépendant à cette époque (ancienne colonie portugaise). Il avait choisi le thème général « Orient et Occident dans la création artistique contemporaine », partagé en trois colloques : « Espace – Nature – Architecture », « Artistes – Artisans », « Le geste et la performance ».

Comme pour les autres congrès, je m’y suis rendue avec Ramon Tio Bellido, en compagnie de plusieurs membres de l’AICA-France, dont Pierre Restany, Jean-Marc Poinsot, Geneviève Breerette, Lieven Van Den Abeele, Jean-Claude Marcadé, Christine Frérot. Les colloques, répartis sur trois jours, et l’Assemblée Générale (28 septembre) se sont tenus au « Centro de Actividades Turisticas de Macao », où avait lieu, d’autre part, une exposition sur les œuvres de 1988 à 1995 de Tàpies, dont le commissaire était Jacques Leenhardt. Les colloques étaient entrecoupés d’une visite de la ville de Macao et de nombreuses réceptions, dont une à l’Ambassade de France. Des Français, dont François Jullien, et le Belge Thierry de Duve ont donné des conférences au colloque « Artistes – Artisans », tandis que les artistes Anish Kapoor, Nam June Paik, et Pierre Restany, Vice-Président de l’AICA-France, ont participé au colloque « Le geste et la performance ». Le 25 septembre, nous sommes allés en bateau à Hong-Kong, à quelques encablures de Macao, où nous avons visité, parmi les gratte-ciels, le Musée et le Centre culturel de Hong-Kong, accueillis par Oscar Ho, son Directeur, et où avait lieu un débat sur « La question du post-colonialisme dans la création artistique contemporaine ». Le soir, nous avons dîné devant un grandiose feu d’artifice.

Le 29 septembre, nous sommes partis en autocar à Canton, où nous avons visité des marchés, l’Académie des Beaux-Arts et le Musée des Rois de Nam-Yue. Le soir, les autorités de Canton avaient organisé un grand dîner officiel pour la clôture du congrès.

Le post-tour, auquel participaient plusieurs membres de l’AICA-France, attirés par Shanghaï et la visite de nombreux jardins, a débuté le 30 septembre par la visite de Xi’an et la cité des Tang, suivie du Musée archéologique de Shaanxi et la forêt des stèles dans l’ancien temple de Confucius.

Le 1er octobre était consacré à une excursion à la Grande Fouille pour voir les 6000 cavaliers et fantassins de terre cuite du premier Empereur de Chine. Le 2 octobre, nous avons visité Suzhou, ville de canaux et jardins : jardin de la Politique des Simples, jardin « Attardez-vous », jardin du Maître des Filets, puis le village de Tongli et des jardins et villas de mandarins.

Ces voyages étaient pratiqués en avion et en autocar, tandis que le 3 octobre, nous sommes allés en train à Shanghaï, où nous avons pu assister à une cérémonie bouddhiste dans le Temple du Bouddha de Jade, dans la vieille ville. L’après-midi, nous avons parcouru le Bund et les gratte-ciels 1930, avant le retour à Hong-Kong en avion.

XXXème Congrès de l’AICA Internationale, à Rennes, Bretagne, 25 août-2 septembre 1996

congrès aica 96 rennes

Congrès AICA, Rennes, 1996. 2ème à gauche : Ramon Tio Bellido, au micro : Marcel Rogemont, délégué à la culture de la mairie de Rennes, 2ème à droite du micro : Jacques Leenhardt.

Le thème général était le suivant : « Quelles mémoires pour l’art contemporain ? », reliant l’organisation de ce congrès à la création des Archives de la critique d’art.

Le thème fut décliné en quatre parties (quatre séances), explicitées ainsi dans le programme (en trois langues, français, anglais, espagnol), remis à chacun des participants :

– « La mémoire à l’heure des sciences cognitives et de l’informatisation généralisée : mythes et modèles de pensée », thématique des mythes modernes du cinéma, de la science-fiction ou de l’art inspiré par l’imagerie virtuelle. C’est un autre modèle de la relation de nos sociétés à leur histoire, c’est aussi un modèle pluriel à explorer dans la nouvelle géographie culturelle.

– « Mémoire courte, mémoire longue : de l’auto-édition à l’histoire de l’art », l’activité artistique donnant lieu à la publication de documents, à l’enregistrement de faits et à des écritures de son histoire qui se succèdent, se complètent ou s’opposent.

– « La mémoire des œuvres : de l’œuvre éphémère au monument », l’inscription de l’œuvre dans le temps s’opérant aujourd’hui sous des modes très différents apparemment contradictoires et exclusifs les uns des autres. Comment se produisent ces œuvres, comment les conserve-t-on, que visent les artistes ?

– « Les outils documentaires : quelles urgences et quels besoins en matière d’archives et de documentation sur l’art contemporain ? », le développement de documentations et d’archives sur l’art contemporain, la création et la diffusion d’outils documentaires à support informatique constituant des enjeux essentiels pour tous les spécialistes de l’art contemporain. Mais y-a-t-il des urgences et des besoins particuliers qu’il convient de satisfaire ? Quels rôles doivent jouer les critiques d’art dans ce cadre ?

Nous avons accueilli plus de deux-cent-cinquante congressistes, venant d’une quarantaine de pays, principalement de France, d’Europe et des Etats-Unis. Trente-cinq membres de l’AICA-France en faisaient partie ainsi qu’une délégation de sept personnes du Kazakhstan et une délégation de onze personnes de Russie.

Les interventions des conférenciers sur le thème du congrès ont eu lieu à l’Université Rennes 2-Haute Bretagne, Pôle Langues, Amphithéâtre Victor Basch. Des cabines d’interprétariat en trois langues, le français, l’anglais, l’espagnol (les trois langues officielles de l’AICA), étaient disposées dans l’amphithéâtre Victor Basch, où avaient lieu les interventions.

Le congrès s’est déroulé comme suit :

Dimanche 25 août :

Conseil d’Administration le matin.

Accueil et inscription des congressistes l’après-midi, suivis de leur enregistrement dans les hôtels. Soirée libre.

Lundi 26 août :

L’ouverture officielle du congrès à 10h, a donné lieu à des discours de bienvenue de la part de Liliane Kerjan, Vice-présidente du conseil scientifique de l’Université Rennes 2-Haute Bretagne, de Marcel Rogemont, Adjoint au Maire de Rennes, de Jacques Leenhardt, Président de l’AICA, de Ramon Tio Bellido, Président de l’AICA-France, et de Jean-Marc Poinsot, Président des Archives de la critique d’art, qui a fait le point sur les différentes étapes ayant conduit aux choix intellectuels du congrès.

