Texte extrait du catalogue monographique Esther Ferrer, FRAC Bretagne / MAC/VAL, Vitry-sur-Seine, 2014.

ESTHER FERRER : MA NON PHILOSOPHIE DE ART À ZAJ

Esther Ferrer Performance a varias velocidades, 1998A/Z  : ZAJ (prononcer « zar ») comme ART

Du mot français art à l’hispanisant ZAJ, il n’y a phonétiquement qu’une lettre. C’est au travers de ce glissement relevant du jeu de langage oulipien, dans cette culbute alphabétique burlesque (et avec elle l’idée de prendre le monde à rebours) que se dessine en filigrane la figure d’Esther Ferrer, pour qui art et non art s’appréhendent comme un tout. Esther Ferrer ignore le dualisme simpliste, les termes binaires cloisonnants au profit de notions d’équivalence aux échos philosophiques zen. Plus que préoccupée de catégories immuables, elle optera pour les nuances. Au monolithisme et au rigorisme, elle préférera le va-et-vient entre deux concepts, animée par une vivacité de pensée faite de fluidité et de rebonds. L’image qui lui correspondrait pourrait être celle d’un Janus bicéphale dont les deux visages, inséparables, annulent toute notion de contraires et d’oppositions. Dans ce jeu de différences subtiles, on se souviendra que la gémellité n’est pas chose étrangère à Esther Ferrer.

A/B : ART (REBOURS) COMME BROUILLAGE (Madrid-Hollywood)

Le renversement, le contre-sens (jusqu’à même aller à cloche-pied ou rampant selon tous les modes possibles; voir la performance Un espace pour le traverser 1987-1988) a trouvé à s’incarner pour Esther Ferrer dans l’intégration du groupe ZAJ – au début des années 60 – contrant les valeurs oppressantes d’un contexte social et artistique alors fortement marqué par le franquisme.

Que art  soit synonyme d’à rebours, avec pour volonté de prendre le monde à contre-pied, loin des dogmes, et rime avec absurde se conçoit aisément. L’exutoire au conditionnement et à la règle aura été par le biais de ZAJ (dont le nom sonne évidemment espagnol, mais ne signifie rien) de formuler des propositions artistiques prônant une forme de liberté totale, avec une capacité à laisser advenir les choses.

(…)

Patricia Brignone

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