Puis, une dizaine d’interventions autour de « La mémoire à l’heure des sciences cognitives et de l’informatisation généralisée : mythes et modèles de pensée » a rempli une journée très chargée, entrecoupée par des pauses et le déjeuner à l’École Nationale de la Santé Publique (ENSP), située non loin de l’université. Les interventions, défendant des positions contradictoires, ont donné lieu à un débat vif et animé :

L’ardoise magique et l’ordinateur par Didier Semin, membre du bureau AICA-France, Conservateur au Musée national d’art moderne.

Limites du mémorisable, mémoire des limites, par Christian Bernard, AICA-France, Directeur du Musée d’art moderne et contemporain (MAMCO) de Genève.

Entre géographies nouvelles et technologies nouvelles, par Pierre Restany, Vice-Président de l’AICA-France.

L’art contemporain comme différentiel de mémoires, par Paul Ardenne, AICA-France, Professeur à l’École normale supérieure de Cachan.

Total Recall, par Paul Devautour, artiste.

Our Memory of Fin de Siècle and Contemporary Art and Technologies, par Kimmo Sarge, AICA-Finlande, Professeur à l’université d’Helsinki.

The Medium is the Message, par Virgil Hammock, Vice-Président AICA-Canada, Professeur à l’université Mount Allison, Sackville, Canada.

Time and the Artwork, par Peter Osborne, Grande-Bretagne, philosophe, professeur à l’université Middlesex, Londres.

La technologie numérique et le champ symbolique, par Norbert Hillaire, AICA-France.

Modal Dimensions of the Memory-System (in Art), par Altti Kuusamo, Président AICA-Finlande.

En fin d’après-midi, une table-ronde sur « Les CD-ROM : support de création et d’information » a réuni Jean-Louis Boissier, professeur à l’Université Paris VIII, Natacha Carron, critique d’art, Orlan, artiste, auteurs de CD-ROM, et Yvonamor Palix, directeur de galerie. Pendant la durée du congrès, il a été possible de visionner une vingtaine de CD-ROM et de surfer sur Internet dans une salle réservée à cet effet.

Chaque journée du congrès se terminait par des visites d’exposition.

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Marie-Claude Volfin, Kim Levin, pendant le Congrès à Rennes, 1996.

Ce jour-là, nous avons assisté au vernissage de l’exposition « Panoramas », comprenant des œuvres de Christian Boltanski, Bernard Borgeaud, Gérard Collin-Thiébaut, Paul-Armand Gette, Ilya Kabakov, Léa Lublin, Gilles Mahé, à la Galerie Art & Essai de l’Université Rennes 2-Haute Bretagne. Nous avons été accueillis par Jean-Pierre Montier, Vice-Président chargé des affaires culturelles de l’université, et Catherine Elkar, directrice du FRAC Bretagne.

Mardi 27 août :

Seize interventions autour du thème « Mémoire courte, mémoire longue : de l’auto-édition à l’histoire de l’art » ont aussi bien rempli cette journée :

Diffraction du temps et mémoire sélective, par Ramon Tio Bellido, AICA-France.

Social History and Selective Memory, par Paul Wood, Grande-Bretagne, maître de conférences en histoire de l’art à la Open University, Milton Keynes.

Minimalism and Memory, par Phyllis Tuchman, AICA-Etats-Unis.

Archive as Artwork, par Katalin Keserü, AICA-Hongrie, Directeur du Mücsarnok, Budapest.

The Context of Memory : Selective Amnesia in Contemporary Art, par Kim Levin, Vice-Présidente AICA-Etats-Unis.

Présentation de la revue Bloc-notes, par Franck Perrin, AICA-France, Rédacteur en chef de Bloc-notes, Paris.

Parkett : pas une revue d’actualité ?, par Jacqueline Burckhardt, AICA-Suisse, rédactrice de la revue Parkett, Zurich.

Mémoire proche, mémoire lointaine, par Pascale Cassagnau, AICA-France.

Archives en devenir, par Jean-Louis Maubant, AICA-France, Directeur du Nouveau musée / Institut d’art contemporain, Villeurbanne.

Mémoires sans archives d’art contemporain, par Ninon Robelin, France, galleriste et collectionneur, Paris. (Sa collection est déposée au Musée d’art moderne de Saint-Étienne).

Sur le livre d’artiste, par Florence Loewy, France, collectionneur, marchand d’art, éditeur de livres d’artistes.

20th Century Art : the Escape from Definition, par Jane Gollin, AICA-Etats-Unis.

Croatian Art Critic between 1940 and 1950, par Jasna Galger, AICA-Croatie, Conservateur au Musée des arts et techniques, Zagreb.

Arrêt sur image : le glas ou le tocsin ?, par Daniel Le Comte, AICA-France, auteur et réalisateur de télévision, Paris.

Fabrique d’Histoire, par Peter Linnap, AICA-Estonie, Président de la Biennale de Saaremaa.

Traces of Memory of Sufi Yasavi in the Culture of Kazakhstan, par Laura Urazbekova, AICA-Kazakhstan, collaborateur scientifique à l’Institut de la littérature et de la culture, Almaty.

Ensuite, nous sommes partis en autocar pour voir les commandes publiques de la ville de Rennes, dont celles de Peter Briggs et Claudio Parmigiani, en présence de Gilles Ribardiere, directeur général de la Culture, Éducation, Sports de la ville de Rennes. Puis, nous sommes allés au centre d’art La Criée, dans le centre ville, pour voir une exposition d’œuvres du FRAC Bretagne, de Barry X Ball, Helmut Dorner, Roland Fischer, Robert Grosvenor, Imi Knoebel, Jean-Philippe Lemée, Didier Vermeiren, Ian Wallace.

La journée s’est terminée par un cocktail offert par la mairie de Rennes, à l’Hôtel de Ville, en présence de Marcel Rogemont, adjoint au maire, délégué à la Culture.

Mercredi 28 août :

Cette journée comportait seulement une dizaine de communications car l’après-midi était consacrée à la visite du Centre d’art contemporain et du parc de sculptures de kerguéhennec dans le Morbihan, à une centaine de kilomètres de Rennes.

Autour du thème « La mémoire des œuvres : de l’œuvre éphémère au monument », sont intervenus :

La mémoire des œuvres, réflexions liminaires, par Christian Besson, AICA-France.

La « mort de l’auteur » et les questions de temps, d’original et de conservation de l’art contemporain, par Robert Fleck, AICA-Autriche, organisateur d’expositions.

Problématiques de restauration et de conservation de l’art contemporain : la difficulté des choses en trop, par Andrée Van De Kerckhove, Belgique, restauratrice en art contemporain et chef de dépôt au Stedelijk Van Abbemuseum, Eindhoven.

L’œuvre maîtresse, par Denys Zacharopoulos, AICA-France, Directeur du Centre d’art contemporain du Domaine de Kerguéhennec.

Mémoire disponible, par Pierre Joseph, France, artiste.

Whose Intellectual Property ? Some Ethical and Practical Issues Relating to Ephemeral Works in Museums and Public Places, par Anthony Bond, AICA-Australie, Conservateur en chef de l’Art Gallery of New South Wales, Sydney.

La mémoire du tremblement de terre, Georges Rousse à Kôbé, par Aomi Okabe, AICA-France.

Documenting the Aura, par Suzana Milevska, AICA-Macédoine.

Quelles seront les mémoires culturelles des Kazaks : civilisation nomade ou art classique ?, par Dana Altabaïeva, AICA-Kazakhstan.

Une certaine signification de la mémoire dans l’art contemporain, par Arnau Puig, AICA-Espagne, Barcelone.

Kasak Art of the 20th Century in Relation to the Traditional Kazak Concept of the Universe, par Raikhan Yergalieva, AICA-Kazakhstan, Maître de conférences à l’Académie des Beaux-Arts, Almaty.

En début d’après-midi, nous sommes partis en autocar au Centre d’art contemporain du Domaine de Kerguéhennec, accueillis par son Directeur, Denys Zacharopoulos. Après avoir cheminé dans le vaste parc de sculptures, nous avons vu une exposition d’œuvres de Louise Bourgeois, Jean-Marc Bustamante et des installations vidéo.

Après un concert du pianiste Constantin Papadopoulos, nous avons dîné dans l’ancienne bergerie du château, offert par le Centre d’art contemporain de Kerguéhennec. Une chaude ambiance égayait ce dîner, grâce au dynamisme de Denys Zacharopoulos.

Jeudi 29 août :

Les dernières interventions, sur le thème « Les outils documentaires : quelles urgences et quels besoin en matière d’archives et de documentation sur l’art contemporain ? », eurent lieu dans la matinée :

Pour un développement coopératif des archives des critiques d’art, par Jean-Marc Poinsot, AICA-France, Président et fondateur des Archives de la critique d’art, Directeur de la publication de la revue Critique d’art, professeur d’histoire de l’art à l’Université Rennes 2 Haute Bretagne.

Contemporary Art Archives Yesterday and Today, par Clive Phillpot, AICA-Grande-Bretagne, consultant au Visual Arts Department, British Council, Londres.

El centro de documentacion Vicente Aguilera Cerni : la labor de un critico, par Maria Teresa Begueristain, AICA-Espagne, professeur d’esthétique à l’Université de Valence.

El museo de Villafamés : un hecho insolito, par Beatriz Guttmann, AICA-Espagne, conservateur au Musée d’art contemporain de Villafamés.

Un centre de documentation en souffrance, par Geneviève Bonnefoi, AICA-France, co-fondatrice et conservateur au Centre d’art contemporain de l’abbaye de Beaulieu-en-Rouergue.

Le Laboratoire de Recherche des Musées de France : une documentation scientifique sur les œuvres d’art, par Danièle Giraudy, AICA-France, Conservateur en chef du patrimoine XXème siècle au Laboratoire de Recherche des Musées de France.

Soros Centers for Contemporary Art Network, par Sirje Helme, AICA-Estonie, Directeur du Soros Center for Contemporary Arts of Estonie.

Puis, nous sommes partis en autocar à Châteaugiron, non loin de Rennes, pour visiter les réserves du FRAC Bretagne, en présence de Pierre Le Treut, président du FRAC Bretagne et vice-président du Conseil régional de Bretagne. Un buffet, offert par le FRAC, avait été préparé dans la cour, jouxtant les bâtiments.

La visite des Archives de la Critique d’Art, hébergée dans un des bâtiments du FRAC, fut guidée par Jean-Marc Poinsot lui-même, qui en a rappelé l’historique (fondées en 1989), et qui a présenté son équipe de cinq personnes : Marie-France Dauphin, Alain Le Dily, Laurence Le Poupon, Claire Leroy, Sylvie Mokhtari. Nous avons ainsi pu voir la salle de consultation, ouverte aux chercheurs et aux étudiants, et le classement des différentes archives, par auteur, par sujet etc.

Les congressistes, très intéressés, seraient bien restés plus longtemps, mais il fallait repartir à l’Université Rennes 2, pour assister à la première partie de l’Assemblée Générale, qui a présenté les rapports d’activités des sections de l’AICA et les travaux des commissions.

Vendredi 30 août :

L’annuaire international de l’AICA 1996-1997 fut rendu disponible pendant le congrès. Son prix était de 10 US $ pour les achats individuels des membres de l’association et de 7 US $ pour les achats groupés des différentes sections. Le prix public était de 36 US $ ou 180 FF.

Le septième numéro de la revue Critique d’art fut distribué à tous les congressistes. Cette édition, en partie bilingue (français, anglais), dont Jean-Marc Poinsot avait signé l’éditorial, rendait compte des publications françaises parues entre septembre 1995 et février 1996.

Puis, nous sommes allés à Saint-Briac-sur-Mer, pour voir une autre exposition « Panoramas », comportant une autre partie de la collection du FRAC Bretagne, à l’Hôtel des Panoramas.

Enfin, nous avons assisté à un grand dîner au restaurant du Grand Large, surplombant la baie de Saint-Malo, où de nombreux toasts ont fêté et clôturé la partie congrès proprement dit.

Samedi 31 août :

Visite du Domaine de Beaumanoir, près de Quintin dans les Côtes d’Armor, accueillis par leurs propriétaires, le Comte et la Comtesse Henri de Saint-Pierre. Ils avaient réuni un bel ensemble d’œuvres conceptuelles, sous l’intitulé « L’art et son concept », que nous avons vues en compagnie de Robert Fleck, AICA-Autriche, et de Ghislain Mollet-Viéville, agent d’art.

Exposition de GerVan Elk au Centre d’art contemporain Le Quartier, à Quimper, accueillis par Dominique Abensour, AICA-France, directrice du Quartier. Ainsi que le nouveau Musée des Beaux-Arts (visite des collections et d’une exposition temporaire de Maxime Maufra), en présence d’André Cariou, Conservateur en Chef du musée, et de Joseph La, adjoint au maire. Un cocktail fut offert par la ville de Quimper.

Dimanche 1er septembre :

Visite des Ateliers internationaux du FRAC des Pays-de-la Loire, à Saint-Nazaire, accueillis par Jean-Jacques Viguié, Président du FRAC, et par Jean-François Taddéi, son Directeur.

Le déjeuner, offert par la ville de Saint-Nazaire, en présence de Joël Batteux, maire de Saint-Nazaire, et de Marie-Odile Bouillé, adjointe au maire pour la culture, fut pour le moins original car il eut lieu au sommet d’un blockhaus édifié pendant la seconde guerre mondiale par l’armée allemande.

Puis nous avons vu une exposition de Henry Moore et de Philippe Cognée, en sa présence, au Musée des Beaux-Arts, accueillis par Jean Aubert, Directeur des musées de Nantes, et par Claude Allemand-Gossenot, conservateur au Musée des Beaux-Arts

Post-Tour, du 2 au 5 septembre

Le lundi 2 septembre, tandis que la majeure partie des congressistes retournaient dans leur pays, un petit groupe est allé à Paris, ayant demandé à ne pas quitter la France sans passer par Paris. Nous avons donc demandé à Valérie Brière, AICA-France, d’organiser un post-tour à Paris, du 2 au 5 septembre, comprenant la visite des principales institutions d’art moderne et contemporain.

Premier Congrès Interprofessionnel de l’Art Contemporain, Tours, 30-31 octobre 1996

L’AICA-France fut largement partie prenante au Congrès Interprofessionnel de l’Art Contemporain, les 30 et 31 octobre 1996, intitulé « L’Art, une affaire publique » et organisé par le CIPAC, Fédération des professionnels de l’art contemporain. Il a eu lieu au Centre International de Congrès Le Vinci à Tours, construit par Jean Nouvel.

La journée du 30 octobre était réservée aux professionnels, tandis qu’un colloque était ouvert au public le 31 octobre. Treize associations professionnelles – telles que l’AICA-France, l’Association Nationale des Directeurs d’Écoles d’Art, l’Association Française des Directeurs de Centres d’Art ou le Comité des Galeries d’Art – ont participé la première matinée à des commissions internes, ayant lieu dans des salles différentes.

La Commission interne de l’AICA-France réunissait Anne Dagbert, Secrétaire Générale de l’AICA-France, Christophe Domino, coordinateur de l’AICA au congrès, et des membres de notre association, Valère Bertrand, Philippe Cyroulnik, Françoise Ducros, Régis Durand, Lise Guéhenneux, Giovanni Joppolo, Liliane Touraine. Nous avons débattu du statut du critique d’art, difficile à définir. 1/3 seulement de nos membres exercent uniquement une activité de critique d’art ou de journaliste. Les autres sont également professeurs dans des écoles d’art, ou historiens de l’art enseignant dans des universités, ou directeurs de FRAC, ou conservateurs, pour assurer leur niveau de vie. Christophe Domino a pointé le manque de statut juridique du critique, créant de nombreux litiges entre éditeurs et auteurs.

L’après-midi, une dizaine de Commissions mixtes, réunissant des membres de plusieurs associations, ont débattu sur des sujets spécifiés, comme par exemple « Collections : constitution et diffusion », à laquelle assistait Maiten Bouisset (AICA-France), ou « Défense de la propriété intellectuelle », à laquelle assistaient Anne Tronche et Christophe Domino (AICA-France), ou encore « Édition et diffusion », à laquelle assistaient Ramon Tio Bellido (AICA-France) et Marion Sauvert (DAP).

Le jeudi 31 octobre, un colloque était ouvert au public, dans le grand auditorium, comportant des conférences données par les artistes Daniel Buren – « L’art, une affaire publique » – et Sarkis – « Des espaces de silences et des espaces de paroles » – et par Nicolas Bourriaud – « L’art dans les interstices, comportements et relations ». Ensuite, deux table-ronde simultanées dans des salles différentes traitaient l’une de « L’art, création et recherche », avec les artistes Pierre Joseph et Piotr Kowalski, Pascale Cassagnau, Ramon Tio Bellido (AICA-France), l’autre des « Réseaux pour l’Europe », avec l’artiste Jochen Gerz, Jean-Louis Maubant, Alfred Pacquement (AICA-France). Deux autres table-ronde simultanées avaient lieu l’après-midi, traitant l’une de « L’aménagement du territoire », avec l’artiste Claude Lévêque, Ami Barak, Olivier Kaeppelin (AICA-France), l’autre de « Où en est-on avec la censure ? », avec l’artiste Jean-Marc Bustamante, l’écrivain Jacques Henric, Franck Perrin (AICA-France).

La journée s’est terminée par des conférences de Gérard Monnier, sociologue, sur « L’institution artistique, soutien ou menace pour l’art contemporain ? », de Frédéric Migayrou, critique d’art, sur « L’art : mauvais objet ou objet de censure », et de Jean-Christophe Bailly, écrivain, sur « L’art, risque et nécessité ».

Editions

Parution du N°1 du Bulletin AICA-France, janvier-février-mars-avril 1992

Souhaité depuis quelques années, le Bulletin AICA-France est enfin paru au début de l’année 1992. Comportant six pages en noir et blanc, au format A4, sans illustrations, il était le résultat du travail de Ramon Tio Bellido, Directeur de la publication, et de Anne Dagbert et Vassia Karkayannis Karabelias, qui en ont assuré la rédaction. Le système graphique fut conçu par Daniel Perrier, qui, par ailleurs, travaillait pour l’Hôtel des Arts, au 11, rue Berryer, Paris. Vu le budget de l’AICA-France, il n’était pas possible d’élaborer un bulletin illustré ou en couleurs, étant donné qu’à cette époque les techniques informatiques n’existaient pas. Mais il a été envoyé à chacun des membres.

Dans son avant-propos, Ramon Tio Bellido résume d’abord la vocation du Bulletin qui « est de refléter l’état et les actions de notre association, les faits notables de ses membres. ». Il fait donc appel à leurs suggestions pour des prochaines publications. Il se félicite de l’augmentation du nombre des membres de l’AICA-France, et, au vu des nouveaux membres sociétaires, il définit la notion de critique dans le sens le plus large, « sans discrimination mais au contraire avec la volonté d’intégrer en son sein tous ceux qui, de l’historien au journaliste, de l’universitaire au directeur de musée, de l’essayiste au radiophoniste et bientôt au chroniqueur télévisuel, font fonction à maints niveaux d’intercesseurs entre l’art et le public ».

Il met l’accent ensuite sur la collaboration étroite avec l’Association des Archives de la Critique d’Art : « Les Archives » comme on les désigne désormais constituent ce type d’institution indispensable dont tout le monde souhaite la création.

Puis, il met en garde ceux qui jugent l’AICA-France avant tout comme un distributeur de cartes, permettant la gratuité dans les musées, et regrette certaines démissions de la part de journalistes possédant une carte de presse officielle et n’ayant pas besoin de notre « carte de presse du pauvre ». Celle-ci permet néanmoins de se réclamer des tarifs de l’AICA-France, dans le paiement des différentes prestations, « recommandations relatives et non revendications d’un syndicat corporatiste. » Il regrette, à ce sujet, que la Commission Professionnelle désignée l’année dernière n’ait pas œuvré pour une meilleure reconnaissance. Il termine en souhaitant renouer avec des déplacements et des visites en régions et à l’étranger.

Parution du No 2 du Bulletin AICA-France 1993

La parution de ce bulletin au même format A4 que le N°1 de 1992, en noir et blanc et sans illustrations, a été assurée par Ramon Tio Bellido, Anne Dagbert et Claire Le Restif.

Dans son avant-propos, Ramon Tio Bellido fait un bilan de l’année 1992, « globalement positif ». Il note que les membres de notre association étaient nombreux à se rendre à Vienne en juin 1992 pour le Congrès annuel de l’AICA, ainsi qu’à l’inauguration officielle des Archives de la Critique d’Art à Rennes en novembre 1992. Il note aussi le succès notable du voyage d’étude en Bourgogne, en octobre 92, organisé par l’AICA-France. Il se félicite des activités de certains membres, comme la création de la collection « Critiques d’art » aux Éditions Jacqueline Chambon, dirigée par Anne Tronche, dont deux volumes ont été publiés, recueils des textes de Otto Hahn et Éric Michaud, venant « répondre à un désir déjà ancien de voir enfin publié ce type de compilations ». Il salue la naissance de la revue Blocs-Notes, dirigée par Frank Perrin, qui « matérialise une nouvelle attitude critique ».

Ramon Tio Bellido annonce une collaboration avec l’AICA Internationale pour la publication des actes fondateurs de l’AICA, pendant le premier Congrès International des Critiques d’art à Paris en 1948.

Il n’y a pas eu de suite à la parution du Bulletin AICA-France, sans doute pour des raisons budgétaires, les locaux des bureaux étant assujettis ensuite au paiement d’un loyer. Ce qui est fort dommage car les deux numéros du Bulletin constituent une « mémoire » très appréciable, ne serait-ce que pour la rédaction de cet Historique.

Les annuaires des membres AICA

À partir de 1992, Jacques Leenhardt, Président de l’AICA International, a édité un annuaire de l’AICA, incluant toutes les sections des différents pays. L’AICA-France en faisait donc partie. Cet annuaire a été édité jusqu’en 1996-1997, jusqu’à la fin du mandat de Jacques Leenhardt. Auparavant, un annuaire global des sections de l’AICA avait été publié sporadiquement, en 1976 et en 1985.

En ce qui concerne l’AICA-France, Jacques Leenhardt, alors Président de l’AICA-France, avait publié un annuaire AICA-France en 1984, 1987, 1989.

Puis, un annuaire AICA-France fut publié par les soins de Catherine Francblin, Présidente de l’AICA-France, en 1999 et 2002. Christophe Domino, Président de l’AICA-France, en a publié un en 2005.

Ensuite, sous la Présidence de Geneviève Breerette à partir de 2009, l’annuaire AICA-France fut publié en ligne, sur le site internet AICA-France.

Parution des Actes du XXXème Congrès de l’AICA Internationale

Les Actes de ce congrès, « Quelles mémoires pour l’art contemporain ? », furent publiés en décembre 1997 par les Presses universitaires de Rennes, en co-édition avec AICA-Press, émanation de l’AICA, gérée par Christian Chambert, Vice-Président de AICA-Press.

Le suivi éditorial fut assuré par Jean-Marc Poinsot, membre du bureau de l’AICA-France, et Ramon Tio Bellido, Président de l’AICA-France.

Les visites et voyages d’étude

Voyage d’étude en Région Bourgogne, 16-18 octobre 1992

Répondant au vœu de Ramon Tio Bellido d’organiser des voyages en régions, appréciés par les membres de l’AICA-France, ce voyage d’étude a été organisé par Ramon Tio Bellido, Anne Dagbert et Giovanni Joppolo, en collaboration avec la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) Bourgogne et son Conseiller pour les Arts Plastiques, Alain Coulange. Les 25 participants comptaient parmi eux des représentants de la DAP (Délégation aux Arts Plastiques), ainsi que des membres de l’AICA venus de sections de pays limitrophes, Belgique, Royaume-Uni, Espagne.

La première journée, nous avons visité une exposition de Jacques Vieille et Giuseppe Penone, dernière manifestation organisée par Marie Lapalus dans l’ancien réfectoire de Tournus. Puis, nous nous sommes rendus à Chagny pour voir la superbe commande publique confiée à Richard Serra sur la place de l’église, Octogon for Saint Eloi, ainsi qu’une installation de Mario Merz à la Galerie Pietro Sparta, et des œuvres de Antoine de Bary, présentées dans les locaux d’une société de production d’audio-visuel. En soirée, un dîner a eu lieu au restaurant, en présence de M. Daniel Malingre, Maire de Chagny.

La journée suivante était conçue autour d’un programme dijonnais. Après une visite des collections permanentes du Musée des Beaux-Arts, le maire M. Robert Poujade nous a reçus à l’Hôtel de Ville, où était servi un cocktail. L’après-midi, nous avons visité l’École des Beaux-Arts, dirigée par Michel Enrici, qui a présenté une exposition consacrée aux œuvres de David Diao, réalisées lors de son séjour comme artiste invité ; puis nous avons assisté aux vernissages d’un ensemble de manifestations réunies sous le titre « 1968 », au Centre d’Art Le Consortium et à l’Usine (comprenant le FRAC à l’époque), organisées dans le cadre du Festival « Nouvelles Scènes ». Conçues par le critique d’art américain Robert Nickas et Xavier Douroux, l’un des directeurs du Consortium, ces expositions présentaient un possible rapprochement entre des œuvres d’Art Conceptuel, d’Arte povera, d’Art Minimal et des productions récentes.

La matinée de dimanche s’est déroulée à l’Université de Bourgogne et à l’Athéneum, où les participants, accueillis par M. Claude Patriat, ont été invités à débattre autour du projet d’un Institut Supérieur d’Art de Bourgogne, avant de visiter le campus et découvrir les commandes publiques faîtes aux artistes tels que Agam, Kirili, Knifer, Zaugg.

L’intérêt d’un tel voyage, perceptible par tous, résidait dans le fait d’avoir pu saisir la cohérence de la situation bourguignonne et l’attention remarquable portée à l’art contemporain, soit par le biais d’institutions majeures et la volonté des collectivités locales, soit par des initiatives privées.

Inauguration officielle des nouveaux locaux des Archives de la Critique d’Art, 20 et 21 novembre 1992

À l’occasion de l’inauguration officielle des nouveaux locaux des Archives de la Critique d’Art, dans les bâtiments du Fonds Régional d’Art Contemporain Bretagne, à Châteaugiron près de Rennes, une série de manifestations ont été organisées par Jean-Marc Poinsot, Président des Archives, Véronique Goudinoux et Nathalie Tréluyer, les vendredi et samedi 20 et 21 novembre 1992.

Après une visite des salles de consultation et des réserves à Châteaugiron, les invités se sont rendus à l’Université Rennes 2 Haute-Bretagne, pour assister aux discours inauguraux : François Barré, Délégué aux Arts Plastiques, a souligné la complémentarité des Archives avec l’action générale de la Délégation aux Arts Plastiques en matière d’édition et de diffusion de textes critiques et théoriques sur l’art. Isabelle Le Masne, Conservateur à la Bibliothèque Nationale, Olivier Corpet, administrateur de l’Institut Mémoires de l’Édition Contemporaine, Harry Bellet, chargé de mission à la Documentation du Musée National d’Art Moderne, ont présenté ces établissements. Un intermède humoristique eut lieu grâce à Thierry Chabanne, qui a proposé une vision rétroactive du critique caricaturé par ses pairs.

Cette séance inaugurale s’est clôturée par une série d’hommages rendus aux principaux donateurs : Jacques Leenhardt, Président de l’AICA Internationale, rappelant la carrière de Georges Boudaille ; Marie-Odile Briot, membre de l’AICA-France, informant des contributions de Frank Popper, membre de l’AICA-France ; Pierre Restany, Vice-Président de l’AICA-France, pointant les engagements de Michel Ragon, membre de l’AICA-France, et son désir de faire œuvre littéraire.

Une réception organisée par la Mairie de Rennes au Théâtre de la Ville, a clôturé cette première journée.

Le lendemain, avait lieu un colloque, « Idées et Figures de la Critique en Europe », dans l’auditorium du Musée des Beaux-Arts de Rennes. La matinée fut consacrée à des communications philosophiques de certaines pensées esthétiques, modérées par Giovanni Careri. Gilles Tiberghien rappela le contenu de « l’Esthétique critique de Benedetto Croce » et ses développements polémiques dans la réflexion artistique de l’Italie contemporaine. Rainer Rochlitz fit une lecture pertinente entre le politique et l’esthétique autour de Walter Benjamin. Jean-Marie Schaeffer proposa une tentative de définition de l’œuvre d’art à partir de l’héritage linguistico-structuraliste.

L’après-midi fut consacrée à des témoignages de critiques, également commissaires d’expositions, tels José Luis Brea et Jean-François Chevrier, et de Chris Dercon, Directeur du Witte de With de Rotterdam, et Jean-Hubert Martin, Directeur du Château de Oiron, communications modérées par Jean-Marc Poinsot. José Luis Brea a fait un dithyrambe sur l’allégorie et l’illisibilité, trouvant là une sortie possible pour l’œuvre d’art aujourd’hui. Jean-François Chevrier s’est penché sur les vertus comparatives des Européens et des Américains, en termes d’invention et de génie. Jean-Hubert Martin a raconté ses découvertes artistiques en Chine et dans l’ex-URSS. En général, ces exposés furent l’occasion de percevoir une certaine conception géographique de l’Europe, relativement conforme aux modèles dominants de diffusion, de médiatisation et d’institutionalisation des formes artistiques

Voyage d’étude en Région Limousin, 18-19 septembre 1993

Une vingtaine de personnes, dont Jacques Leenhardt, Jean-Marc Poinsot, Ramon Tio Bellido et moi-même, ont participé à ce voyage. Accueillis par Jean-Marc Prévot, nous avons visité le château de Rochechouart et son Musée départemental d’art contemporain, où se tenait une exposition de Michelangelo Pistoletto. Puis nous sommes allés à l’Abbaye Saint-André de Meymac, accueillis par Caroline Bissière qui nous a guidés à travers l’exposition « Reflets » (pop art et hyperréalistes). Nous avons passé la nuit à l’hôtel sympathique et rustique de Meymac.

Le lendemain, nous sommes allés dans l’Île de Vassivière, au Centre d’art contemporain, où se tenait une exposition de Pistoletto dans la belle construction de l’architecte Aldo Rossi. Avec Dominique Marchès, Directeur du Centre d’art contemporain de Vassivière, nous avons déambulé dans le grand parc où sont installées des sculptures d’artistes majeurs. Puis, nous sommes retournés à Limoges pour visiter le FRAC, qui abritait une exposition de Joachim Mogarra, en compagnie de Frédéric Paul, son directeur.

Visite de chantier de la Fondation Cartier, Paris, 5 février 1994

J’ai organisé une visite de chantier de la Fondation Cartier, alors en construction, l’après-midi du 5 février 1994, en compagnie de son architecte, Jean Nouvel. Quelques membres de l’AICA-France ont pu ainsi bénéficié des explications de Jean Nouvel, qui nous a fait partager son enthousiasme et sa vision de cette belle construction en verre.

La nouvelle Fondation Cartier à Paris, située au 261, boulevard Raspail, dans le XIVème arrondissement, a été inaugurée en avril 1994. Créée en 1984 par Alain-Dominique Perrin, la Fondation Cartier était située, de 1984 à 1993, à Jouy-en-Josas, dans les Yvelines.

Voyage à Madrid, Espagne, 11, 12, 13 février 1994

Quarante-cinq membres de l’AICA-France s’étaient inscrits pour ce voyage à Madrid (le bureau de l’AICA-France ayant décidé d’accorder des conditions de voyage et de séjour avantageuses : 1200 FF pour les adhérents, 2000 FF pour les non-adhérents et accompagnateurs), à l’occasion de l’inauguration de la treizième édition de l’ARCO (Feria internacional de arte contemporàneo).

Le 11 février, nous sommes allés à l’Institut Français, accueillis par M. Imbert. Puis, nous avons visité le Musée National, Centre d’Art Reina Sofia, pour voir la rétrospective de Bruce Nauman, remarquablement installée, sous la conduite de Carlota Alvarez-Basso, responsable du Département Vidéo. Nous y avons vu aussi une exposition, « Picasso graveur », et les salles nouvellement installées des collections permanentes, ainsi qu’une exposition consacrée à Pepe Espaliu, montrant ses derniers travaux de malade atteint du sida, réalisés avec une pudeur exemplaire.

Le 12 février, nous avons passé la matinée à l’ARCO, dans les pavillons de la Casa de Campo, reçus par la Directrice de la foire, Rosina Gomez Baesa. Puis, quelques-uns d’entre nous ont loué un taxi pour aller à Tolède, où nous avons pu voir le fameux Enterrement du Comte d’Orgaz du Greco. Le soir, nous avons fait un tour des galleries, certaines ayant choisi cette date pour le vernissage de leurs expositions : Miguel Barcelo chez Soledad Lorenzo, Gargallo chez Malborough, Van Caeckenbergh et Emilio Martinez chez Juana de Aizpuru, Jaume Plensa chez Gamarra y Garrigues.

Le 13 février, nous avons vu l’exposition « Toponymies, huit idées de l’espace » à la Fondation La Caixa de Pensions, accueillis par la Directrice Maria del Corral. Puis, certains ont choisi de visiter l’exposition « Bourses Banesto » au Circulo de Bellas Artes ou « Goya graveur » à la Fondation March, ou encore la Collection Thyssen-Bornemisza. Un programme à la carte, en quelque sorte… Heureusement, il restait un peu de temps pour aller au Musée du Prado, en visite libre, pour voir l’exposition « Goya inédit », avant le retour du soir à Paris.

Visite du Laboratoire du Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France, 13 mars 1995

Le 13 mars 1995, nous avons visité les nouveaux locaux du Laboratoire du Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France, C2RMF, situés dans les sous-sols du Pavillon de Flore du Musée du Louvre et inaugurés le 16 février 1995. Ce laboratoire est dédié à la restauration de peintures, sculptures, art graphique, mobilier, orfèvrerie etc., d’après des bases de données. La base de données consacrée à la peinture est nommée Narcisse. Accueillis par le Directeur Jean-Pierre Mohen et par des restaurateurs et techniciens, nous nous sommes émerveillés devant le fonctionnement du dispositif scientifique Aglaé (Accélérateur Grand Louvre d’Analyse Élémentaire), qui permet diverses analyses des œuvres d’art, pour rechercher leur datation précise et procéder si besoin à leur restauration.

Nous sommes repartis avec la revue semestrielle du C2RMF, Techné, qui commente les histoires des œuvres, celle de l’artiste, de sa technique, de son époque et celle du temps qui dénature.

Voyage d’études de critiques africains francophones, 22-29 octobre 1995

Grâce à des subventions de l’UNESCO et de l’Agence de Coopération Culturelle et technique, et en collaboration avec l’Association « Savoir au Présent », L’AICA-France a pu inviter, à Paris, une dizaine de collègues africains francophones, pour un séjour d’études et de visites, du 22 au 29 octobre 1995, sur l’initiative de Ramon Tio Bellido, Président de l’AICA-France. Ils provenaient de Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Mali, du Cameroun, du Maroc, de Tunisie et d’Algérie. Parmi eux, se trouvait l’Ivoirien Yacouba Konaté, membre fondateur de l’AICA-Côte d’Ivoire en 1993, professeur de philosophie à l’Université d’Abidjan, et qui deviendra plus tard, en 2008, Président de l’AICA Internationale.

Des séances de travail ont eu lieu à l’ENSBA (École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris) et 11, rue Berryer. Le 24 octobre : visites de centres d’art contemporain en banlieue, le Crédac à Ivry-sur-Seine et La Ferme du Buisson à Noisiel/Marne-La Vallée.

Le 25 octobre : voyage à Rennes, où nous avons vu l’exposition de la galerie « Art et Essai » de l’université, reçus par le Président M. Lespagnol. Puis, après la visite du Centre d’Art Contemporain du Domaine de Kerguéhennec, où nous avons été accueillis par son Directeur, Denys Zacharopoulos, historien de l’art et membre de l’AICA-France, nous nous sommes rendus à Châteaugiron pour voir les Archives de la Critique d’Art et le FRAC Bretagne. Dans la soirée, nous avons assisté au vernissage d’œuvres du FRAC Bretagne à La Criée, à Rennes.

Le 26 octobre : nous sommes allés au Musée national des Arts d’Afrique et d’Océanie (MAAO), près de la Porte Dorée à Paris, où nous avons été accueillis par son Directeur, Jean-Hubert Martin.

Le 27 octobre : visite du Centre Georges Pompidou et de l’Institut du Monde Arabe (IMA), où, dans l’après-midi, une réception clôturait le séjour des critiques africains.

Les membres qui nous ont quittés

Georges Boudaille, le 1er février 1991.

Président de l’AICA-France de 1969 à 1975. Vice-Président de l’AICA Internationale à partir de 1978. Chevalier de l’Ordre des Arts et Lettres. Chevalier dans l’Ordre National du Mérite. Outre ses activités de critique d’art, Georges Boudaille fut Délégué Général de la Biennale de Paris, « La biennale des Jeunes », de 1970 à 1985. Son rôle fut considérable dans la découverte des jeunes artistes et la reconnaissance de l’art des années 1960, 1970, 1980.

Adam Saulnier, le 3 octobre 1991

Membre éminent de l’AICA-France, né à Paris le 24 août 1915, était peintre et critique d’art. Ses premières expositions ont eu lieu à la Galerie Lucy Krogh puis à la Galerie Bernheim. Il a participé au mouvement Jeune France et a été directeur de l’École des Métiers d’Art. Puis, il a participé au « Club d’Essai » avec Jean Tardieu et a collaboré au journal Arts.

Dès 1949, il a rédigé la rubrique artistique pour la rédaction centrale de la R.T.F. Inventeur de la critique radiophonique, il a réalisé en 1961 les premières chroniques artistiques télévisuelles : « Le Magazine des Expositions » et « L’Amour de l’Art ». Auprès de Max Pol Fouchet, Pierre Dumayet et Jean-Marie Drot, il a imposé le concept d’émissions consacrées aux arts plastiques.

Michel Troche, le 9 août 1992

Disparu à 64 ans, Michel Troche était membre de l’AICA-France depuis 1963. « Esprit éclectique, curieux de tout, dilettante exigeant, fidèle dans ses convictions comme dans ses inimitiés, Michel Troche était un paradoxe permanent, le modèle même du non-aligné, le « Gemini-cricket » de nos consciences et de nos comportements », — a écrit Ramon Tio Bellido.

Michel Troche a collaboré à France Nouvelle, Les Lettres Françaises, La Nouvelle Critique, Opus International. Il s’est engagé auprès du Salon de la Jeune Peinture dont il partageait les convictions esthétiques. Parallèlement, il a contribué à la mise en place du service de la création artistique avec Bernard Anthonioz et organisé des expositions rue Berryer (Ipousteguy, Cardenas), ou des hommages à Rebeyrolle et Messagier au Grand Palais. C’est surtout avec le fameux « rapport Troche » – mission de réflexion sur les arts plastiques que lui confie Jack Lang en 1981 – qu’il a trouvé enfin les moyens de voir une réelle politique d’aide à la création se mettre en place. La DAP est née des recommandations de ce rapport, et c’est tout naturellement que Michel Troche est nommé Inspecteur Général des Beaux-Arts en 1982, pour participer aux grandes réformes (régionalisation, aide à la création, FRACS, etc.) que la DAP met en chantier.

Louis Marin, le 28 octobre 1992

Né en 1931, Louis Marin était membre de l’AICA-France depuis 1985. Jean-Marc Poinsot a rédigé sa nécrologie dans le Bulletin de l’AICA-France 1993. Louis Marin, agrégé de philosophie, normalien, occupa divers postes au Ministère des Affaires Etrangères en France, en Turquie et à Londres, avant de commencer à enseigner la sémiologie à l’Université de Paris X Nanterre, puis dans diverses universités aux Etats-Unis. À l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, il tenait un séminaire de sémantique des systèmes représentatifs. Ses nombreux travaux ont fait l’exploration d’objets aussi divers que l’art de Poussin, de Philippe de Champaigne, du Caravage, que le Cercle de Port-Royal et la pensée de Pascal et la théologie. Il a marqué par ses contributions des revues comme Critique et Traverses, et a publié de nombreux livres dont Etudes sémiologiques. Ecritures, peintures, Klicksieck, 1971 ; Sémiotique de la passion, topiques et figures, Desclée de Brouwer, 1971 ; Des Pouvoirs de l’image, un ouvrage posthume, Seuil, 1993.

Blaise Gauthier, le 5 novembre 1992

Disparu à 62 ans, Blaise Gautier était membre de l’AICA-France. Pierre Descargues, membre de l’AICA-France, a rédigé sa nécrologie dans le Bulletin de l’AICA-France 1993.

Inspecteur des Beaux-Arts, Blaise Gautier dirigea la revue Le Mercure de France. Sous les auspices de André Malraux et de Gaëtan Picon, il eut une ouverture culturelle assez vaste pour échapper aux clans et contrôler dans les arts ce qu’il découvrait dans les lettres, comme dans la poésie et dans la philosophie il contrôlait ce qui l’attirait dans la peinture et dans la sculpture. Pendant sept ans, il a dirigé le Centre National d’Art Contemporain et c’est grâce à lui qu’on a vu, rue Berryer, des expositions de Jean Dubuffet ou de Jean-Pierre Raynaud. On se souvient d’avoir assisté à une exposition dînatoire dont l’ordonnateur était Daniel Spoerri.

Roberto Pontual, le 2 mai 1994.

Portugais, résidant à Paris, Roberto Pontual avait été le correspondant de la revue Modulo (Rio de Janeiro), puis celui de la revue lisbonnaise Coloquio Artes.

 Georges Duby, le 3 décembre 1996

« Le rôle dans l’art de notre fin du XXème siècle de Georges Duby, que nous venons de perdre, a été d’une importance que nous n’avons pas fini d’évaluer. » — a écrit Pierre Daix. Historien médiéviste, on retient de Georges Duby trois livres fondamentaux : Les Trois ordres ou l’imaginaire du féodalisme, L’Europe des cathédrales et Les Dames du temps jadis. Pierre Daix pense que, parmi les grands historiens français, Georges Duby « a été le seul depuis Lucien Febvre à éliminer la frontière entre histoire et histoire des arts, sinon l’histoire de l’art, avec l’intelligence que lui permettait sa prodigieuse connaissance d’une histoire conçue comme une reconstitution de toute la vie. Il l’a fait aussi bien pour l’art cistercien de Chrétien de Troyes que pour la peinture de Soulages, bien avant les vitraux de Conques, puisqu’il a écrit un article de fond dans le no 3 des Cahiers du Musée National d’Art Moderne en 1980 ».

Dora Vallier, le 12 septembre 1997

Nécrologie rédigée par Catherine Francblin, Présidente de l’AICA-France, dans la Newsletter de l’AICA no 11, décembre 1997 : « Nous annonçons avec émotion la disparition à Paris, le 12 septembre 1997, de notre consoeur Dora Vallier. Fille de diplomate, elle était née à Sofia (Bulgarie) en 1921 et avait étudié l’histoire de l’art à la Sorbonne et à l’Ecole du Louvre. D’abord secrétaire de l’Abbé Breuil, elle travaille ensuite aux Cahiers d’art avec Christian Zervos. Elle publie alors de nombreux entretiens avec les artistes importants de ce siècle, notamment Braque qui considérait son entretien avec Dora Vallier comme son testament. Nourrie de ces rencontres, Dora Vallier publie en 1967 une vaste et brillante étude, L’Art abstrait, où plusieurs générations de lecteurs découvriront les clefs de la peinture moderne.

Dora Vallier a également consacré des monographies à Poliakoff et à Vieira da Silva. Elle est aussi l’auteur du catalogue raisonné du Douanier Rousseau et du catalogue raisonné de l’œuvre gravé de Braque. Son dernier livre, Du noir au blanc, un essai sur la couleur, était paru en 1989. Présidente de la section française de l’AICA de 1978 à 1981, elle était restée attentive à la vie de notre association dont elle honorait de sa présence chaleureuse toutes les Assemblées Générales. ».

 Je termine ainsi cet Historique de l’AICA-France, de septembre 1990 à mars 1997, correspondant à mes deux mandats de Secrétaire Générale.

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